La révérence du révérend

 

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Étrilles

le dimanche 17 avril 2016, à 19:25. Posté par Bartkley


Des crabes ,en panier,
Trempent leurs pinces dans la rouille
Et des génisses empaillées
Se cabrent à des chevaux vapeur,
Comme des nuages crevés,
Au crin dressé sous des chemins
De fer.

Sous la treille qui vrille,
Qui saoule et déraille, dérouille
Ta gueule brossée, oxydée.
Qui s'en ira dire à Rodrigue
Qu’avec ses gros sabots (d'anglais !)
Il ne pourra plus cheminer
Sur Lot ?

Et je m’assieds
Sur ton lingot

Sous la sirène

Il fait orange
Ce soir

Mais l’usine se mord
La queue

…Il vase…
De nuit

Sur Fumel.

https://www.youtube.com/watch?v=VQY6A_UCdz8

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commentaires ( 11 ) (Ajouter un commentaire)
Loïc le lundi 18 avril 2016, à 09:29

Ambiance très Révolution Industrielle, avec des jeux de sonorités intéressants... bien qu'il soit difficile d'identifier si le poème se veut allégorique, critique, ou simplement descriptif.

Mes parents ont une maison de vacances dans le Lot entre Fumel et Puy L'Evêque. Si l'usine dont tu parles est celle qui pourrit le long de la rue vers Monsempron-Libos, je visualise tout à fait ce que tu décris !

Amitiés Bartkley.

http://www.mespoemes.net/cellox

domidom le lundi 18 avril 2016, à 16:49
Perso je ne visualise rien car je ne connais pas la région...
Pourtant, on ressent comme une sorte de malaise, voir de désolation à travers tes vers, un poème un peu difficile pour moi, j'espère que mon ressenti n'est pas entièrement à coté de la plaque...
Mes amitiés, Domie...

Bartkley le lundi 18 avril 2016, à 21:26
Bonsoir Loïc !
Effectivement, c'est bien de cette usine dont il s'agit. Le cœur (j'ai failli dire le poumon):) de Fumel qui aujourd'hui bat comme celui d'un vieillard qui n'en a plus pour longtemps. En 83 j'étais au LEP de Fumel qui était comme une grosse machine à engraisser les gosses pour régaler l'ogre, on apprenait à se servir d'un tour à les réparer tout était fait dans l'optique de l'usine et je me rappelle que les copains se satisfaisaient (réjouir serait trop fort) de cette perspective. On l'a visitée un jour, et je me suis senti seul, fatigué, vide et infiniment triste...
Pourtant ceux qui y travaillaient y étaient viscéralement attachés(je comprends un peu mieux aujourd'hui mais à l'époque c'était au dessus de mes forces). Je voyais ça comme le « arbeit macht frei » (c'est sans doute excessif mais on est excessif quand on a 17 ans):) C'était notre avenir à nous et notre avenir se réduisait comme une peau de chagrin les études à peine commencées (et jamais terminées, pour ma part!):) il y avait de moins en moins d'ouvriers ; un ogre mangeait l'ogre...
Fumel dans ces années là se voyait affublée de titres ronflants comme « capitale du rock », « petite Liverpool » et on y croyait ! et j'ai fait aussi parti d'un groupe minable.(et qui pourtant avait de grandes ambitions!) Quand reste-t-il aujourd'hui ?
J'étais aussi très amoureux d'une fille, qui était au lycée ! avec qui il ne s'est jamais rien passé et que je n'ai jamais revue...et que j'aime toujours, sans doute.
Ce texte c'est tout cet effondrement, cet avenir en fumée (en un seul mot ça marche aussi), ce chaos...cette « usine » qui pourrit, comme tu dis, au fil de l'eau...notre ressemblance...
Heureusement, il reste le moral (en acier, bien sûr!):)
Bonne soirée !

Bartkley le lundi 18 avril 2016, à 21:37
Bonsoir Domie !
Tu ne visualises pas grand chose car c'est un texte obscur, très personnel(trop peut-être), mais tu as capté l'essentiel : la mélancolie, la tristesse passagère (à la place du mort), l'avenir sans cesse à reconstruire,le temps qui passe...Tu vois, tu n'étais pas du tout à côté de la plaque (Pont-à-Mousson, bien sûr!):)
Bonne soirée !

