La révérence du révérend

 

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Histoire de poilu

le dimanche 08 mai 2016, à 22:10. Posté par Bartkley


Du côté de l’Aisne ,
Nous creusions la tranchée
À coups de pelles .
D’abord simple sillon
Puis s’ouvrant franchement
S’offrant à nos coups de pioches .
Jusqu’à ce que vienne l’averse
Et que les flancs nous engloutissent .

Et nous perdîmes notre enfance
dans un râle inconnu .

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commentaires ( 8 ) (Ajouter un commentaire)
rivaudais le lundi 09 mai 2016, à 06:56
Un poème poignant qui donne à réfléchir. On n'écrira jamais sur les horreurs de la Grande Guerre et les souffrances des Poilus. Une question par ailleurs si vous permettez: Que vient faire en tant qu'illustration le tableau "La naissance du monde"? Alors que le poème parle de la mort et de l'engloutissement de ce qui restait d'enfance chez le soldat. Il y a là quelque chose qui m'échappe.

Bartkley le lundi 09 mai 2016, à 07:53
Bonjour Rivaudais !
Tout d'abord, merci pour votre passage, ensuite, pour répondre à votre question,
j'ai choisi cette illustration parce qu'il s'agit d'un texte érotique ou disons à double sens.
Mais je n'aurais pas dû la mettre mais je n'arrive pas à la supprimer.
Je ne voudrais pas que ça passe pour une provocation, ce n'était pas le but.
(C'est bizarre l'effet de ce tableau, c'est sans doute l'œuvre la plus "rebelle" que l'on ait fait, et pourtant...)
Bref, c'est un poème sur la guerre, la vraie, la rude, la cruelle, et puis l'autre, la tendre (comme disait Brel).

domidom le mardi 10 mai 2016, à 20:45
Coucou Bartkley...
Je ne parlerai pas du tableau puisque je ne l'ai pas vu, de toute façon, il n'est pas besoin d'un tableau pour illustrer ton écrit...
Merci pour tes mots poignants et douloureux...
A plus, Domie...

Bartkley le mercredi 11 mai 2016, à 19:01
Hello Domie! (Tiens, on dirait une chanson!) :)
Oui, il vaut mieux laisser le texte vivre sa vie et le lecteur y voir ce qu'il veut.
Bonne soirée!

Philip (JARDIN DE LUNE) le mardi 17 mai 2016, à 16:19
Salut Bartkley.
Habitant à la frontière Est de Paris, mes pas me conduisent régulièrement dans l'Aisne. "Chemin des dames" ! Un nom qui claque fièrement à l'esprit de ceux qui ont quelques connaissances sur la Grande Guerre. Un bourbier, un cloaque. J'ai vu les abord, en automne, plusieurs fois, sous la pluie.
Témoignage-souvenir : une lettre qui a traversé de temps, d'un grand oncle, instituteur, écrivant à sa bien-aimée depuis les tranchées. Un peu plus lucide que les autres (qui étaient parti "la fleur au fusil", mais pas plus chanceux. Il écrivait bien, le bougre. Il y a longtemps que je n'ai pas relu cette lettre, mais ton poème la résume parfaitement. Les "pourquoi ?" faisaient écho aux évidences prémonitoires des "Quelle connerie la guerre !" de Prévert et d'Eluard.
Tiens, je me suis revu il y a une quinzaine, le "Full metal jacket" de Kubrick ! Ah ouais, eux aussi, les jeunes ricains ils ont perdus leur jeunesse, leurs illusions au Vietnam, quand ils n'ont pas perdus la vie.
Ah mon bon monsieur, mais rassurez-vous, les parkings des supermarchés aux USA regorgent de place handicapées, en veux-tu, en voilà. La Nation n'est pas ingrate voyez-vous !
Kubrick ? Eh ben, la boucle est bouclée. Rappelons-nous "les sentiers de la gloire" ! On a le droit d'être englouti dans la boue de l'averse. Pas confortable, certes. Mais on n'a pas le droit d'être lâche.
A bientôt Bartkley. Amitiés. Philip
(www.mes poemes.net/philipchevalier)

