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Jean de La Bruyère revisité (1645-1696)

le mercredi 06 juillet 2016, à 18:13. Posté par Michel Ernest


    La Bruyère est-il noble ou non
    Est-il cousin du roi de France ?
    Car "De La Bruyère" est son nom
    D'après son acte de naissance

    Non, La Bruyère est un bourgeois
    Et bien que son nom s'apparente
    De la fine fleur il n'est pas
    Mais ça reste une belle plante

    La Bruyère est né à Paris
    Comme son nom ne le dit pas
    On l'eût crû né dans le midi
    Quoiqu'il faisait beau ce jour là

    Son père est à l'Hôtel-de-Ville
    Contrôleur général des rentes
    Et la famille vit dans l'île
    De la Cité des heures lentes

    Jean suit ses premières études
    À l'Oratoire de Paris
    Puis il change de latitude
    Et à Orléans on l'inscrit

    Il y apprend grec et latin
    Pour faire ses humanités
    Et à dix-neuf ans ou bien vingt
    Notre homme en droit est licencié

    Alors il s'inscrit au barreau
    Mais doit se faire une raison
    Le barreau ou bien les barreaux
    Ça sonne comme une prison

    Il cherche plutôt une niche
    Où l'argent arrive en dormant
    Jusqu'au jour où, un oncle riche
    Lui cède ses biens en mourant

    Jean s'achète alors un office
    Dans un grand bailliage normand
    Qui lui rapporte en bénéfice
    Douze mille livres par an

    Et comme à toutes les époques
    Une fois le titre obtenu
    De la présence, l'on se moque
    Car seuls comptent les revenus

    Jean revient habiter en hâte
    À Paris, rue des Augustins
    Et à partir de cette date
    Pendant dix ans il ne fait rien

    La Bruyère connaît ensuite
    Une remarquable ascension
    En se retrouvant assez vite
    Précepteur du duc de Bourbon

    Lors, on prétend à demi-mot
    Que le confesseur du roi Louis
    Bossuet, l'évêque de Meaux
    Avec Jean était bon ami

    Le jeune duc héréditaire
    Voit ses études s'achever
    Quand décède son vieux grand-père
    Un certain prince de Condé

    Jean est maintenant sans travail
    Mais le jeune duc et l'évêque
    Lui trouvent un poste à Versailles
    Au fond de la bibliothèque

    Quand le jeune duc se marie
    Il emmène Jean sur ses terres
    Dans son château de Chantilly
    Comme "gentilhomme ordinaire"

    Peu de temps après Jean publie
    Les maximes de Théophraste
    Et comme l'on dit aujourd'hui
    Les gazettes sont enthousiastes

    Ce livre est le premier volume
    D'une série de douze ou treize
    Qui l'entraîne au fil de la plume
    Jusqu'à l'Académie Française

    Le jour de son investiture
    Jean fait un discours lénifiant
    Pour Corneille il a la dent dure
    Pour Racine il est conciliant

    Ainsi il s'attire les foudres
    Des "Modernes", mais les "Anciens"
    Eux aussi veulent en découdre
    Alors pleuvent les coups de poings

    Jean vient d'avoir la cinquantaine
    Et s'apprête à écrit un livre
    Sur les connaissances chrétiennes
    Que des religieux lui délivrent

    Mais un soir qu'il soupe à la table
    De quelques vieux et bons amis
    D'une manière inexplicable
    Il est frappé d'apoplexie

    Maintenant que notre bon Jean
    Dans son paradis est rendu
    Il peut vérifier s'il descend
    D'un roi et aussi d'un pendu

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