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À l'inverse du grand Molière
Qui est un surnom inventé
Racine a le nom de son père
Et son nom est enraciné
Jean est né au temps où Louis XIII
Règne encore pour trois années
La rime me met mal à l'aise
Je vous laisse l'an deviner
Orphelin dès son plus jeune âge
Petit-Jean quitte sa maison
Avec deux rimes pour bagage
Et pour arme un pauvre crayon
Il loge chez ses grands-parents
Puis chez sa tante qui l'exhorte
À étudier dès ses dix ans
Le Grec et d'autres langues mortes
Puis, placé chez monsieur de Luynes
Un Janséniste convaincu
De savoir, l'avide Racine
Découvre la vie de Jésus
Ceci nullement ne l'empêche
De fréquenter des comédiens
Qui apprécient ses odes fraîches
Et les jouent au quartier Latin
Un jour, pour le grand roi de France
Jean compose une ode géniale
Qui à titre de récompense
Lui vaut une pension royale
Alors bousculé par sa muse
Il présente une œuvre à Molière
Qui gentiment la lui refuse
Mais l'encourage à sa manière
Enfin, sa pièce "Thébaïde"
Ainsi qu'"Alexandre le grand"
Rivalisant avec "Le Cid"
Sont jouées par les itinérants
C'en est trop pour la concurrence
Qui jalouse de son renom
Voudrait bien que le roi de France
Cesse toute contribution
En mil six cent soixante-sept
"Andromaque" est son jour de gloire
La "Duparc" en est la vedette
Et couche avec lui chaque soir
Puis il crée une comédie
"Les Plaideurs", pas une de plus
Et revient à la tragédie
Par son succès, "Britannicus"
En mil six-cent soixante-dix
Avec Corneille, il rivalise
Sur le thème de "Bérénice"
Hélas, Jean le ridiculise
S'ensuit "Bajazet", "Mithridate"
"Iphigénie" et "Phèdre" aussi
Cette tragédie fera date
Car elle est la plus aboutie
Ami de Boileau, La Fontaine
Puis intime du roi de France
Très simplement vers la trentaine
Jean épouse une amie d'enfance
Il abandonne le théâtre
Et remise sa plume d'oie
Pour, pendant trois années ou quatre
Se mettre au service du roi
Un jour dans la célèbre "Affaire
Des poisons", touchant le monarque
On prétendit que Jean dut faire
Empoisonner dame "Duparc"
Mais quand la police s'apprête
À arrêter notre génie
Expressément on doit admettre
Qu'il s'agit d'une homonymie
Après mil six cent quatre-vingt
Jean s'adonne à la poésie
Toujours proche du souverain
Il lui rend visite à Marly
Il écrit néanmoins deux pièces
Pour Madame de Maintenon
Et pour sa vieille tante abbesse
Qui lui a donné la passion
Le roi le nomme "Gentilhomme
Ordinaire de sa maison"
Et lui octroie fort belle somme
Ainsi qu'une honnête pension
Mais malheureusement les honneurs
Ni l'argent, ni les médailles
Ne peuvent soigner la tumeur
Au fond de son foie qui l'assaille
Jean Racine meurt au printemps
À l'été de sa belle vie
Et nous laisse finalement
Un automne de tragédies
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