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La pluie a ravivé les camaïeux des verts
Et l'herbe a rajeuni. Même les branches folles
Des arbres déplumés et des haies qui s'étiolent
Retrouvent ce matin la prestance et les airs
Qu'elles avaient avant les chaleurs de l'été
En ondulant gaiement au vent qui s'est levé.
La rivière a grossi, commence à déborder
Et qui voudrait pêcher risque de s'enliser.
Au petit chemin creux des ruisselets de boue
Tentent de se grouper et gerbent sous les roues
De ma vieille voiture à l'aise en ce décor.
La nature, rebelle, à l'écart de la mode,
S'accepte simple et belle avant d'être commode.
Je m'en ravis les yeux à l'égal d'un trésor.
Aux champs en contrebas les choux mis pour l'hiver
Reprennent de la force et connaîtront décembre.
Les oliviers tout près tremblent de tous leurs membres.
Le temps va revenir du long repos des vers
Aux labours délaissés par les lames tranchantes
Des machines de fer, ces lourds tracteurs bruyants,
Images de la vie exigeante et méchante,
Comme le veut l'époque, insensible aux moments
Des regrets de jadis, des désirs bucoliques
Du temps où tout ici se voulait romantique..
Ils creusent leurs sillons dans les prés et les pentes
Et ne sont rebutés ni par le vent qui vente,
Ni le froid ni la pluie et même pas la neige.
La campagne aujourd'hui a plein de sortilèges
Mais aucun n'a pour moi les doux charmes d'antan.
Images d'un passé désuet mais touchant.
Me revient tout à coup la perte de l'absente
Et naissent des questions sur la mort et le temps.
Va t-en mélancolie. Oui, tout ici m'enchante.
Je revois ma jeunesse et je songe à maman
Tout en suivant des yeux le maïs qui jaunit
Avant d'être fauché par l'homme ou le grésil.
Il fera le bonheur des lapins de garenne
Et des corbeaux pillards qui fondent sur la plaine;
Moi, je roule, rêveur, philosophe à deux sous,
Heureux pourtant de vivre en ce monde de fous.
Car je peux retrouver dans ce décor champêtre
L'amour de la nature et le sens du devoir.
Pourquoi s'interroger : "Etre ou ne pas être ?"
La réponse est ici qu'il me suffit de voir.
Il est beau mon pays dans sa simplicité
Et que j'y suis heureux malgré ma pauvreté.
Pordic 22590 octobre 2014 . Chemin de la Vallée de l'Ic
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