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Permettez-moi de faire un jeu de mot sur Braille
Je sais on ne rit pas d'une personne aveugle
Mais si à l'injustice, oncques sa voix ne braille
Dans le noir de sa vie, en secret, son cœur beugle
Vous voyez, mon humour n'est pas iconoclaste
J'ai trop d'estime pour celui qui a du cran
Quel que soit son niveau, son standing, ou sa caste
Pour son grade, il en prend, puis rentre dans le rang
Louis Braille vient au monde en l'an mil huit cent neuf
Dans un petit village aux alentours de Meaux
Une semaine après avoir fêté l'an neuf
D'une famille de bourreliers au hameau
À trois ans, le gamin qui veut aider son père
Se blesse à l'œil et perd peu à peu la vision
Il devient aveugle et, pour qu'il ne désespère
Sa famille avec soin redouble d'affection
À dix ans on l'admet dans une institution
Pour les adolescents qui ont perdu la vue
On y apprend à lire en quelques palpations
Des lettres en relief sur du papier, cousues
À peine incorporé, le jeune Louis propose
Des améliorations, et cherchant sans répit
Au bout de deux années, à l'école il impose
Son propre système, sa propre thérapie
À seize ans, il exerce en cette institution
La fonction d'assistant puis, quelque temps plus tard
Celle de professeur qui donne des leçons
De grammaire, d'algèbre et quelquefois d'histoire
En mil huit cent vingt-neuf, il a juste vingt ans
Il publie un ouvrage écrit avec des points
Pour transcrire musique, paroles et plain-chant
Destiné à tous les aveugles musiciens
Depuis quelques années, le jeune homme toussote
Mais maintenant sujet à des quintes de toux
Il doit abandonner les gammes et les notes
Et se consacrer à l'alphabet, avant tout
Il réalise sa première traduction
À partir des travaux d'un auteur non-voyant
Puis il peaufine son art de la transcription
Qui aux aveugles sert encore maintenant
Un dénommé Foucault, infirme, lui aussi
Bricoleur amateur s'approprie la trouvaille
Et crée un appareil dans le noir de sa nuit
Qui frappe l'alphabet inventé par Louis Braille
Le temps passe et bientôt, vers ses trente-cinq ans
Devant la maladie, le savant abandonne
Il cesse d'enseigner définitivement
Et à la prospection entièrement s'adonne
Dans les derniers jours de l'an mil huit cent cinquante
Il est de plus en plus en arrêt maladie
Et les nombreux projets qui encore le hantent
Dans une infirmerie, s'endorment avec lui
Il passe de longs mois allongé dans sa chambre
En ne pratiquant plus aucune activité
Jusqu'au bout de la nuit du quatre au cinq décembre
Où une hémorragie le laisse foudroyé
Louis Braille rend l'âme le six janvier suivant
De la phtisie, il meurt en martyr innocent
On l'enterre à Coupvray presque anonymement
Avant qu'au Panthéon le transporte le vent
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