Bartkley le mardi 17 mai 2016, à 22:22
Rebonsoir Philip!
C'est marrant que tu parles du Vietnam. Je voudrais pas raconter ma vie mais il se trouve que je roule exclusivement en bécane, c'est un choix de vie qui en vaut un autre, et je suis très intéressé par l'histoire des vétérans du Vietnam, quand tu penses que c'est à ce moment là qu'on a fini par intégrer (je sais pas si on peut dire accepter ) le fait que la guerre pouvait causer des traumatismes psychiques, c'est de la folie ! Un de mes arrières grands-pères qui avait été brancardier à Verdun, a fini ermite au fin fond de la forêt des Landes, il ne voulait plus voir ni parler à personne ! Je me demande si quelque part je n'aurais pas hérité de ce gène !:)
Pour en revenir aux vétérans du Vietnam, à leur retour ils désossaient leurs Harley de tout ce qui était inutile, ils appelaient ça des  Bobbers, c'est un truc qui existe toujours d'ailleurs mais malgré le fait que je roule qu'en bécane je n'ai jamais roulé en Harley en me déguisant en vétéran, je respecte trop et le mythe et les gars qui ont payé pour ça ; d'ailleurs j'ai jamais réussi à m'intégrer à un groupe de motards, quel qu'il soit ! Mais ça c'est une autre histoire.I'm a poor lonesome cowboy !;)
Je te poste un vieux texte écrit à ce sujet, pas très bon, trop hermétique, mais nous sommes entre nous :
"Bobbers"

De retour...

Nous étions
Vidés,
Dépecés ,
Éviscérés ,
Bouffés
Par les niakoués .
Dépouillés
À en dépouiller
Ce qu’il nous restait
De plus cher …
Nos bourrins de fer .

Le Knucklehead
Comme un poing dans la gueule
Comme un dernier « je t’aime » 
À la patrie chérie
Qui nous abandonnait .

Et Joe « smokey »
Traînait toujours
Dans nos rêves
De sales gosses
Et Dot Robinson
En pin up
Éternelle
Dansait aux portes
De nos âmes ,
À jamais,
Sur des airs de Screamin’ Hawkins Jay,
Le Frère ,
Malgré tout …
Le Rare ,
Qui venait nous visiter ,
Hier ,
Quand nous étions
Sur nos bases ,
Là bas...
Nous faire oublier
« The halls of Montezuma »

On parachutait
Notre sang-froid
Sur le Dakota ,
Sur ses « black hills » ,
Nous ,
Les « Yankee doodle »…
Filant vers la Californie…
Ivres de drogues
Et d’interdits

Et sur cette pierre
Se bâtissait un empire….

Et ne reste plus
Aujourd’hui
De nos « spartos »
Qu’un point
Dans la nuit…

…Profonde…

It’s only Rock’n’Roll.

Bartkley le mardi 17 mai 2016, à 22:38
J'ai oublié: ton histoire de lettres m'a fait penser à cette vieille chanson de Maxime Le forestier
https://www.youtube.com/watch?v=D5Fp5QUgbzw

A+

Bartkley le dimanche 22 mai 2016, à 16:24
Je remets la photo du tableau car je trouve qu'elle est importante !
Il serait malheureux de séparer les deux sens du texte qui s'accordent.
Et je trouve (aussi) qu'il serait mal venu que l'on vienne me parler de manque de respect envers les poilus ! (après, si on me dit qu'il y a des mineurs qui pourraient être choqués, là, c'est une autre histoire)
Car, voyez-vous, le manque de respect il se trouve dans le fait d'envoyer ses enfants se faire crever en sachant qu'ils vont se faire crever ( à tel point qu'on commande un autre train alors qu'un vient juste d'arriver !
Et, ne vous y trompez pas, ceux qui nous gouvernent aujourd'hui sont les mêmes ! 
Ne se vantent-ils pas d'avoir vendu x rafales ? Ou d'avoir balancé 50 tonnes de bombes en un week-end ?
Bien entendu, nous, nous ne tuons que les méchants mais les méchants pensent pareil quand ils nous tuent !
C'est avec l'ennemi qu'il faut discuter, pas avec l'ami ! C'est à ça que sert la discussion...
Ou alors, après, on admet que les mots ne sont plus suffisant et , effectivement, il ne reste plus qu'à se foutre sur la gueule ! Triste constat ! Non?
Voyez-vous, je trouvais intéressant « d'opposer » (décidément, on ne s'en sort pas!) toutes ces enfances tuées par la haine et toutes ces enfances tuées par l'amour.
Ce poème c'est un peu deux clans opposés qui font la paix.
Vous me direz : le résultat est le même !
Et je vous répondrai : certes...

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