Bartkley le mardi 19 avril 2016, à 07:43
(Qu'en reste-t-il...) pfff... :)

Loïc le mardi 19 avril 2016, à 11:51

Les conversations en coms sont toujours intéressantes pour mieux capter la quintessence naturelle, donc la quintessence sans plomb (oui, c'est une référence). Comme ce genre d'univers m'est complètement étranger, je suis forcément intéressé de voir que même encore en 83, on avait des situations qui ressemblaient pas mal à ce que Dickens ou Zola décrivaient.

Si la déliquescence urbaine et la perte de l'humanité t'intéressent, j'ai un poème sur mon compte Cellox qui s'appelle "Les Choses Qui n'Intéressent Pas". Et il y a "la place du mort" dedans...

Quant à ton amour d'ado... il ne te reste plus qu'à utiliser Internet pour la retrouver ! Vois "Copains d'avant" sur Google...

Amitiés !

http://www.mespoemes.net/cellox

Bartkley le mardi 19 avril 2016, à 22:17
Ho malheureux!
Je ne suis pas de ceux qui forcent la main au destin ou plutôt je n'ai jamais été très doué pour ça. Nous avons eu notre heure, elle est passée, j'ai bien essayé de l'étirer mais...j'ai jamais été très doué pour ça non plus !:)
Je ne veux pas la googueuliser ! Elle est si fragile...Ô gouttelette (comme disait ce drôle d'oiseau d'Apollinaire (un pied, deux ailes) dans son « Il pleut » à lui) ;)

Philip (JARDIN DE LUNE) le samedi 07 mai 2016, à 12:19
De crevances jusqu'au bout de l'os en soupirs ravalés ou gueulés, tes besogneux sont "à l'honneur", dans tes vers du moins, pas dans le regard des bourgeois et des patrons qui n'ont de regards eux que pour les les vins précieux qui coulent dans leurs verres de cristal et la dentelle des belles demoiselles.
Je les connais, ces usines crevées au détour de chaque coin de France. Il ne reste que juste à peine d'âme dans ces bourgs meurtris, que pour capter encore le gémissement des damnés qui un jour encore sauront pousser un cri.
Amicalement, Bartkley. Philip
(www.mespoemes.net/philipchevalier)

Bartkley le dimanche 08 mai 2016, à 21:10
L'usine, je crois que je peux en parler ; je ne pourrais pas dire si c'est dur de travailler dans un bureau ou autre chose , ça l'est certainement mais je crois que l'usine, y a un truc de spécial : c'est que tu te sens tout petit ! Sans parler d'aspirer à des hauteurs mais, tu te sens vraiment rien du tout..tout te semble impossible...du moins, tout ce que tu veux...la moindre chose... te semble pas méritée.
J'ai bossé en usine (pas l'aciérie de Fumel mais une conserverie à côté ;de suite après le LEP), les trois/ huit ça te change un homme, pas dans le bon sens, ça agit sur tout : le physique, le moral...
Je préfère mille fois casser des pierres comme je fais actuellement ( et depuis 30 ans ) par 35 degrés à l'ombre ou par moins 15...C'est dire...
C'est comme l'Europe qu'on nous a vendue comme l'Europe des travailleurs, quand il y aurait un problème dans une usine d'Europe tous les travailleurs d'Europe s'uniraient et patati et patata(auteur anonyme), obladi oblada (Beatles), de dododo de dadada(Police)...
Résultat : on se bouffe le foie...
Les autres ils le savaient, c'est pour ça qu'ils l'ont fait, c'était trop beau.
J'ai jamais cru aux « camarades » !
Par contre, je crois aux Barbares, plus que jamais ! Ces barbares que Lavilliers chante avec ses alexandrins qui ruent dans les brancards :
«  Les Barbares habitaient dans les angles tranchants
Des cités exilées au large des business
Ils rivaient leurs blousons d'étranges firmaments
Où luisaient la folie, la mort et la jeunesse
La nuit le haut fourneau mijotait ses dollars
La fumée ruisselait sur nos casques rouillés
Dans le vestiaire cradingue, cinq minutes volées
A la fumée, au feu, au bruit, au désespoir

Oh mon amour emporte-moi, emporte-moi loin de la zone
Vers des pays chagrins, vers des pays faciles,
Vers des pays dociles »

