JARDIN DE LUNE

 

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IL DISPREZZO (Le mépris) *

le mercredi 31 août 2016, à 06:24. Posté par Philip de Berg


(Hommage à Alberto Moravia, auteur du « Mépris »)

L'histoire se déroule à Capri.

Quand le jour s’évapore et dans sa course errante,
Caresse la falaise et laisse sur les corps
Un goût chargé de fruits qu’une valse insolente
Aurait oublié là, au coin de corridors,
Sous les arches du jour, Camille attend et rêve
A de sorciers appâts qui ouvriraient son cœur,
Pour d’improbables chants qu’un vent léger achève
Avant de repartir.
Vainqueur.

Comment donner du prix
A ces frissons qui cascadent,
Sans offenser le Ciel
Et esquisser les feintes ?

L’odeur des palazzi qui hantent la mémoire **
Est si proche et pourtant, dans le creux renaissant
De ses premiers soupirs où se trame l’histoire
Qu’un serment couvrira dans le jour finissant,
Une seconde encor, elle accroche un peu d’or
A sa pauvre prière et farde sa paupière,
Se recueille un instant et lentement s’endort.
Pour une autre frontière.
Stupeur !

Ô mon âme,
Comment donner du prix
A ces moissons de feu,
Sans caresser le Ciel
Pour endormir les craintes ?

Les épines glacées qui rongent ses hasards
N’ont pas de prise au temps, et l’ocre des façades
Sous des reflets blafards où cognent des bagnards
Surgis sous l’horizon de ses brèves parades,
Viendra capter l’Instant et implorer l’impur
Eclat des jours heureux. D’un geste monotone.
Ta fervance ingénue qui couve sous l’azur, ***
Fille au souffle impatient, s’étonne.
Ferveur !

Comment donner du prix
A ces buissons ardents,
Sans remuer le Ciel
Pour achever l’étreinte ?
--------------------------------------------------------------
Si, aux aubes d’or, les voyageurs fatigués de leurs si longues errances,
préfèrent celles d’argent, ils poussent encore leurs voiles,
Aux portes des iles bleues

En décodant les feintes
De leurs heures défuntes.

Disparus
Disprezzo !

Illustration musicale : « Le mépris » - B.O. du film
https://www.youtube.com/watch?v=Sf6wYbJNwRc
https://www.youtube.com/watch?v=FoHeYkOeuVU

Illustration : photos Philip – Capri, abords de la Villa Malaparte

(* Disprezzo, signifie "mépris" en italien, mais le mot est traité ici dans le sens de "qui n'a pas, qui ne peut avoir de prix - sacralisation du terme)
** palazzi - pluriel de palazzo = palais (allusion à la villa Cimbrone, à Ravello, près de Capri)
*** fervance est un mot inventé (plus fort que ferveur)
Camille est l'héroïne du Mépris, mis en scène par Jean-Luc Godard

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commentaires ( 7 ) (Ajouter un commentaire)
chezcris le mercredi 31 août 2016, à 16:00
Bonjour Phil,
quel magnifiques poème tu nous offre,je suis déjà partie sous ces îles bleu.magnifique images...
Chezcris
mespoemes.net/chezcris

guillaume le mercredi 31 août 2016, à 16:27
bonjour philip, zdrastvouiete tavaritch,ton poème est très bien écrit comme a chaque fois,j'adore tes phrases, le jour s'évapore et dans sa course érrante caresse la falaise et laisse sur les corps, un goût chargé de fruits, qu'une valse insolente aurait oublié la, au coin des corridors, j'adore ce paragraphe, et tes phrases, elles sont très belles et parfumées d'une grande sensibilité, que j'adore.Bref, c'est un beau poème!!!!!amitiès cher ami philip. http://www mes poèmes.net/funky571/

Philip (JARDIN DE LUNE) le jeudi 01 septembre 2016, à 06:38
Pour CRIS :
Merci d'avoir aimé Cris. Oh, ce ne sont pas LES iles, mais UNE ile : CAPRI. Décor merveilleux, qui n'a rien à voir avec la caricature que l'on peut en faire. Ces trois rochers dans la mer que j'ai pris en photo sont les Faraglioli, juste à côté de la villa Malaparte. Un décor grandiose. Amitiés. Philip.

