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J'ai vu la foule dense avec les mains unies
Immense cathédrale à la saison des pluies
Ils priaient tout ensemble et Dieu et ses saints
De bien vouloir enfin multiplier les pains
J'ai vu les lycaons puants et sanguinaires
En meute tous unis, un peu comme des frères
Ils traquaient à foison les gazelles fragiles
Et leurs enfants nés là, sautillants et agiles
J'ai connu la terreur des chasseurs de mygales
Qui redoutaient la vue de ces pattes égales,
De ces cuisses velues, et dont le seul désir
Était de conjurer cette envie de fuir
J'étais en compagnie de l'armée en Russie
Dans son reflux fatal sur la neige durcie
Mes pieds gelés et bleus, on les dut amputer
Un seul verre d'alcool pour ne pas trop crier
J'ai peint de grands aurochs en des grottes humides
J'ai chevauché avec les cavaliers Numides
Et la boue et le froid ne m'ont pu arrêter
Quand nous avons suivi l'étoile du Berger
La maigreur et la mort guettaient avec patience
A l'arrivée au camp, inhumaine sentence
Lancée contre nous par un dictateur fou
Parents, enfants, vieillards dévorés par les poux
Et tous ces fantômes aperçus dans ma vie
De forçat du bonheur, jusqu'à la gabegie
Leurs rires sardoniques, leurs masques hautains
Ne m'ont découragė d'honorer les festins
J'ai tout connu et plus, je reviendrai pour Lise
Pour la revoir encore et admirer sa mise
Tous ces siècles de vie et tout ce vain tourment
N'empêcheront ma Mie à me prêter serment.
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