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Camille Claudel revisitée (1864-1943)

le samedi 18 juin 2016, à 10:55. Posté par Michel Ernest


    Jamais je n'aurais pu penser
    Que Paul Claudel, scrutant des saints
    Était l'un des frères puînés
    De Camille sculptant des seins

    Jamais je n'aurais pu songer
    Que Camille avec son Rodin
    Était la bonne sœur aînée
    Dudit Paul avec son Odin

    Née de Louis et d'Athanaïse
    Avec comme prénom Camille
    L'enfant n'est pas, qu'on se le dise
    Un petit gars, mais une fille

    Les parents après deux échecs
    Dans la naissance des enfants
    Avaient dû composer avec
    Un seul prénom ambivalent

    À cette époque règne encore
    L'empereur Napoléon trois
    La famille réside alors
    Tout près de Fère-en-Tardenois

    Puis les Claudel, dans l'Aube, partent
    En même temps que le susdit
    Louis-Napoléon Bonaparte
    Pour un exil en Germanie

    Camille a un talent précoce
    Pour le marteau et le burin
    Mais sa passion, la pauvre gosse
    N'est pas partagée par les siens

    Aussi les Claudel déménagent
    Et dans leur nouvelle demeure
    Espèrent bien garder en cage
    Leur petit pivert marteleur

    Mais la jeune fille est tenace
    Et l'année de ses dix-sept ans
    À Paris, quartier Montparnasse
    Fait déménager ses parents

    Camille avec des spécialistes
    Du marbre crée un atelier
    C'est ici que de grands artistes
    Viennent quelques cours dispenser

    Un jour un nouveau professeur
    D'une quarantaine d'années
    A pour Camille un coup de cœur
    Pour son style et pour sa beauté

    Cet homme vous vous en doutez
    C'est maître Rodin qui la prie
    D'intégrer son propre atelier
    Avant de l'intégrer au lit

    Devant le talent de la belle
    Le sculpteur reste confondu
    Elle lime, brosse et cisèle
    Et excelle sur les corps nus

    Auguste et Camille exécutent
    De nombreux projets de concert
    Dont, n'en déplaise à Belzébuth
    L'immense "Porte de l'enfer"

    Durant dix ans le couple s'aime
    Mais peu à peu Rodin s'éloigne
    Car se pose un réel problème
    Auguste avait une compagne

    Entre deux scènes de ménage
    Camille sculpte à corps perdu
    Et dans son style se propage
    Le feu de son amour déçu

    À trente ans, elle réalise
    Une série de quinze bustes
    Dont son frère Paul, sa sœur Louise
    Et bien évidemment Auguste

    Mil huit cent quatre-vingt-dix-sept
    C'est l'année où une mécène
    La pousse à faire place nette
    Pour vivre une vie plus sereine

    Son amie lui passe commande
    De plusieurs bustes et portraits
    Puis un jour elles s'enguirlandent
    Et la mécène disparaît

    Toute seule durant huit ans
    Sans une commande qui vaille
    En marbre rose, en marbre blanc
    En bronze et en pierre, elle taille

    Sombrant dans la paranoïa
    Elle ne veut plus voir personne
    Les docteurs disent qu'il y a
    Ses facultés qui l'abandonnent

    Après un conseil de famille
    Dirigé par son frère Paul
    Il est décidé que Camille
    Sera internée chez les folles

    L'opinion publique est outrée
    Ses admirateurs circonspects
    Rodin tente d'intercéder
    Mais il décède peu après

    L'artiste qui a cinquante ans
    En aura soixante-dix-huit
    Quand elle mourra tristement
    Sans une lettre et sans visite

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commentaire ( 1 ) (Ajouter un commentaire)
clairedeterre le lundi 20 juin 2016, à 15:46
Bonjour,
J'ai survolé quelques unes de vos biographies;ce sont des petites merveilles de travail sensible et d'humour associé.
Un vrai régal à lire dans leur fluidité
simple et vraie.Un vrai talent.Merci.
Clairedeterre

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