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Un jour un bon ami, parcourant mes poèmes
Me dit : "Quel beau travail réuni en deux tomes
Mais de mon point de vue, il y a un problème
Les femmes sont en manque et en nombre les hommes !"
C'est vrai, il a raison de vouloir l'équilibre
Entre les dames et les messieurs, ça c'est sûr
Mais c'est en qualité de biographe libre
Que je vais versifier madame de Ségur
Sophie de Rostopchine est née un jour d'été
Du dernier an du siècle appelé des "Lumières"
Soit mil sept cent quatre vingt-dix-neuf, fin juillet
Ou encore en l'an sept, le premier vendémiaire
Son père était ministre du tsar, et sa mère
Demoiselle d'honneur de Catherine deux
Et à Saint-Pétersbourg, la tribu toute entière
Depuis quelques années coule des jours heureux
Quand son père est nommé gouverneur de Moscou
La petite famille émigre de nouveau
Et en grande banlieue, se pose, pour le coup
Dans sa propriété sise à Voronovo
La fillette reçoit une éducation stricte
Comme sont élevés les enfants de son rang
Oui mais plus ses parents, sa conduite, lui dictent
Et plus elle fait le contraire, évidemment
Ce qui ne l'empêche pas entre deux calottes
D'apprendre au fil des ans les langues étrangères
Si bien qu’elle devient très vite polyglotte
Maîtrisant avant tout la langue de Molière
Lorsque Napoléon à Moscou met le siège
Le père de Sophie fait brûler la cité
L'empereur dépité s'en repart dans la neige
Mais le gouverneur est, par le tsar, disgracié
Les Rostopchine alors quittent l'empire Russe
Se posent en Pologne, en mille six cent treize
Ils y restent un an, puis partent pour la Prusse
Pour trouver refuge en notre terre Française
Sophie qui a vingt ans a trouvé le bonheur
Elle va se marier et son charmant époux
Est le neveu d'un bras droit de l'ex-empereur
Qui faillit calciner sous les murs de Moscou
Eugène de Ségur, c'est le nom du mari
Et sa femme Sophie, s'installent en Champagne
Mais le coquin s'en va très souvent à Paris
Tromper allègrement sa fidèle compagne
Alors fort dépitée, l’infortunée comtesse
Sur ses jeunes enfants reporte ses espoirs
Quant à son mari, les mots qu’elle lui adresse
Sont écrits à la craie sur une ardoise noire
Quelques années plus tard, Sophie devient grand-mère
Et commence à conter à ses petits-enfants
Des récits inspirés de ses propres chimères
Des adultes aux traits de ses propres parents
"Un bon petit diable" et "Les malheurs de Sophie"
"Les petites filles modèles" et "L'auberge
De l'Ange-gardien", sont des phases de sa vie
Desquelles ses romans inconsciemment émergent
Sophie a soixante ans quand vient l'apothéose
Son éditeur Hachette crée une collection
Qu'il baptise en deux mots : "Bibliothèque rose"
Et qui, depuis ce jour, conserve le renom
Sa famille, un beau jour, jalouse de ses livres
La somme d'arrêter, mais n'en voulant démordre
La comtesse se voit soudain couper les vivres
Et se décide alors de rentrer dans les ordres
Après six ans de paix, de calme et de prières
Madame de Ségur, à Paris, se retire
Et en un lieu discret vit son heure dernière
Entourée des enfants qu'elle a tant fait sourire
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