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Comme le fit Marie d'Agout
Et Delphine de Girardin
Avec plus ou moins de bon goût
Ainsi fit Aurore Dupin
À l'instar de ses deux consœurs
Elle prit un nom masculin
Par mœurs, par mode, ou par erreur
C'est George Sand que l'on retient
Aurore naît dans le quinzième
Arrondissement de Paris
Là où je vais naître moi-même
Après un bon siècle et demi
Son père est soldat de carrière
Officier d'honnête lignage
Et presque comtesse est sa mère
Fille d'un maréchal volage
Son père brusquement s'éteint
Quand elle est encore fillette
Alors la grand-mère Dupin
Élève Aurore à la baguette
À treize ans elle quitte l'Indre
Et entre au couvent à Paris
Y reste deux ans à se plaindre
Puis est placée chez des amis
Là elle rencontre un bellâtre
Qu'elle épouse à dix-huit printemps
Il lui donne, en trois ans ou quatre
Deux enfants et plusieurs amants
Alors les époux se séparent
Mais ne se cherchent pas querelle
Aurore trouve un oiseau rare
Qui niche quartier Saint-Michel
Son Jules qui s'appelle Jules
Est doué pour la littérature
Et s'acharne comme une mule
À vivre de son écriture
Les deux amants publient un livre
Qui paraît en mil huit cent trente
Deux autres encore vont suivre
Où Aurore est plus qu'excellente
Puis laissant tomber son Julot
Sous son étrange pseudonyme
Elle écrit une œuvre en solo
Qui rend la critique unanime
Bientôt elle devient l'amante
Du célèbre Alfred de Musset
Qui a vingt-trois ans, elle trente
À deux ou trois semaines près
Mais leurs amours tumultueuses
Auront vite fait de mourir
Bien que de passion amoureuse
Trois livres elle peut écrire
En août mil huit cent trente-quatre
Aurore est enfin libérée
Car le tribunal de La Châtre
Vient de la faire divorcer
Toujours avide de voyages
De paysages, de rencontres
En Suisse, au milieu des alpages
Avec Franz Liszt, elle se montre
Or là, point de rêve d'amour
Avec le maître-musicien
Les fugues reprenant leur cours
Avec le nocturne Chopin
Je ne sais si son Frédéric
L'appelait Aurore ou bien George
Mais pour moi Aurore est pratique
Car je n'ai pas de rime en orge
Pendant près de dix ans Chopin
Élève les petits moutards
Les enfants de sa mie Dupin
Mais qui ne sont pas des bâtards
Elle écrit durant cette époque
De nombreux romans à succès
Lesquels pour la plupart évoquent
Ses propres désirs et regrets
Puis de Chopin elle se lasse
Et lui dit "adieu mon ami"
L'heureux élu qui le remplace
Est un as en menuiserie
Ce compagnon du tour de France
Est également député
Et avec lui elle se lance
Dans le journalisme engagé
Lorsque Frédéric Chopin meurt
À l'âge de trente-neuf ans
La pauvre Aurore des heures pleure
En souvenir de cet amant
Elle quitte son ébéniste
Lâche la politique aussi
Puis repart faire la touriste
Avec le fils de son ami
Délaissant le roman champêtre
Elle écrit sur la société
Et comme bien des gens de lettres
S'essaie à la cape et l'épée
Une liaison avec Flaubert
Se tisse en tout bien tout honneur
Car elle est juste épistolaire
Entre les célèbres auteurs
Puis les "Contes d'une grand-mère"
Viennent parachever son œuvre
Avant qu'en ses bras ne l'enserre
L'effrayante et fatale pieuvre
Au crépuscule meurt Aurore
Mais en enterrant son étoile
Le soleil rayonne très fort
Telle une aurore boréale
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