|
Jamais je n'aurais pu penser
Que Paul Claudel, scrutant des saints
Était l'un des frères puînés
De Camille sculptant des seins
Jamais je n'aurais pu songer
Que Camille avec son Rodin
Était la bonne sœur aînée
Dudit Paul avec son Odin
Née de Louis et d'Athanaïse
Avec comme prénom Camille
L'enfant n'est pas, qu'on se le dise
Un petit gars, mais une fille
Les parents après deux échecs
Dans la naissance des enfants
Avaient dû composer avec
Un seul prénom ambivalent
À cette époque règne encore
L'empereur Napoléon trois
La famille réside alors
Tout près de Fère-en-Tardenois
Puis les Claudel, dans l'Aube, partent
En même temps que le susdit
Louis-Napoléon Bonaparte
Pour un exil en Germanie
Camille a un talent précoce
Pour le marteau et le burin
Mais sa passion, la pauvre gosse
N'est pas partagée par les siens
Aussi les Claudel déménagent
Et dans leur nouvelle demeure
Espèrent bien garder en cage
Leur petit pivert marteleur
Mais la jeune fille est tenace
Et l'année de ses dix-sept ans
À Paris, quartier Montparnasse
Fait déménager ses parents
Camille avec des spécialistes
Du marbre crée un atelier
C'est ici que de grands artistes
Viennent quelques cours dispenser
Un jour un nouveau professeur
D'une quarantaine d'années
A pour Camille un coup de cœur
Pour son style et pour sa beauté
Cet homme vous vous en doutez
C'est maître Rodin qui la prie
D'intégrer son propre atelier
Avant de l'intégrer au lit
Devant le talent de la belle
Le sculpteur reste confondu
Elle lime, brosse et cisèle
Et excelle sur les corps nus
Auguste et Camille exécutent
De nombreux projets de concert
Dont, n'en déplaise à Belzébuth
L'immense "Porte de l'enfer"
Durant dix ans le couple s'aime
Mais peu à peu Rodin s'éloigne
Car se pose un réel problème
Auguste avait une compagne
Entre deux scènes de ménage
Camille sculpte à corps perdu
Et dans son style se propage
Le feu de son amour déçu
À trente ans, elle réalise
Une série de quinze bustes
Dont son frère Paul, sa sœur Louise
Et bien évidemment Auguste
Mil huit cent quatre-vingt-dix-sept
C'est l'année où une mécène
La pousse à faire place nette
Pour vivre une vie plus sereine
Son amie lui passe commande
De plusieurs bustes et portraits
Puis un jour elles s'enguirlandent
Et la mécène disparaît
Toute seule durant huit ans
Sans une commande qui vaille
En marbre rose, en marbre blanc
En bronze et en pierre, elle taille
Sombrant dans la paranoïa
Elle ne veut plus voir personne
Les docteurs disent qu'il y a
Ses facultés qui l'abandonnent
Après un conseil de famille
Dirigé par son frère Paul
Il est décidé que Camille
Sera internée chez les folles
L'opinion publique est outrée
Ses admirateurs circonspects
Rodin tente d'intercéder
Mais il décède peu après
L'artiste qui a cinquante ans
En aura soixante-dix-huit
Quand elle mourra tristement
Sans une lettre et sans visite
|