|

L’attente
Ils veulent que je parle et je n’ai rien à dire
Le silence est tombé — qui le relèvera ?
La minute vivante est une lourde porte
de prison et bien loin au-delà de mes murs
une fille en brodant chantonne un très vieil air
un air qui me revient de plus loin que l’enfance
Son visage est tel un matin frais de dimanche
de printemps ou d’été je ne sais c’est tout comme :
il faisait bon marcher au bord de la rivière
et les fleurs à nos pieds pouvaient être de celles
qui s’ouvrent dans les prés entre avril et juillet
- un peu plus tôt un peu plus tard quelle importance
maintenant que vingt ans ont passé sous les ponts ?
Reprenez vos présents remportez sans retard
ces côtes d’azur et ces chemins de lavande
et ces roches d’or fin Éteignez les grands lustres
au ciel des restaurants marqués de plus d’étoiles
qu’il n’en faut pour guider de nouveau des rois mages
vers de nouveaux enfants divins Gardez Paris
Rome et Londres Gardez vos monoplans géants
et vos bars où j’achète au prix fort de l’alcool
quelques instants de moindre ennui Reprenez tout
conservez tout détruisez tout si vous voulez
mais rendez-le-moi donc ce dimanche d’été
au bord d’une rivière et la simple chanson
que fredonnait derrière une porte de fer
condamnée à ne plus même s’entrebâiller
l’ultime demoiselle en ma dernière nuit
Jacques-Gérard LINZE
|