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Le petit chemin bordé d'arbres roux
Mène maints passants, vous amenait vous
Chercher les fruits bruns que l'automne donne.
Fond de ciel très doux, regard de madone,
Printemps en octobre, eau des frais matins,
Que seul eut pu peindre un pinceau divin.
Les soupirs du vent, les chants de la feuille,
Accordaient leurs luths. Quand je me recueille,
Je vous vois, pareille à d'anciens vitraux.
Dorés à l'or fin, vos traits sont très beaux .
Vous êtes priant. Et je m'émerveille.
Se peut-il encor que l'âge ensoleille
Votre âme d'enfant ? L'or de vos cheveux ?
Un seul eut suffit à me rendre heureux.
J'ai gardé ce fruit qu'un soir, nouvelle Eve,
Image d'amour, d'azur et de rêve,
Vous m'avez tendu d'un geste gracieux.
Depuis le marron m'est un don précieux.
J'ai baisé vos doigts, blessés par la bogue,
Vous effarouchant. Ce fut l'épilogue
D'un amour trop pur, d'un espoir trop beau.
(Le lys souffre hélas ! d'un soleil trop chaud).
Et depuis ce temps je vais à l'église.
Mais j'y suis distrait et quand l'aile grise
Du soir apparaît au ciel de vitrail,
Je dois à mon tour aller au travail.
Je passe des nuits un peu nostalgiques
(Les veilleurs toujours furent romantiques)
Je prends le chemin bordé d'arbres roux.
Oui, j'aime à penser qu'il conduit à vous.
Mais c'est différent. Une plainte étrange
Monte de la terre où l'ombre s'effrange.
Ensemble, tous deux, nous parlons de vous
Visiter son rêve est sentiment doux.
Vous, je crois vous voir, pareille à la feuille,
Glisser lentement. Et je me recueille.
Etiez-vous un ange, être immatériel,
Venu m'apporter le salut du ciel ?
Je suis seul ce soir dans ce vide immense.
Quel est ce regret au gris du silence ?
Le petit chemin au coeur de l'hiver
Est couvert de neige et reste désert.
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