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Il aurait pu être ministre
Sénateur, maire, député
Président, si un sort sinistre
Sur lui ne s'était acharné
"Entre mon brave Jean Moulin
Dans mon modeste Panthéon
Écouter ton pauvre destin
Entre en mes "revisitations"
Tu nais dans l'Hérault, à Béziers
Six mois avant l'an mil neuf cent
Tes parents t'ont fait baptiser
Bien que francs-maçons pratiquants
Tu as une enfance tranquille
Auprès de ta sœur et ton frère
Et durant ce temps, tu oscilles
À choisir dessin ou grammaire
Car tu as un coup de crayon
Digne des grands dessinateurs
Entre Cabu et Pétillon
En noir et blanc ou en couleurs
Élève moyen au lycée
En politique tu t'entends
Vu que ton père est conseiller
Général au département
C'est même lui qui te pistonne
Au sortir de la faculté
Pour que tu trouves place bonne
Auprès de monsieur le préfet
En avril mil neuf cent dix-huit
Quelques mois avant l'armistice
Tu es mobilisé très vite
Mais relâché, in extremis
Tu reviens à la préfecture
Classer et gratter les papiers
Là se poursuit ton aventure
De fonctionnaire échelonné
Pour tes vingt-trois ans, on te mute
En tant que chef de cabinet
A vingt-quatre, on te parachute
Cette fois comme sous-préfet
Tu es tellement rond de cuir
Que ta femme à peine mariée
S'ennuyant vraiment à mourir
Dès l'an suivant a divorcé
Heureusement, tes aquarelles
Tes illustrations, tes esquisses
T'offrent toute une ribambelle
D'admirateurs, d'admiratrices
D'ailleurs, pour rester anonyme
Lorsque tu publies tes dessins
Tu t'es trouvé un pseudonyme
Jean Moulin devient "Romanin"
Mais tu demeures fonctionnaire
De la Savoie à Châteaulin
Jusqu'en Chine, si nécessaire
Il faut bien assurer ton pain
C'est en mil neuf cent trente-six
Que la république française
Après autant de sacrifices
Te nomme préfet de Rodez
À la déclaration de guerre
Tu écris à ton ministère
"Ma place n'est pas à l'arrière
Je veux un congé temporaire"
Mais le ministre est intraitable
Et te consigne en ta fonction
T'obligeant même à être affable
Avec l'armée d'occupation
Or quand l'ennemi te demande
De collaborer avec lui
Au contraire, tu l'enguirlandes
Et en prison, tu es conduit
Sollicitant ta signature
Pour faire condamner des gens
Ils te tabassent la figure
Devant ton refus insistant
Tu tentes d'abréger tes jours
En voulant te tailler le cou
Une plaie subsiste toujours
Sous un foulard que tu y noues
À l'hiver mil neuf cent quarante
Le gouvernement te révoque
Aussitôt tu prends la tangente
Comme De Gaulle et Hautecloque
Tu files tout droit à Marseille
Sous le nom de Joseph Mercier
Rallier les réseaux qui sommeillent
Et obtenir des faux-papiers
En mil neuf cent quarante et un
Tu embarques au Portugal
Pour gagner Londres et enfin
Y rencontrer le Général
Tu lui décris la Résistance
Et ses maquis tous azimuts
Puis tu reviens en douce France
Par le ciel et en parachute
Pour mieux poursuivre l'aventure
Tu uses de maints artifices
Tu te crées une couverture
De marchand de tableaux, à Nice
Petit à petit, tu chapeautes
Les résistants de tous les bords
Et le grand général te dote
Des pleins pouvoirs du sud au nord
Mais l'ennemi a des antennes
Et au printemps quarante-trois
Il appréhende un capitaine
Qui n'est autre que ton bras droit
Alors tu convoques sur l'heure
Les responsables des sections
C'est là une grossière erreur
Parmi eux se trouve un espion
Conduit à la "kommandantur"
Par un commando de nazis
Dans les sous-sols on te torture
Sous les ordres de Klaus Barbie
Tu as un courage exemplaire
Devant tes bourreaux déchaînés
Héros, tu meurs en légendaire
D'ailleurs, en Hérault tu es né"
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