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George Sand revisitée (1804-1876)

le lundi 06 juin 2016, à 16:39. Posté par Michel Ernest


Comme le fit Marie d'Agout
Et Delphine de Girardin
Avec plus ou moins de bon goût
Ainsi fit Aurore Dupin

À l'instar de ses deux consœurs
Elle prit un nom masculin
Par mœurs, par mode, ou par erreur
C'est George Sand que l'on retient

Aurore naît dans le quinzième
Arrondissement de Paris
Là où je vais naître moi-même
Après un bon siècle et demi

Son père est soldat de carrière
Officier d'honnête lignage
Et presque comtesse est sa mère
Fille d'un maréchal volage

Son père brusquement s'éteint
Quand elle est encore fillette
Alors la grand-mère Dupin
Élève Aurore à la baguette

À treize ans elle quitte l'Indre
Et entre au couvent à Paris
Y reste deux ans à se plaindre
Puis est placée chez des amis

Là elle rencontre un bellâtre
Qu'elle épouse à dix-huit printemps
Il lui donne, en trois ans ou quatre
Deux enfants et plusieurs amants

Alors les époux se séparent
Mais ne se cherchent pas querelle
Aurore trouve un oiseau rare
Qui niche quartier Saint-Michel

Son Jules qui s'appelle Jules
Est doué pour la littérature
Et s'acharne comme une mule
À vivre de son écriture

Les deux amants publient un livre
Qui paraît en mil huit cent trente
Deux autres encore vont suivre
Où Aurore est plus qu'excellente

Puis laissant tomber son Julot
Sous son étrange pseudonyme
Elle écrit une œuvre en solo
Qui rend la critique unanime

Bientôt elle devient l'amante
Du célèbre Alfred de Musset
Qui a vingt-trois ans, elle trente
À deux ou trois semaines près

Mais leurs amours tumultueuses
Auront vite fait de mourir
Bien que de passion amoureuse
Trois livres elle peut écrire

En août mil huit cent trente-quatre
Aurore est enfin libérée
Car le tribunal de La Châtre
Vient de la faire divorcer

Toujours avide de voyages
De paysages, de rencontres
En Suisse, au milieu des alpages
Avec Franz Liszt, elle se montre

Or là, point de rêve d'amour
Avec le maître-musicien
Les fugues reprenant leur cours
Avec le nocturne Chopin

Je ne sais si son Frédéric
L'appelait Aurore ou bien George
Mais pour moi Aurore est pratique
Car je n'ai pas de rime en orge

Pendant près de dix ans Chopin
Élève les petits moutards
Les enfants de sa mie Dupin
Mais qui ne sont pas des bâtards

Elle écrit durant cette époque
De nombreux romans à succès
Lesquels pour la plupart évoquent
Ses propres désirs et regrets

Puis de Chopin elle se lasse
Et lui dit "adieu mon ami"
L'heureux élu qui le remplace
Est un as en menuiserie

Ce compagnon du tour de France
Est également député
Et avec lui elle se lance
Dans le journalisme engagé

Lorsque Frédéric Chopin meurt
À l'âge de trente-neuf ans
La pauvre Aurore des heures pleure
En souvenir de cet amant

Elle quitte son ébéniste
Lâche la politique aussi
Puis repart faire la touriste
Avec le fils de son ami

Délaissant le roman champêtre
Elle écrit sur la société
Et comme bien des gens de lettres
S'essaie à la cape et l'épée

Une liaison avec Flaubert
Se tisse en tout bien tout honneur
Car elle est juste épistolaire
Entre les célèbres auteurs

Puis les "Contes d'une grand-mère"
Viennent parachever son œuvre
Avant qu'en ses bras ne l'enserre
L'effrayante et fatale pieuvre

Au crépuscule meurt Aurore
Mais en enterrant son étoile
Le soleil rayonne très fort
Telle une aurore boréale

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commentaire ( 1 ) (Ajouter un commentaire)
claire deterre le samedi 11 juin 2016, à 14:14
J'ai survolé un peu vos portaits "revisités".Quel talent! la culture,la facilité d'écriture,l'humour,
tout est réuni.
C'est un vrai régal de lire ce qui d'ordinaire pourrait être plus rébarbatif.
Bravo à vous.
Clairedeterre

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