JARDIN DE LUNE

 

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MES CREPUSCULES

le jeudi 28 avril 2016, à 09:29. Posté par Philip de Berg


Tous ces chemins désirants
Brodés de tulles aux parfums endormis,
Je les ai parcourus.
Jusqu’au bout des siècles.
Jusqu’aux derniers contreforts
De mes Tibets, de mes mers de jade.
Infinitudes.
Sans frontière et sans lumière.

Sans certitudes.
Sans latitudes

Tous ces refrains chavirants
Aux contours indécis
Je les ai aperçus
Au chevet des banquises
Près de ces déserts blancs
Où les loups algonquins
Célèbrent les tempêtes
Sur les océans blancs
Que tissent les chimères.

Sans lassitudes.
Ou trop d’habitudes.

Et je vogue à grand vent
Vers les soirs chagrins.
La lame claque,
Et le remous des flots sanguins
Des aurores désunies
Emportent mon navire
Vers d’improbables vallons
Où les soirs se reposent.
Quand le Temps
Se dénude.
Impassible !

Sans hébétude,
Sans inquiétude.

Alors traçant plein Sud,
Porté par les alizés
Fiévreux et succombants,
La voile braque
Encor son orgueilleux appas,
Et le navire aux craquants émois
Résiste et puis,
Soumis
Avance en geignant
Vers la chute du Jour.

Comme un prélude.
Sans gratitude

Et vous voici enfin,
Mes crépuscules argentins,
Aux termes de l’errance
Et du voyage fou
Que des marins amoks°
Avaient défiguré.
Le ressac fissure
Nos miroirs
Pour une appartenance
Eternelle
A la chaine infinie
Des songes
Faits de nuits rouges.

Sans finitudes
Au creux de mes préludes

(° "amok" est un terme asiatique - Indonésie, Malaisie - qui désigne la folie)

Musique : Tangerine Dream (Phaedra)
https://www.youtube.com/watch?v=Jb_hDcNr5KQ

Photo : Philip (Grand voilier à Dunkerque - avril 2016)

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commentaires ( 12 ) (Ajouter un commentaire)
louis le jeudi 28 avril 2016, à 09:52
Je suis le passager clandestin de ton voyage, blotti dans la cale, tel un émigré .
Amitiés.

marieannemak le jeudi 28 avril 2016, à 10:28
Bonjour Philip, nostalgie ou amertume... Des voyages tumultueux, emplis de connaissances aux moulins à vent, d'une vie implacable, une santé parfois vacillante mais courageuse au combat. Tu ne t'y reconnais plus vraiment... Bonne journée Amitié Marie-Anne

Loïc le jeudi 28 avril 2016, à 10:30

Yes ! C'est BIEN. Ça me ramène à l'époque où j'avais écrit mon sinistre "Les Nefs 2", mais en fait il n'y a pas besoin de remonter si loin pour retrouver ce genre de thème dans mes poèmes.

Déjà, côté technique, ce qui est réussi ici, c'est que tu utilises le découpage du libre total à bon escient, mettant en valeur des mots qui frappent.

Puis il y a les rimes récurrentes en "ud", qui lient le tout en une structure.

Quant au message d'errance vers les soirs sanglants, il est beau à lire et les images sont prenantes, malgré le spleen -- mais on aime tous le spleen, qui réveille notre carré d'ombre.

Trois fois dans le poème il y a la récurrence de références au fait de se regarder soi-même, ce qui lie ce poème au doute de l'introspection ; mais pourtant je n'y vois pas encore de désespoir, juste une acceptation un peu "embêtée".

Si je me trompe, c'est que je donne juste mon ressenti ; pourtant, en tous cas, l'expérience de la poésie m'a appris que quand on peint de grandioses tableaux spleeneux, voire de mort, c'est que la vie s'y cherche.

Bref, bon retour ! Dans tous les sens du terme "bon".

Deux remarques orthographiques : je crois que pour "son appât", tu voulais dire "ses appas" (attraits, flamboyances etc) ; et "aux termes" doit être au singulier, à moins que tu aies cherché à faire un jeu de mots !

Quant à Tangerine Dream (il y a Klaus dedans, non ? je peux confondre, ça fait 20 ans que je n'écoute plus ni l'un ni l'autre), l'instrumental colle bien à l'ambiance douce et lourde à la fois.

