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Depuis plus de cent ans dans la famille Bach
De père en fils on est organiste à la messe
Et le dernier venu qui naît à Eisenach
Va donner à son nom ses lettres de noblesse
Dernier de huit enfants, dont quatre seuls survivent
De ses frères et sœur, il devient le chouchou
Et comme le bambin a la gueulante vive
Pour couvrir son organe, à l'orgue, chacun joue
Jean-Sébastien s'instruit à l'école latine
Jusqu'à ce que sa mère aille très jeune au ciel
Et que son père épouse une vague cousine
À partir de ce jour, la tribu s'écartèle
Pendant quelques années on installe le mioche
Chez Jean-Christophe Bach, son ainé de quinze ans
Puis, devenu jeune homme, trois florins en poche
Il marche vers Hambourg où la gloire l’attend
Mais à défaut de gloire, il trouve une chorale
Qui le recueille, moins pour sa superbe voix
Que pour sa pauvreté, son dénuement total
Qu'il laisse transparaître à cette époque-là
À dix-sept ans il est organiste à l'église
Mais cela ne plaît pas au duc du voisinage
À d’autres cette place ayant été promise
Notre Jean-Sébastien doit faire ses bagages
On le retrouve à la cour du prince régnant
Organiste attitré, grassement rétribué
De l’église d’Arnstadt, où pour ses vingt printemps
Il s’accompagne à l’orgue en chantant des menuets
Souvent Jean-Sébastien joue des notes bizarres
Il improvise trop au gré de ses patrons
Il dièse les bémols, massacre les bécarres
Si bien que ces derniers doivent hausser le ton
Souvent Jean-Sébastien joue des notes bizarres
Il improvise trop au gré de ses patrons
Il dièse les bémols, massacre les bécarres
Si bien que ces derniers doivent hausser le ton
Mais cela semble plaire à Maria Barbara
Sa charmante cousine, à la voix de cristal
Qu'il épouse et lui donne quatre beaux petits gars
De quoi renouveler la basse à la chorale
Pendant dix ans encore il pianote ses gammes
Pour le prince dans sa magnifique chapelle
S'il ne gambade plus, aujourd'hui c'est dans l'âme
Que l'entraînent aux cieux ses fugues les plus belles
Il est très courtisé dans la grande Allemagne
Chacun voudrait l’avoir à sa disposition
Se croyant le meilleur, l’insolence le gagne
Ce qui lui vaut du prince un mois ferme en prison
Il compose sans fin concertos et sonates
Des suites appelées "Françaises et Anglaises"
Véritable robot, incroyable automate
Il se nourrit de "mi", le "sol" jonché de dièses
Il a trente-cinq ans, quand Anna Barbara
Meurt presque en même temps que son pauvre grand-frère
Mais fort heureusement sa nouvelle diva
Anna Magdalena l'invite à changer d'air
Ils tombent amoureux et partent pour Leipsick
Où ils s'épousent et se dénichent un toit
Là, le génie retrouve goût à la musique
Et écrit près de dix cantates chaque mois
Les époux donnent un concert hebdomadaire
Parfois accompagnés des enfants du virtuose
Et dans cette sereine et paisible atmosphère
"La passion selon Saint-Mathieu", il compose
Puis Jean-Sébastien en mil sept cent trente-six
Écrit dans la foulée : "Le clavier tempéré"
La "Messe en si mineur", et de longues prémisses
De "L’art de la fugue" qu’il ne peut achever
Mais, petit-à-petit, s’instaurent des querelles
À cause de ses airs un peu trop surchargés
Quelque peu compliqués, pas assez naturels
Particulièrement difficiles à jouer
Un jour, Frédéric II à Bach lance un défi
D’improviser à l’orgue sur un thème royal
Avec six voix, ce que l’artiste réussit
Il baptise son œuvre "Offrande musicale"
Il est admis à près de soixante-trois ans
À la "Société des Sciences de musique"
Pour laquelle il écrit, avec tout son talent
Ses "Contrepoints" et ses "Canons énigmatiques"
L'an suivant le maître bien que perdant la vue
Adapte par plaisir un magnifique psaume
Lors, il sent sous ses doigts que son heure est venue
D'aller jouer de l'orgue en un autre royaume
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