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Le bourreau Sanson revisité (1739-1806)

le mercredi 20 avril 2016, à 06:07. Posté par Michel Ernest


Mon héros, aujourd'hui, n'est pas très ordinaire
Il est même, au contraire, un peu mystérieux
Il pratique un métier qu'on dit patibulaire
Et que revendiquaient nombre de ses aïeux

Mais je ne dirai rien, je garde la surprise
Quant à la nature de cette profession
J'attends simplement que votre appétit s'aiguise
Si j'ose dire au fil de cette narration

Né en l'an mil sept cent trente-neuf, à Paris
De Charles Jean Baptiste et de dame Tronson
Répondant au doux prénom de Charles Henri
[Et dont j'éluderai l'horrible liaison]

Charlenry, vous disais-je, est un brave gamin
Élevé en secret, loin de la capitale
Lorsqu'un jour le père d'un autre collégien
Apprend l'horreur de la profession familiale

Le jeune homme est contraint de quitter son école
Pour ne pas entacher plus sa réputation
Vous avez deviné, je crois, les casseroles
Que trainent derrière eux les ancêtres Sanson

Lors, Charlenry intègre une université
Pour être physicien, au pays des tulipes
Mais prématurément son rêve a capoté
Car son pauvre papa faillit casser sa pipe

Aussitôt on s’affole à la chancellerie
On recherche partout le mâle héréditaire
Pour vite succéder à Monsieur de Paris
Je veux parler bien sûr du maître questionnaire

Charlenry doit laisser tomber ses algorithmes
Et venir aiguiser sa hache et son épée
Car on ne badine pas sous l’Ancien régime
Avec les châtiments, quasiment journaliers

Il épouse, à Paris, Marie Anne Jugier
Fille d’un maraîcher, lassée de ses tomates
Qui dans un autre jus désirant se baigner
S’est mis la corde au cou pour ce beau bourreaucrate

Trois mois après la noce, il doit décapiter
Le comte de Lally, baron de Tollendal
Mais Charlenry est si inexpérimenté
Qu’il faillit en casser sa chère Durandal

Puis il raccourcit le chevalier de La Barre
D’un magistral coup de rapière sur le cou
Il apprend à manier la doloire et la barre
Mais c’est de la corde dont il se sert beaucoup

Quand son père décède, il est quadragénaire
Il prend alors en charge carcan et échafaud
Laissant à son cadet, qu’il nomme tortionnaire
Le soin de nettoyer brodequins et billot

Charlenry, assisté de toute son équipe
Rompt, décolle, ou bien fouette, et pend ou supplicie
Puis, le soir, près de l’âtre fume une bonne pipe
Fort du sentiment du devoir bien accompli

Quand arrive l’époque révolutionnaire
Le maître-exécuteur devient un homme en vue
On lui donne à trancher par charretées entières
Des têtes anonymes et d’autres connues

Et puis un jour de mil sept cent quatre vingt-treize
La Convention lui donne alors l’ordre suprême
Il doit faire tomber la tête de Louis XVI
S’il ne veut pas subir semblable sort, lui-même

A partir de ce temps le bourreau cauchemarde
Il voit voguer des têtes dans des fleuves rouges
Et sur son échafaud, s'il n'y prenait pas garde
Il guillotinerait presque tout ce qui bouge

Au bout de quelques mois de cette rude épreuve
Il range ses outils pour faire place nette
À Henri, son fiston, car c’est une âme neuve
Qui doit trancher le cou de Marie Antoinette

Mais les Conventionnels sollicitent le père
Ils ont besoin de lui pour poursuivre la tâche
Duchesne, Desmoulins, Danton et Robespierre
Jamais le couperet ne doit faire relâche

En l’an trois, Charlehenry a cinquante-six ans
À Henri, son fiston, son frère et son beau-frère
Il cède son office avec soulagement
Et se retire usé à Brie-Comte-Robert

Il s'éteint peu-après rongé par le remords
Et s'en va pour l'enfer ou bien le paradis
Sur la terre en tous cas, longtemps après sa mort
À Montmartre sa tombe est sans cesse fleurie

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commentaire ( 1 ) (Ajouter un commentaire)
rivaudais le mercredi 20 avril 2016, à 10:22
Je savais (grâce au nom) de qui il s'agissait. Il n'empêche pas moins que l'histoire est inattendue. Tout comme le choix du sujet. Et qu'elle est ma foi, plaisamment contée. J'aurais même tendance à penser que c'est une de vos meilleures biographies versifiées. Compliments.

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