|
"On n'écrit pas parce qu'on a un trop plein mais parce qu'on a un vide en soi"
Marc BARON
A N.L.C.
Vous garderez -garderez-vous ?
le souvenir d'un mec en r'tard-
un soir.
C'est pour la rime
qui frime,
trime,
lime,
mime
etc etc,
un mec qui troubla l'assistance
endormie,
(ou du moins assoupie)
appliquée,
rêveuse,
de qualité,
curieuse
(de voir qui arrivait)
agacée,
contrariée,
ennuyée
(par moi bien sûr)
etc etc. Sans doute était-elle un peu tout çà.
Une assistance que pour tout dire je dérangeais
Visiblement elle ne m'attendait pas
et j'avais la très nette impression
qu'elle se serait bien passée de moi.
Quel était donc cet hurluberlu
en survet ?
(Je sortais de l'entraînement).
Un sportif ne peut être poète
L'assistance c'est sûr me condamnait déjà.
Une vieille dame me sourit pourtant.
Peut-être que je lui rappelais
.son fils.. ou un lointain amant.
J'ai regardé autour de moi
les êtres et les choses.
Des premiers je n'en dirai rien.
Je ne m'en souviens pas.
A part la vielle dame évidemment.
Je suis allé m'asseoir près d'elle
en demandant bien poliment pardon
à tous ceux que je dérangeais.
Elle me remercia d'un sourire
et me dit tout bas quelque chose
que je ne compris pas.
Mais je n'osais pas lui demander de répéter.
Son regard parlait pour elle.
Je respectais ses cheveux blancs
Et pour une personne au moins je n'étais pas indésirable.
Il pleuvotait . Dehors bien sûr.
Non ce n'était pas Radio-Nostalgie.
Mais ce n'était pas non plus une ambiance de folle gaîté.
Bourgeoises maniérées et vieux messieurs très bien
s'épanchaient, connaisseurs, sur un ami poète.
"Mais très comme il faut vous savez,
sa classe rejaillit sur ses vers impeccables".
Moi? je le connaissais sans être émerveillé
Mais je me suis bien donné garde de les contredire.
Pourtant la forme ne suffit pas quand l'inspiration manque.
Des gens présents donc je ne dirai rien.
Quand aux choses !.
J'appelle ainsi les meubles.
Des meubles je ne dirai rien.
Ils ne devaient pas penser beaucoup,
réduits qu'ils étaient à leur plus simple expression,
celle qui précède la destruction,
quand la conscience s'est obscurcie,
que la chose n'a plus sa raison d'être
et surtout pas la beauté.
Et puis Cadou l'a dit bien mieux que je ne le saurais
la vie qui se maintient au coeur des meubles.
Mais il est vrai que c'était dans sa demeure de poète
et leur pouvoir, dans cette pièce sans âme,
était à l'évidence sans effet..
Les meubles n'en parlons pas
Mais il fut alors question d'exprimer
ce que chacun de nous ressentait
en contemplant une feuille morte
collée sur du papier.
Feuille sur feuille; vous voyez d'ici
ce qu'elles pouvaient échanger,
qu'ensemble elles pouvaient nous.dire.
J'avoue très immodestement
que je fus le seul à penser
à la feuille de papier.
Et pourtant c'est évident,
le papier doit beaucoup à l'arbre
et à ses milliers d'autres feuilles,
apportant oxygène et vie
à l'arbre qui deviendra
meuble ou feuille.. de papier.
Les feuilles donc m'interpellaient.
Et j'ai écrit mon point de vue,
mon impression, mon ressenti,
tout ce qui se passait en moi.
Qu'ai-je dit exactement?
je ne sais plus, je ne sais pas.
De tout çà je n'ai rien gardé.
Ou alors plutôt l'impression
que le niveau d'ensemble
des poètes présents
était très loin, c'est sûr, de celui de Cadou.
La poésie souvent n'est qu'une belle étrangère
et beaucoup de poètes ne le sont que de nom.
De cette soirée pourtant
ce soir je me remémore
avoir entendu Marc Baron,
qui, de son estrade, intervenait.
Car lui c'est un.tout bon.
C'est grâce à lui que j'ai gardé
le souvenir bleu d'un passage
silencieux à l'heure de nuit.
Et d'un sommeil référence
qui tira le meilleur de moi.
Ainsi quand le rêve s'enfièvre
de ces désirs inavoués
qui montent tout au fond de nous
et qui commandent notre histoire.,
il arrive parfois
que naissent des poèmes
d'un souvenir ému
par un bout de papier
où mourut une feuille.
Cette émotion nous vient peut-être
de ce qu'on se rappelle
les arbres pleurant sous la pluie
et des meubles qui se souviennent
avoir été arbre jadis
dans les barrages des mémoires
qu'une feuille morte interpelle..
|