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L'ânesse et l'éléphant

le lundi 14 novembre 2016, à 17:57. Posté par Pierre


    Si ceci vous rappelle un fait divers récent,
    C’est tout à fait normal. N’étant pas innocent,
    L’auteur passe aux aveux et plaide donc coupable !
    L’ânesse et l’éléphant qui sont dans cette fable
    Existent bel et bien : il n’est rien de fortuit
    Et tout est bien réel dans le récit qui suit ;
    Il s’inspire d’Esope et non point de Socrate.
    Certains verrons dans l’âne un signe démocrate,
    D’autres, dans l’éléphant, l’écu républicain,
    Emblèmes bien connus du peuple américain*.

    Il était une fois une petite ânesse
    Qui brûlait du désir de devenir princesse
    D’un immense pays, très riche et très puissant.
    Mais un géant lorgnait, d’un œil concupiscent,
    Vers les près florissants d’une blanche demeure
    Où l’oseille croissait et lui semblait meilleure.
    L’éléphant (puisqu’il faut l’appeler par son nom**)
    Outre le pré voulait occuper la maison
    Et tous les alentours sur quelques millions d’acres,
    Enclin, s’il le fallait, à des actes pouacres.
    Mais il sous-estimait l’art de dame baudet
    Qui, sûre de son fait, luttait et défendait
    La terre qu’elle aimait, la voyait déjà sienne.
    Dans l’espoir que demain le peuple la soutienne
    Elle se déplaçait infatigablement,
    Déversait à chacun l’eau de son boniment,
    Courant tous les états sans ménager sa peine,
    Tantôt-ci, tantôt-là, tremblante, hors d’haleine.
    Son concurrent tenait des propos curieux,
    Se moquant, plaisantant. Était-il sérieux ?
    C’était si saugrenu qu’il semblait impossible
    Qu’il ait pu devenir candidat éligible.
    Bien souvent, il poussait son cirque au maximum
    À tel point qu’on eût cru se trouver chez Barnum.
    Les propos de chacun furent mis en balance :
    C’est l’aze, croyait-on, que chérissait la chance.
    Non, plus aucun suspens, chacun était certain
    Que dame bourricot gagnerait le scrutin !
    Quand la campagne arrive à la fin de son terme,
    Surprise : le vainqueur… c’est notre pachyderme !

    S’il faut à cette fable une moralité,
    Sachez qu’il n’est pas bon dire la vérité,
    Que mieux vaut bien souvent inventer un mensonge
    Pour tenir l’électeur attaché par sa longe
    Car il est fort crédule, et pour savoir se vendre,
    Il ne faut lui conter que ce qu’il veut entendre.

    *voir le site http://www2.cnrs.fr/sites/thema/fichier/ane_eleph.pdf
    **emprunté à La Fontaine, 4e vers des « Animaux malades de la peste »

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