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Jean Moulin revisité (1899-1943)

le vendredi 22 juillet 2016, à 18:40. Posté par Michel Ernest


    Il aurait pu être ministre
    Sénateur, maire, député
    Président, si un sort sinistre
    Sur lui ne s'était acharné

    "Entre mon brave Jean Moulin
    Dans mon modeste Panthéon
    Écouter ton pauvre destin
    Entre en mes "revisitations"

    Tu nais dans l'Hérault, à Béziers
    Six mois avant l'an mil neuf cent
    Tes parents t'ont fait baptiser
    Bien que francs-maçons pratiquants

    Tu as une enfance tranquille
    Auprès de ta sœur et ton frère
    Et durant ce temps, tu oscilles
    À choisir dessin ou grammaire

    Car tu as un coup de crayon
    Digne des grands dessinateurs
    Entre Cabu et Pétillon
    En noir et blanc ou en couleurs

    Élève moyen au lycée
    En politique tu t'entends
    Vu que ton père est conseiller
    Général au département

    C'est même lui qui te pistonne
    Au sortir de la faculté
    Pour que tu trouves place bonne
    Auprès de monsieur le préfet

    En avril mil neuf cent dix-huit
    Quelques mois avant l'armistice
    Tu es mobilisé très vite
    Mais relâché, in extremis

    Tu reviens à la préfecture
    Classer et gratter les papiers
    Là se poursuit ton aventure
    De fonctionnaire échelonné

    Pour tes vingt-trois ans, on te mute
    En tant que chef de cabinet
    A vingt-quatre, on te parachute
    Cette fois comme sous-préfet

    Tu es tellement rond de cuir
    Que ta femme à peine mariée
    S'ennuyant vraiment à mourir
    Dès l'an suivant a divorcé

    Heureusement, tes aquarelles
    Tes illustrations, tes esquisses
    T'offrent toute une ribambelle
    D'admirateurs, d'admiratrices

    D'ailleurs, pour rester anonyme
    Lorsque tu publies tes dessins
    Tu t'es trouvé un pseudonyme
    Jean Moulin devient "Romanin"

    Mais tu demeures fonctionnaire
    De la Savoie à Châteaulin
    Jusqu'en Chine, si nécessaire
    Il faut bien assurer ton pain

    C'est en mil neuf cent trente-six
    Que la république française
    Après autant de sacrifices
    Te nomme préfet de Rodez

    À la déclaration de guerre
    Tu écris à ton ministère
    "Ma place n'est pas à l'arrière
    Je veux un congé temporaire"

    Mais le ministre est intraitable
    Et te consigne en ta fonction
    T'obligeant même à être affable
    Avec l'armée d'occupation

    Or quand l'ennemi te demande
    De collaborer avec lui
    Au contraire, tu l'enguirlandes
    Et en prison, tu es conduit

    Sollicitant ta signature
    Pour faire condamner des gens
    Ils te tabassent la figure
    Devant ton refus insistant

    Tu tentes d'abréger tes jours
    En voulant te tailler le cou
    Une plaie subsiste toujours
    Sous un foulard que tu y noues

    À l'hiver mil neuf cent quarante
    Le gouvernement te révoque
    Aussitôt tu prends la tangente
    Comme De Gaulle et Hautecloque

    Tu files tout droit à Marseille
    Sous le nom de Joseph Mercier
    Rallier les réseaux qui sommeillent
    Et obtenir des faux-papiers

    En mil neuf cent quarante et un
    Tu embarques au Portugal
    Pour gagner Londres et enfin
    Y rencontrer le Général

    Tu lui décris la Résistance
    Et ses maquis tous azimuts
    Puis tu reviens en douce France
    Par le ciel et en parachute

    Pour mieux poursuivre l'aventure
    Tu uses de maints artifices
    Tu te crées une couverture
    De marchand de tableaux, à Nice

    Petit à petit, tu chapeautes
    Les résistants de tous les bords
    Et le grand général te dote
    Des pleins pouvoirs du sud au nord

    Mais l'ennemi a des antennes
    Et au printemps quarante-trois
    Il appréhende un capitaine
    Qui n'est autre que ton bras droit

    Alors tu convoques sur l'heure
    Les responsables des sections
    C'est là une grossière erreur
    Parmi eux se trouve un espion

    Conduit à la "kommandantur"
    Par un commando de nazis
    Dans les sous-sols on te torture
    Sous les ordres de Klaus Barbie

    Tu as un courage exemplaire
    Devant tes bourreaux déchaînés
    Héros, tu meurs en légendaire
    D'ailleurs, en Hérault tu es né"

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