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Sombre et violette, la nuit étendait son manteau de fraîcheur
en ce beau soir d’été et couvrait la mer d’un voile évanescent.
Le ciel, parsemé d’étoiles vives, nimbait de rose l’horizon incandescent
et répandait jusque sur les dômes reculés l’hymne pathétique des pêcheurs…
Venant de nulle part, des rumeurs confuses fusaient que l’air atone amplifiait
Pareilles à des voix chères que les embruns de la mer embaumaient.
La nuit ne finissait pas, nous la contemplions par la fenêtre ;
nos yeux, pourtant fatigués, percevaient le vol d’oiseaux nocturnes
qui, dans leur ballet, se riaient cyniquement de notre mal être,
galvaudant piteusement le profond message de nos âmes taciturnes.
La nuit profonde s’étendait au-delà de la mer, très loin de la terre,
telle une senteur de roses rares qui s’en va prêcher la liberté.
Dieu ! On était jeunes et nos cœurs froissés depuis par quelque anxiété,
dissimulaient très mal le lourd secret d’une vie qu’on voulait taire…
Cette nuit là, les images, les sons, les parfums en vain raisonnaient nos rancoeurs
et, en dépit des bruits nocturnes de la mer qui allait et revenait,
éternelle valse, douce musique, au loin quelques pécheurs qui chantaient,
le silence se faisait en nous comme devant un Dieu venu d’ailleurs…
L’on restait immobiles, chacun de nous balbutiant une prière venue du cœur.
Comme le vin nocturne, tout était sombre, le café chauffait, nos cigarette, à moitié consumées,
tenaient lieu de bougies éphémères qu’entretenaient nos voix chuchotées,
et créaient mille éclats mouvants dans cette mythique nuit profonde,
telles des lumières subites et interdites, créant la vie quand doit mourir le monde…
La mer restait noire comme une âme en deuil, comme un ciel sans étoiles,
et au loin, éternellement noyée dans son nid d’amour, la lune était pâle ;
que de fois, se détachant soudain du rang, quelqu’un parmi nous s’en allait,
Comme appelé, comme attiré, sans nous regarder ni parler.
L’on voyait alors sa haute silhouette noire se dégager comme le mât d’un navire
car la mer, disait-on, connaît le cœur et l’âme de celui qui chavire,
elle reste sa sépulture et versera sur son corps fatigué des embruns parfumés,
elle sera la croix mouvante qui trouvera enfin la voie tellement aimée !...
Slim le poète
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