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J'ai souvent confondu Corneille
Avec Racine évidemment
Qui au temps du grand roi Soleil
Versifiaient fort pareillement
Alors étudiant l'un et l'autre
J'ai pallié à cette ignorance
Et je me fais enfin l'apôtre
De leurs réelles différences
Corneille est un Normand de souche
Né à Rouen en mil six cent-six
Ses aïeux à Conches-en-Ouche
Y étaient procureurs d'office
Son père, en cette métropole
Est maître des eaux et forêts
Et choisit la plus belle école
Pour l'enrôler, s'il le fallait
Timide, le jeune Corneille
[Car c'est son véritable nom]
À la dramaturgie s'éveille
À la place du droit-canon
Bientôt son père lui achète
Un bel office d'avocat
Mais Pierre devenu poète
Plaide pour qu'il ne le soit pas
D'ailleurs il vient juste d'écrire
Une pièce en vers à l'ancienne
Et si ce n'est pas du Shakespeare
Une troupe la joue sur scène
De vingt-trois à trente ans, sans cesse
Il écrit prose et poésie
Ciblant avec délicatesse
Les travers de la bourgeoisie
Richelieu, fort épris de lettres
L'incorpore au sein d'un trio
Ainsi le Cardinal fait mettre
En vers ses propres scénarios
Mais c'est tout seul et sans ce guide
Qu'il écrit "L'illusion comique"
Ainsi qu'un chef-d'œuvre, "Le Cid"
Qui déclenche une polémique
Car quelques plumes vénérables
Y voient un plagiat évident
Mais devant le succès durable
On reconnaît le Cid normand
Tout Paris, tenu par l'intrigue
Entre les larmes de Chimène
Et la vengeance de Rodrigue
Vit des minutes cornéliennes
Or Pierre durant ce tapage
Est parti sans laisser de trace
Se réfugier dans le bocage
Pour revenir avec "Horace"
À trente-cinq ans maître Pierre
Décide de se marier
Avec Marie de Lampérière
Qui lui donne de beaux bébés
Puis la consécration arrive
Avec "Cinna", un tel succès
Que les gazettes excessives
En font le "Sophocle français"
Pendant presque une décennie
Pierre tient le haut du pavé
Par le public, il est chéri
Par ses pairs, il est admiré
Quand Richelieu quitte ce monde
Mazarin alors lui succède
Et pendant les années de Fronde
Le poète écrit "Andromède"
Pour l'Académie française
Où il fut brillamment admis
Pierre traduit fort à son aise
"L'imitation de Jésus-Christ"
Vers mil six cent soixante-quatre
Il crée "Œdipe" et les "Discours"
Et renoue avec le théâtre
Positivement, jusqu'au jour
Où d'autres auteurs à succès
Dont un certain Racine Jean
De plus de trente ans son cadet
Triomphent à son détriment
Et ce Racine vient d'écrire
Une œuvre appelée "Andromaque"
Que Pierre juge, non sans rire
Mi-"Andromède" et mi-arnaque
À coups de rimes assassines
Les deux rivaux livrent bataille
Le public vibre avec Racine
Tandis qu'avec Corneille, il baille
Devant ces échecs successifs
L'ami Pierrot range sa plume
Aussi n'étant plus très actif
Il vit des succès qu'on exhume
C'est à soixante-dix-huit ans
Que par son décès il écrit
Au Panthéon des hommes grands
Une dernière tragédie
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