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Parmentier revisité (1737-1813)

le lundi 23 mai 2016, à 14:19. Posté par Michel Ernest


Bienfaiteur de l'humanité
Inventeur de la pomme-frite
Père des pommes-purées
A l'ail, au four, ou à l'eau, cuites

Vous êtes né à Montdidier
Entre Bruxelles et Paris
Là-bas où dans quelques années
S'édifieront les friteries

Vos parents ont une boutique
Sur le boulevard principal
Mais les affaires sont critiques
Et le couple va au plus mal

C'est le curé de la paroisse
Qui prend en main votre destin
Votre père a perdu la face
Votre mère a trouvé un saint

Il vous enseigne le latin
La langue qui est exigée
Pour le métier de pharmacien
Qu'il souhaite vous voir exercer

Le brave prêtre vous déniche
Un emploi dans une officine
Car vous n'êtes pas assez riche
Pour apprendre la médecine

Bientôt le pays est en guerre
Et comme vous avez vingt ans
En tant que jeune apothicaire
Vous vous engagez sur le champ

Mais vous ne faites pas la guerre
Vous êtes vite prisonnier
Et goûtez aux pomme-de-terre
En brouet à chaque souper

C'est là qu'en secret vous vous dites
Cette bouillie est un gâchis
Avec dans chaque œil une frite
Vous imaginez un hachis

Rapidement on vous relâche
Vous êtes plutôt échangé
Car dans la troupe votre tâche
Est expressément réclamée

Vous quittez l’armée et la guerre
Et ses batailles fratricides
Pour un emploi d’Apothicaire
Chef de l’hôtel des Invalides

Vous y passez votre maîtrise
Mais curieusement sur la place
Les bonnes sœurs, dites "sœurs grises"
Jalouses de tout vous menacent

Le roi vous nomme pensionnaire
Sur sa cassette personnelle
Et vous fait grand apothicaire
Pour voler de vos propres ailes

Partout vous chantez à la gloire
Des pommes de terre nouvelles
Vous rédigez plusieurs mémoires
Sur leurs vertus nutritionnelles

En mille sept cent quatre-vingt
Cette "truffole", comme ils disent
Ne sert qu'à nourrir les bovins
Pour eux c'est une friandise

Vous invitez à votre table
Lavoisier, Benjamin Franklin
À partager votre ineffable
Patate en manière de pain

Outre vos chères tubercules
Que vous leur faites consommer
Vous traitez aussi des fécules
Du sucre et des produits laitiers

La Révolution vous suspecte
Puis vous néglige et vous accepte
Le Directoire vous respecte
Et le Consulat est adepte

Vous êtes l'un des créateurs
De l'École des boulangers
Pharmacien en chef, Inspecteur
Des services de la Santé

Mais vos recherches bienfaitrices
Vous accaparent à plein temps
Si bien que par ce sacrifice
Vous êtes seul à soixante ans

Vous n'avez pour toute présence
Que votre sœur Marie Suzanne
Qui depuis son adolescence
Vous accompagne, cher Antoine

Or cette dernière s'éteint
En fin d'année mil huit cent neuf
Lors devant ce coup du destin
Vous vous sentez comme un peu veuf

Et puis c'est vous qu'on met en terre
Rongé par la tuberculose
Tout près de vos pommes de terre
C'est là que la tubercule ose

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