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L' Ecole de la Poésie (Léo Ferré)

le jeudi 23 juin 2016, à 19:53. Posté par COLLECTIF (auteur : Léo Ferré )











    La poésie contemporaine ne chante plus, elle rampe 
    Elle a cependant le privilège de la distinction 
    Elle ne fréquente pas les mots mal famés, elle les ignore 
    On ne prend les mots qu'avec des gants 
    À menstruel, on préfère périodique 
    Et l'on va répétant qu'il est des termes médicaux qui ne doivent pas sortir des laboratoires et du codex 

    Le snobisme scolaire qui consiste, en poésie, à n'employer que certains mots déterminés, à la priver de certains autres, qu'ils soient techniques, médicaux, populaires ou argotiques, me fait penser au prestige du rince-doigts et du baise-main 
    Ce n'est pas le rince-doigts qui fait les mains propres ni le baise-main qui fait la tendresse 
    Ce n'est pas le mot qui fait la poésie mais la poésie qui illustre le mot 
    Les écrivains qui ont recours à leurs doigts pour savoir s'ils ont leur compte de pieds ne sont pas des poètes, ce sont des dactylographes 

    Le poète d'aujourd'hui doit être d'une caste, d'un parti ou du Tout-Paris 
    Le poète qui ne se soumet pas est un homme mutilé 

    La poésie est une clameur 
    Elle doit être entendue comme la musique 
    Toute poésie destinée à n'être que lue et enfermée dans sa typographie n'est pas finie 
    Elle ne prend son sexe qu'avec la corde vocale tout comme le violon prend le sien avec l'archet qui le touche 

    L'embrigadement est un signe des temps, de notre temps 
    Les hommes qui pensent en rond ont les idées courbes 
    Les sociétés littéraires, c'est encore la société 
    La pensée mise en commun est une pensée commune 

    Mozart est mort seul, accompagné à la fosse commune par un chien et des fantômes 
    Renoir avait les doigts crochus de rhumatisme 
    Ravel avait dans la tête une tumeur qui lui suça d'un coup toute sa musique 
    Beethoven était sourd 
    Il fallut quêter pour enterrer Bela Bartok 
    Rutebeuf avait faim 
    Villon volait pour manger 
    Tout le monde s'en fout ! 
    L'art n'est pas un bureau d'anthropométrie 
    La lumière ne se fait que sur les tombes 

    Nous vivons une époque épique 
    Et nous n'avons plus rien d'épique 
    La musique se vend comme le savon à barbe 
    Pour que le désespoir même se vende, il ne reste qu'à en trouver la formule 
    Tout est prêt : les capitaux, la publicité, la clientèle 
    Qui donc inventera le désespoir ? 

    Avec nos avions qui dament le pion au soleil 
    Avec nos magnétophones qui se souviennent de ces voix qui se sont tues 
    Avec nos âmes en rades au milieu des rues 
    Nous sommes au bord du vide, ficelés dans nos paquets de viande, à regarder passer les révolutions 

    N'oubliez jamais que ce qu'il y a d'encombrant dans la morale, c'est que c'est toujours la morale des autres 

    Les plus beaux chants sont des chants de revendication 

    Le vers doit faire l'amour dans la tête des populations 
    À l'école de la poésie, on n'apprend pas ! 
    On se bat ! 


    Léo Ferré 

    https://www.youtube.com/embed/OAdoj_fVsuY










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commentaire ( 1 ) (Ajouter un commentaire)
Rivaudais le vendredi 24 juin 2016, à 00:07
Je connaissais mais à c haque fois que je redécouvre ces mots très forts, je suis sous le choc tant il avait raison . Il a toujours raison car les mots quand on est une célébrité restent prfois.

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