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La vieillesse
Quand les années se font immenses comme des océans de larmes séchées
Quand le décor des murs se couvre de la poussière des lacs asséchées
Quand les secondes comptent pour des heures mais que vous êtes seul à les compter
Quand tout autour le désert gagne à force de départs et de vivants embarqués
La faiblesse, humiliante qui envahit la vie d’hier
La souffrance qui la prend à présent toute entière
L’encore plus de faiblesse vous laisse pantelant
L’encore plus de souffrance vous rend haletant
La route dont on a cru mille fois être venu à bout
vous tient encore en haleine, hors de toute raison
car le monde est finit, le fauteuil roule en rond
seule nous tient cette extrême raideur du vieillard
Il y a bien cette flamme protégée
au fin creux de mon coeur abimé
de tant de deuils et de solitude
Il y a bien cette immense tendresse en moi, celle du bébé assoupi
et puis cette candeur retrouvée qui de la dureté du monde oublie
Mais cet appétit de chaleur se heurte à la froideur des manières
l’Occident ne sait pas aimer ses vieux quand l’Afrique les chérit.
Il y a tant de concupiscence hasardeuse dans le regard des vivants
qui ont encore la force de jouer au jeu de dès jetés aux quatre vents
Quand moi je dois ramasser mes forces dans un dé à coudre
Pour tenter encore et encore dans le jour hagard d’en découdre
avec ces successions de nuits au soleil blafard qui cache la lune
Comme si le patois du silence comprenait les heures qui s’égrennent
Mais ma patience s’effiloche dans ce dédale de corridors déjà si lointains,
de figures qui s’effacent, de souvenirs endoloris qui sont encore les miens
Même le chant des oiseaux s’affiche sur les murs de la cuisine d’or peint
La clé des champs et la clé du sol se confondent dans un sillon fait par la main.
Pas la mienne trop faible, flétrie par les soins donnés et les mains tenues,
Pas celle qui fut si longtemps dans la mienne, envolé dans les cieux nues
Celle qui a insufflée en moi la vie et qui m’a donnée la force de ces jours
Celle qui a transformé mes espérances en victoires sur moi pour toujours.
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