Bye man !

http://www.mespoemes.net/cellox


Ivy le jeudi 28 avril 2016, à 10:42
Hello Philip,
C'est amusant, j'avais intitulé mon dernier poste 'Instantané crépusculaire', puis changé au dernier moment !
Le crépuscule sied bien mieux à ton texte, qui est à la grandeur de ce voilier. Pas facile quand la vie, comme lui, tangue et bouscule nos habitudes et nos certitudes !
Bonne journée, sans trop de vagues !
Bisous

guillaume le jeudi 28 avril 2016, à 10:46
bonjour philip.j'aime beaucoup ton poème marin.il est beau!!!!!c'est un délicieux voyage!!!!merci philip ,pour ce partage.amitiès.http://www mes poèmes.net/funky571/

nisti le jeudi 28 avril 2016, à 11:49
Salut Philip.
De retour avec du lourd! Tu nous emmènes loin, très loin, avec ton poème. De belles images qui se suivent en une magnifique harmonie. Et puis tu m' apprends un mot. (amok)
Un petit bémol pour moi : la fin. Un poil trop longue a mon goût. Mais après, c' est toi qui décide.
Mes amitiés, Nisti

domidom le jeudi 28 avril 2016, à 16:56
C'est beau!!!
Très beau, on se sent emporté comme dans un mirage...
J'aime...
(Et je vogue à grands vents, vers les soirs chagrins, etc...etc..)
Il y a dans cet écrit tellement de ressenti insoupçonnés et imprévisibles, c'est plus qu'une poésie, c'est une sorte de tableau, que tu as peint avec raffinement jusque dans le moindre détail.
Merci Philip, c'est du grand art...
Gros bisous, Domie...

Philip (JARDIN DE LUNE) le vendredi 29 avril 2016, à 11:23
Je vais commencer par Loïc, parce que ça me permettre, à la faveur de ses réflexions, ça me permettra de donner l’explication de texte sur l’idée et le thème de mon poème :

Pour LOIC :
En fait, à bien y regarder, l’idée du voyage un peu « barré » vers des horizons (crépusculaires) inconnus, résulte du cheminement de ma pensée qui, dans « mon année Lamartine mais aussi Rimbaud » me ramène souvent à ce phare poétique qu’est pour moi le Bateau Ivre. Ce poème n’est pas un exercice de style sur le poème d’Arthur, mais je me suis laissé aller à « des Tibets et des mers de jade », des « crépuscules argentins », des « marins amok », les « loups algonquins » !!!
Le découpage, nous avions déjà discuté de la manière où il permet de mettre en valeur non seulement un poème, mais des mots plus forts que les autres quand le poème est un libre total.
La rime récurrente (en ude, ici), c’est un petit truc que j’utilise de temps en temps. Maiiiis, justement, la recherche de rime en ude a un peu axé, à tort, le côté très spleeneux. Spleeneux, oui, il l’est, mais un spleen assez soft, sans désespérance. Maiiiiiis ? Au bout d’une moment, comme il n’y a pas masse de mot se terminant par ude, plus on avance vers la fin du poème, plus les mots en ude étaient les mots les plus flippant (gratitude = il me fallait la syllabe courte qui précède, sans, alors « sans gratitude » désigne un sentiment amer/inquiétude, hébétude, lassitude… ces mots ne sont pas joyeux, et là c’est le contraire, malgré le « sans » qui précède, les mots sont quand même là.

Mais le reste de tes remarques d’ordre psychanalyto-poésie sont tout à fait à leur place.
Pour les remarques orthographiques : appas, oui c’était une erreur, j’ai rectifié/ « auX termeS de », c’est une habitude de métier, j’écrivais toujours comme cela en évoquant non pas la fin (le terme) mais LES termeS d’un contrat. Et même s’il est évoqué la fin de l’errance, là je pense qu’inconsciemment, le voyage-errance n’est pas encore terminé et que je parlais du contenu de l’errance. Intéressant !
Tangerine Dream et Schulze, j’écoute encore de temps en temps. Lle morceau d’illustration devait être un extrait de Timewind, mais je n’ai pu l’isoler. Celui-ci, convient très bien. Merci pour ton com Loïc. Philip.
(www.mespoemes.net/philipchevalier)

Philip (JARDIN DE LUNE) le vendredi 29 avril 2016, à 12:10
Pour LOUIS :
Ah j’aime bien ton idée d’être le passager clandestin. Si je suis donc capitaine de ce bateau, un peu ivre lui aussi ??? (sourire) ou même simple matelot, ne t’inquiète pas, je ne dirai rien, tu peux y rester. Mais ne reste pas dans la cale, et viens contempler le paysage marin. Les crépuscules sont sublimes. Oui j’aime bien ton idée, elle me fait penser à l’aventurier Rimbaud. Emigré ? Nous partons en pensée d’un lieu qui manque peut-être de rêve et nous partons pour des contrées lointaines que seuls peuvent donner la poésie et ce rêve. Et, ne t’inquiète pas, dans l’univers onirique de la poésie, nous ne serons jamais refoulés aux frontières !! Merci d’être passé, Louis. Amitiés. Philip

