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La Bruyère est-il noble ou non
Est-il cousin du roi de France ?
Car "De La Bruyère" est son nom
D'après son acte de naissance
Non, La Bruyère est un bourgeois
Et bien que son nom s'apparente
De la fine fleur il n'est pas
Mais ça reste une belle plante
La Bruyère est né à Paris
Comme son nom ne le dit pas
On l'eût crû né dans le midi
Quoiqu'il faisait beau ce jour là
Son père est à l'Hôtel-de-Ville
Contrôleur général des rentes
Et la famille vit dans l'île
De la Cité des heures lentes
Jean suit ses premières études
À l'Oratoire de Paris
Puis il change de latitude
Et à Orléans on l'inscrit
Il y apprend grec et latin
Pour faire ses humanités
Et à dix-neuf ans ou bien vingt
Notre homme en droit est licencié
Alors il s'inscrit au barreau
Mais doit se faire une raison
Le barreau ou bien les barreaux
Ça sonne comme une prison
Il cherche plutôt une niche
Où l'argent arrive en dormant
Jusqu'au jour où, un oncle riche
Lui cède ses biens en mourant
Jean s'achète alors un office
Dans un grand bailliage normand
Qui lui rapporte en bénéfice
Douze mille livres par an
Et comme à toutes les époques
Une fois le titre obtenu
De la présence, l'on se moque
Car seuls comptent les revenus
Jean revient habiter en hâte
À Paris, rue des Augustins
Et à partir de cette date
Pendant dix ans il ne fait rien
La Bruyère connaît ensuite
Une remarquable ascension
En se retrouvant assez vite
Précepteur du duc de Bourbon
Lors, on prétend à demi-mot
Que le confesseur du roi Louis
Bossuet, l'évêque de Meaux
Avec Jean était bon ami
Le jeune duc héréditaire
Voit ses études s'achever
Quand décède son vieux grand-père
Un certain prince de Condé
Jean est maintenant sans travail
Mais le jeune duc et l'évêque
Lui trouvent un poste à Versailles
Au fond de la bibliothèque
Quand le jeune duc se marie
Il emmène Jean sur ses terres
Dans son château de Chantilly
Comme "gentilhomme ordinaire"
Peu de temps après Jean publie
Les maximes de Théophraste
Et comme l'on dit aujourd'hui
Les gazettes sont enthousiastes
Ce livre est le premier volume
D'une série de douze ou treize
Qui l'entraîne au fil de la plume
Jusqu'à l'Académie Française
Le jour de son investiture
Jean fait un discours lénifiant
Pour Corneille il a la dent dure
Pour Racine il est conciliant
Ainsi il s'attire les foudres
Des "Modernes", mais les "Anciens"
Eux aussi veulent en découdre
Alors pleuvent les coups de poings
Jean vient d'avoir la cinquantaine
Et s'apprête à écrit un livre
Sur les connaissances chrétiennes
Que des religieux lui délivrent
Mais un soir qu'il soupe à la table
De quelques vieux et bons amis
D'une manière inexplicable
Il est frappé d'apoplexie
Maintenant que notre bon Jean
Dans son paradis est rendu
Il peut vérifier s'il descend
D'un roi et aussi d'un pendu
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