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L'anachorète ( Salus )

le lundi 27 juin 2016, à 18:48. Posté par COLLECTIF (auteur : Salus)








L'anachorète






La prison de la solitude
Referme autour de toi ses doigts ;
Sais-tu vraiment ce que tu dois,
Vers qui va ton ingratitude ?

Dans ce cercle ouvert t’enfermer
C’était la pure conséquence
D’un esprit que le cœur devance
Avec l’avidité d’aimer !

Il paraît que tu le décides,
Et la retraite est un couloir
Pratique, en allant vers le soir,
Mais ta vie est d’ombres livides.

Retourneras-tu voir les tiens ?
Tu n’étais qu’un petit de l’homme,
Nul n’attend que tu fondes Rome !
Tu parais, des drames anciens,

Ce héros pathétique et sobre,
Conscient jouet de ses dieux,
Et contre eux, s’arrachant les yeux,
Sous l’aigre mépris et l’opprobre…

Si le sort te terre à ton trou,
Après l’avoir tant parcourue,
Zarathoustra de terre crue !
C’est qu’elle est ronde comme écrou :

Sitôt vu le bout l’on s’y visse !
Ce monde ne vaut qu’à le fuir
Et tu n‘es bon que d’y fouir
Seul -et nul- parce que c’est vice !

Vous dont la compagnie est manque
Voyez ce scribe accroupi seul ;
Plus loin de vous que n’est le Peuhl,
Le Mongol ou le saltimbanque,

Il jongle avec des mots camus,
Assis sur son astéroïde
Jambes en tailleur et dos roide,
Il entrevoit des sons émus

Dans le brouillard lacté des nues,
Des sons tirés du songe émis,
Et s’éloigne à jamais d’amis,
Et d’amères déconvenues…

Dans sa langueur il peint l’azur
Au poil de martre du langage ;
Largeur et longueur sont le gage
D’un bon fémur sur un pied sûr !

Si loin poussée à cette étude
La raison dérape pourtant
Si l’on pense au cachot restant :
La prison de la multitude.



Salus






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commentaires ( 2 ) (Ajouter un commentaire)
Yoh le lundi 27 juin 2016, à 22:07
L’auteur enferme l’anachorète dans sa prison de solitude et le transfère dans sa prison de la multitude avec une aisance époustouflante tant dans le style : les rimes astéroïdes et roides, par exemple (et bien qu’une virgule ne soit jamais suivie de « et ») que dans la construction de l’ensemble en donnant libre cours à une imagination à la fois fertile et débridée.

brouilleur59 le mardi 28 juin 2016, à 02:45
voilà un texte qui sort de l'ordinaire, vous dites l’anachorète, bien sur l'on peut en définir la solitude ou comme le nommait "Rimbaud, dans une saison en Enfer","des artistes comme il n’en faut plus".
mais pour ma part cela ressort d'une question fondamentale "Être ou ne pas être" se retirer à l'écart de ces obligations
et méditer sur la dernière phrase
"Si l’on pense au cachot restant :
La prison de la multitude."

au plaisir de te relire
B59

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