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Question de point de vue ( Gilles Farcet )

le mercredi 06 juillet 2016, à 17:31. Posté par COLLECTIF (auteur : Gilles Farcet)





QUESTION DE POINT DE VUE


Qu’est ce que je sais ?
Qu’est ce que j’en sais,
Moi
De tout ça ?
Qu’est ce qu’au juste j’entrave à ce merdier sublime qu’on appelle la vie
Et tutti tutti quanti

Qu’est ce qu’au juste, je sais ?

Je suis heureux.

C’est déjà beaucoup
Et le fait est que tout le monde
Ne peut pas en dire autant.

Oh, de garantie, point
De concession béate à perpétuité, que nenni …

Peut être,
Si ça se trouve,
Serai je un vieillard aigre
Macérant dans ses petits bobos
Saisi d’ épouvante
A l’orée des grandes vacances
Ne jamais dire « aigreur, je ne boirai pas de ton eau »
Encore que Dieu et ceux qui m’aiment
Mériteraient franchement mieux

Toujours est il qu’à l’heure actuelle
Comme à celles qui , depuis un certain temps, la précédèrent
Je ne peux pas me plaindre

Je me célèbre moi -même (oui Walt)
Celui que je suis,
Tel que je suis,
A ma très exacte place
Aligné sur le Tout dont je suis un élément.

Les Autres seulement -
Y compris moi …
(Je est un autre, oui Arthur)

Ce n’est déjà pas mal
Et le fait est que
Ce n’est pas si courant.

Parfait. Et après ?

Qu’est ce que je sais ?
Qu’est ce que j’en sais ?

Par quelle incongruité
Dites moi
Des gens intelligents ,
Pour la plupart socialement intégrés
Pas moins « équilibrés » que le commun des insensés
S’agglutinent ils autour de moi ?

Qu’est que je sais
Qu’est ce que j’en sais
Moi ?
Qu’ai je au juste à partager ?

Quelques miettes de joie, peut être …
Celle qui avance
Chancelante le long de la rue
Quand les diables ont regagné leur boîte
Que les bouffons sont allés se coucher
Et que le vent murmure « Marie »,
Oui, Jimi, oui, Jimi …

Au moins,
Ce que je connais,
Je le connais.
Au moins,
Ce que je transmets
Est bien mien
I did it my way, oui Frank !

Ce n’est déjà pas mal
Et le fait est que tout le monde
Ne peut pas en dire autant.

Suis je en ligne directe avec Dieu ?
Il ne m’a pas filé son O6,
Ni la clef de sa villa avec piscine dans la Drôme ;

Il m’a à la bonne, voilà.
C’est déjà beaucoup
Et le fait est que tout le monde
Ne peut pas en dire autant.

De là à faire comme si
On avait gardé les chérubins ensemble …

Suis je sûr de son existence ?
Je suis sûr de la mienne,
La question est donc réglée
Sacrément obtus serait le courant
Qui se piquerait de douter
De l’existence de la source.

J’ai à mon actif
De ne pas me proclamer éveillé
De ne pas bombarder la toile
De ma binette en mode
Transcendance numéro 4
Regard fixe et pénétré

Je ne donne pas de satsang par skype
Je ne serine pas
Qu’il n’y a rien à chercher,
Rien à trouver
Et que c’est pour cela
Qu’il faut venir m’écouter

Je ne me tiens pas juché
Sur un piédestal
De non prétention affichée

Tant d’indignité m’a été épargnée

C’est déjà beaucoup
Et le fait est que tout le monde
Ne peut pas en dire autant.

Je ne fais pas trois petits tours
Sur scène et puis s’en vont
Je pais mes brebis
Je me luxe l’épaule
A force de pratiquer
Le geste auguste du semeur
Je ne suis pas un bon coup spirituel d’une nuit

C’est déjà beaucoup
Et le fait est que ce n’est pas si courant.

Mais …

Qu’est ce que je sais,
Qu’est ce que j’en sais,
Moi,
De tout ça ?

J’ai vécu aussi
Vivement que je le pouvais
D’une vie si vive et à vif

Ce n’est déjà pas mal
Et le fait est que tout le monde
Ne peut pas en dire autant

Ce que j’ai vécu
Et vis
Je l’ai observé
et l’observe
Avec acuité
Acuité qui plus est
Affinée d’année en année
Par un maître aiguiseur
Qui n’a parfois pas reculé
A tester le tranchant
De la lame sur mon doigt

Du coup,
J’ai pigé deux trois trucs, pour sûr
Au fur et à mesure
Que le carrelage se tachait de rouge


C’est déjà beaucoup
Et le fait est
Que tout le monde ne
Peut pas en dire autant.

J’ai un petit don pour l’expression ,
Même si je pérore
Plus souvent qu’à mon tour
Mais c’est un moindre mal

Psychologiquement, je suis un peu épais
Heureusement il y a ma femme

Je ne suis pas dépourvu d’intuition,
Laquelle , à l’occasion
Peut même s’avérer fulgurante

En franc frappé,
Je ne crains pas
Les virages à cent quatre vingt degrés
Les dérapages tout juste contrôlés
Les gigues hallucinées
Sur la crête
Conclues par un rire dégingandé

Je suis peut être un grand malade
C’est probablement
Ce que pensent de moi
La plupart des psis

J’oubliais :
Je suis un vrai brave type,
De la matière des crèmes
Comme ce monde n’en concocte plus guère
Un innocent aux mains pleines

Et je jouis d’une réelle perspective :
Mon nez n’est pas dans le guidon.

C’est déjà beaucoup
Et le fait est que
Ce n’est pas si courant.

L’impermanence ?
Pour mézigue , une évidence.
La magie de l’instant ?
Une donnée éprouvée.
La nature infiniment mystérieuse et stupéfiante du réel ?
Comme de bien entendu.

L’omniprésence de la tragédie et la possibilité ininterrompue de la rédemption ?
Cela va de soi.

C’est déjà beaucoup
Et le fait est que
Ce n’est pas si courant.

Mais enfin,
Qu’est ce que je sais
Qu’est ce que j’en sais,
Moi
De tout ça ?

Question de point de vue.



Gilles Farcet










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