Pour GUILLAUME :
Zdrass'tié Guillaume ! Oui j'ai mis de la sensibilité dans mes mots. C'était le minimum, dès lors où, d'une certaine manière je voulais aussi honorer ce grand bonhomme de la littérature italienne, de la littérature tout court, que fut Alberto Moravia. Merci d'avoir aimé. Amitiés. Philip.

Je suis bien content de constater qu'au vu de ces premiers commentaires, l'on n'y ait pas ressenti le titre du poème (détourné par moi !) comme une allusion au "mépris" dans son sens péjoratif, mais plutôt à ce qui ne peut avoir de prix, hors normes.
www.mespoemes.net/philipchevalier

elise289 le vendredi 02 septembre 2016, à 20:45
Non non pas d'oubli ni de mépris ...je réfléchis sur ce sujet et parce que ce texte me bouleverse je soignerai ma com.
Trop rapide pour moi ..
Il.faut du temps pour aprecier les belles choses
Donc.
A bientôt j'y mettrai ma.touche.
Bonne.soirée
Amitié
Elise

Philip (JARDIN DE LUNE) le samedi 03 septembre 2016, à 08:47
Ah, OK. Merci. Prends ton temps.
(bizarre, je n'ai pas eu trop de coms sur ce poème. Sniff ! C'est surtout que c'est un de ceux pour lequel j'ai fait des efforts d'écriture. Pas grave, moi aussi, j'ai tendance, parfois à zapper les poèmes des autres. Amité. Philip

elise289 le lundi 05 septembre 2016, à 16:22
Bonjour Philip,
Comment commencer avec ce poème que j’ai lu et relu pour l’apprivoiser et m’en imprégner vraiment.
Je note effectivement un travail plein de finesse qui m’a donné envie de fouler les falaises du côté des iles bleues.
Godard.. « le mépris »..Un film, un monument. Auquel tu rends hommage avec ta touche très singulière que je trouve belle est touchante.
Quand les sens nous renvoient aux doux souvenirs perdus… (Madeleine de Proust…) « Un goût chargé de fruits qu’une valse insolente, aurait oublié là, au coin de corridors »
Douleur, douceur, réminiscence et questionnement « de ses premiers soupirs où se trame l’histoire, Qu’un serment couvrira dans le jour finissant »(..)
Quand vient le doute, l’amertume, qui exacerbe nos sens ont point de sentir la douleur dans nos tripes comme « Les épines glacées qui rongent ses hasards ».
Quand les sentiments deviennent un tourbillon et jusqu’au non-sens « Ta fervance ingénue qui couve sous l’azur, *** Superbe !
Et quand la brulure d’une étreinte ne passe pas même si elle ne mérite pas le prix et l’énergie que l’on déploie pour oublier… « Comment donner du prix A ces buissons ardents, Sans remuer le Ciel pour achever l’étreinte ?
Ce poème est empreint d’amour infini et d’une quête éperdue. la beauté dans toute chose et dans l’homme mais…
Ce poème me bouleverse derrière ces mots parfois des petits bouts qui nous renvoie à notre propre histoire. « No comment »
Il me reste plus qu’à voyager du côté de Capri…La dolce vita…
Très très beau poéme vraiment.
Amitié,
Elise

¨Philip (JARDIN DE LUNE) le mardi 06 septembre 2016, à 05:16
Pour ELISE,
Merci pour ce long et élogieux commentaire. C'est un de mes poèmes dont j'ai soigné l'émotionalité, car j'adore le roman et le film.
Il est 5 heures du mat' et dans une demie heure, départ pour l'aéroport et arrivée ce soir à .....Washington, pour un nouveau long périple d'un mois (sans internet !). Ce n'est plus exactement Capri et l'Italie. Une autre forme dolce vita ? Bonne poésie à toi et à tous les ami(e)s de mespoemes.net.
Amitié. Philip.

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