Et dans mes rêves les plus plus fous, les barbares n'ont besoin de personne ;)



Philip (JARDIN DE LUNE) le mardi 17 mai 2016, à 16:00
Salut Bartkley.
Merci pour ta longue réponse (et aussi pour les liens que tu m'as envoyés en com' sur mon poème d'il y a une semaine Hier, aujourd'hui, demain. Je t'ai répondu).
Ah, tu me combles en me parlant des Barbares du Grand Lavilliers. Un de mes morceaux préférés. La meilleure interprétation de lui que je connaisse est dans un concert live du milieu des années 80 que l'on doit trouver sur Internet (c'est l'époque de son guitariste Hector). De la niaque qui colle avec les paroles.
Il se trouve que j'étais vers Nantes la semaine dernière, et je vais toujours rendre visite aux chantiers navals de Saint-Nazaire. J'y suis passé deux fois : comme tu l'as sans doute appris, dimanche dernier, prenait la mer, le "plus grand paquebot du monde", l'Harmony of the sea", dit "le fleuron de la technologie française". Mouais, les chantiers STX sont à 46% des capitaux coréens, 33% pour l'Etat français. J'ai vu la bête de près. Belle bête, démesurée...mais, envers du décor, j'ai eu l'occasion de discuter avec quelques mecs qui bossait encore aux finitions. Sous pression maximale : l'armateur, la Carribean a imposé des pénalités de retard monstrueuses, donc la STX a foutu la pression sur les dizaines de sous traitants. Adrénaline sur le mode épuisement ! Bah, moi ma petite personne, j'avais un bureau - je ne dirais pas "confortable", je le voulais modeste - où au moins je ne respirais pas de saloperies toxique. J'avais du stress, pas mal. Mais mes potes c'était pas les "cols blancs". J'ai eu la chance de continuer à jouer dans un groupe de rock, miracle, parmi mes collègues il y avait un batteur, un bassiste, une autre guitariste, une chanteuse ! J'étais, très atypiquement, en charge des affaires juridiques d'un ville ! Et j'ai même bossé sur la loi anti-corruption ! Pfff ! Une loi qui est devenue un gruyère plein de trous pour qui savait l'utiliser à son profit. Et je me suis mis à la poésie, entre romantisme et mode déjanté, selon mon humeur. Mais profondément attaché à l'être humain !
Allez, je vais terminer sur ma conception de l'humanisme : "relever la dignité de l'Homme et la mettre en valeur". Même quand est exploité par un tôlier, même quand on crache ses poumons, la vie est plus courte mais on peut rester digne. Bah, les autres les traiteront de Barbares. Un mépris pour certains. Un honneur pour d'autres.
A bientôt, l'ami. J'vas aller lire un autre de tes poèmes. Amitiés. Philip.
(www.mespoemes.net/philipchevalier)

Bartkley le mardi 17 mai 2016, à 22:10
Bonsoir Philip
Tout d'abord, l'intérêt de sites comme celui-ci est de faire se rencontrer des gens d'horizons divers afin d'échanger sur une ou plusieurs passions communes. C'est peut-être un peu plus facile que dans la vie courante, en tout cas ça a le mérite d'essayer ! Ça me fait plaisir que tu aimes bien Lavilliers,baroudeur, poète, musicien , ouvrier, boxeur, surfer, etc j'en oublie...souvent raillé, à tort, à mon avis. Ma version préférée des Barbares est sur l'album live T'es vivant ! Olympia78,excellent album avec Sax'aphone, très beau texte et très belle musique ; il y a aussi une version sur l'album Nuit d'amour, un disque au rendement impressionnant, je trouve, sans parler du sublime Night bird, grand texte encore une fois, un disque qui fait pas ses 35 ans !
J'ai entendu parler la semaine dernière du "navire" que tu es allé voir, c'est toujours les mêmes qui trinquent et les mêmes qui font les beaux la gueule pleine de grandeur et de prestige de la France; J'ai entendu aux infos, tout à l'heure qu'on parle de rouvrir les mines ! Tu vas voir que tout à l'heure on va ressortir les gabares ! Ça fera du travail ! Je ne sais pas où nous allons...
Mais, parlons d'autre chose...:)
A+

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