Pour MARIE-ANNE :
Merci d’être passée. Tiens, je ne voyais à travers mon poème, dont tu auras sans doute lu l’origine inspiratrice dans le com’ que je fais à Loïc, ni amertume, ni nostalgie, ni santé vacillante. Cela confirme cette particularité de la poésie qui fait qu’il y a toujours- et heureusement – une place à l’interprétation parfois subjective de chacun. Et, une métaphore présente la difficulté de ne pas être forcément « décryptée » au premier abord. Là donc, c’est plus un voyage vers les crépuscules comme j’aurais aimé en partager avec l’ami Rimbaud. Bises et amitié, Marie-Anne. Philip

Pour IVY :
Eh oui Ivy, le crépuscule inspire. Ne fait pas de comparaison entre mon poème et le tien, mais ce qui est amusant est que tu sais que je suis plutôt un lève-tôt et moi, ce sont les aubes (tout aussi rougeoyantes) qui m’inspirent donc. Toi tu as voyagé avec les couleurs et les odeurs de ton jardin, le soir, moi j’ai parlé des crépuscules….tôt le matin !
Oui, la vie est un bateau qui tangue sur les flots, mais ce n’était pas le propos de mon poème
(d’ailleurs, si l’on enlève tous les mots en ude que j’ai mis, cela change peut-être le sens du poème)
(www.mespoemes.net/philipchevalier)

Philip (JARDIN DE LUNE) le vendredi 29 avril 2016, à 12:26
......suite :
Pour DOMIE :
Coucou Domie. Ah, si j’avais peint un tableau, je ne sais quelle inspiration j’aurais trouvée (pas le lugubre Radeau de la Méduse, quand même !). Tu sais bien que je vais contester – à juste titre – l’expression « grand art, mais ce qui est vrai c’est que, me remettant à écrire, j’ai mis du détail et, je ne sais pas si « raffinement » convient, mais un soin à l’agencement des mots et au choix de certains mots. Ben en tout cas, merci d’avoir aimé ce poème, Domi écrit, tu l’aura remarqué en libre totalement total de librement libre ! (en fait, ce n’est pas si facile que ça, puisqu’il n’y a pas de repère prosodiques). Bisous, Domie. Philip

Pour GUILLAUME :
Merci, Guillaume. Ah tu vois, d’autre commentateurs ont vu un voyage un peu âpre dans mon poème, plein d’interrogations et toi tu le trouves….délicieux. Sans contester aucunement l’approche interprétative qu’en ont fait les autres, moi en effet je dirai que tous les voyages que l’on fait avec des bateaux un peu « barrés »…pardon, ivres, sont des voyages merveilleux, pleins de surprises. Ah, c’est encore ma référence à Rimbaud, je le vois comme ça !!!! Amitiés, Guillaume. Philip

Pour NISTI :
Merci Nisti. Ton commentaire me fait plaisir. Du lourd ? Euh, je dirais que j’ai mis un peu « le paquet » et surtout au niveau de l’ambiance « voyage fou ». Aussi, je suis très content quand tu dis que « j’emmène loin ». C’était un peu le but. Mais si tu as lu mes réponses qui précèdent, quand on s’est fait un petit voyage avant avec Rimbaud, on voyage toujours après sur les océans de la folie (mais, non, non, c’était juste l’inépuisable inspiration du Bateau Ivre, pas un remake ! Sourire).
D’accord avec toi, je m’en suis rendu compte avant que tu me le dises : petite longueur dans la fin du poème. Mais, tu me connais, un peu paresseux et, mon dieu, enlever un mot, sacrilège !!! Alors j’ai laissé comme ça. Amitiés, Nisti. A bientôt. Philip.
(www.mespoemes.net/philipchevalier)

Micheline 1940 le samedi 30 avril 2016, à 06:32
Bonjour cher Philippe,
Votre navire vogue emmenant dans ses flancs depuis siècles, tous les rêves de l'homme, ses découvertes sans lassitudes, même dans ses habitudes... C'est un long et merveilleux voyage impressionniste dans les couleurs comme dans les sentiments ressentis et les sons entendus, rappelant de chers Paradis à jamais perdus. Lumières, Feux et Sons s'en vont ensemble sombrer au creux d'un prélude... Sentiments de se laisser porter, puisés au fond des plus profondes fibres de l'Être, dans un réel romantisme intemporel...
Joli retour, Philippe, et bienvenue sur nos ondes !
Bien amicalement,
Micheline.

Ivy le samedi 30 avril 2016, à 16:08
Mais je ne faisais pas de comparaison Philip. Je disais simplement que le terme 'crépuscule', était plus en accord avec ton écrit qu'avec le mien.

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