|

Avant que soit le jour et que s’enfuient les ombres,
J’irai au Mont des Myrrhes avec mon olifant.
C’est un réel Éden de grenades en grand nombre !
Viendras-tu avec moi sur les pans du Liban ?
Miel des rayons pleure, recommandant ses perles !
Des piliers de calcites issus d’or affiné,
En colonnes dressées, s’élèvent aux cieux en pairle.
Longilignes, posant sur des socles marbrés,
Ils défient les saisons en pose de prière !
Révèle-moi à toi, toi que mon coeur chérit.
Tes yeux sont œillades des biches bien prudentes !
Celle qui m’est chère m’a répondu et dit :
« Mon ami tu es lys dans le nombre de plantes.
Fais paître tes cabris aux caches des bergers.
Car la saison des pluies voici qu’elle est passée,
Le temps de taille vient, tout est prêt, arrivé,
L’âpre ondée a cessé, elle s’en est allée.
Je suis libre safran du terroir du Sharôn. »
Les fleurs sont apparues au pays maritime,
Fais demi-tour amie, laisse ton bâton,
Je recherche quelqu’un pour être mon intime !
Tes cheveux ondulés sont vrilles de raisins.
Le figuier a mûri toutes figues avancées.
Mon amie, quelqu'un est descendu au jardin ?
Saison de la taille de vigne est arrivée !
Les voix des tourterelles entendues au pays,
Sont secret des chemins qui serpentent en pentes ivres.
Avant que je l’aie su, mon corps en a frémi,
Lors je ne pouvais plus fidèlement les suivre !
Lève-toi, viens ma belle. Ô ! Ma compagne et pars.
Viens à ma rencontre fais-moi prévoir ta forme,
De fait presse le pas, ne sois pas en retard !
Ton allure est jolie, tu reste dans la norme.
Sois semblable aux gazelles ou au séduisant cerf.
Ne te perds pas sur pans des montagnes escarpées,
Ta simple agilité va plus loin que désert,
Tu bondis des rochers vers les plaines alignées !
Ô toi ! La plus belle des femmes d’Orient,
Ton image est de choix, oui, comme les grands cèdres !
Odorante de myrrhe et d’huile d’oliban,
Tu es toute belle, aucun besoin d’exèdre
Pour connaître ta voix, l’écho en fait le ban !
Pas une tare en toi, mon cœur tu le fais battre,
Il bat au moindre signe et élan de tes traits,
Par un seul de tes yeux mon amour veut s’ébattre.
Ô chaste ! Tu mérite encore plus de respect !
Du sommet du Senir puisses-tu en descendre,
Oui, de l’Hermôn fertile et frais sous le soleil.
Que je te contemple, bref, dans mes bras te prendre !
Oserais-je tout net t’épier en ton sommeil ?
À ta vue que je tombe en espérances instruites,
Retarde tes beaux yeux, car ils m’ont alarmé !
Ta voix en diapason fait qu’elle ne s’ébruite,
Car son entier souhait m’a souvent inquiété.
T’ais-je déjà perçu que j’ai trouvé une âme,
Qui me corresponde ! De tous les environs,
Personne n’est semblable à toi je le proclame !
Tes joues sont un parterre aux senteurs des fleurons.
Tout en toi est beauté pleinement désirable,
Semblable à l’aurore tu baisse tes regards,
Ton sourire est doux comme sirop d’érable,
Ta peau est colorée naturelle sans fards !
Où es-tu allée toi qui m’es affectionnée ?
Tes yeux sont des biches buvant l’eau des canaux,
Moi je les souhaite au long de la journée,
Lorsque tu viens au bourg je guette tes anneaux !
Ta bague vient de moi et les filles l’ont vue,
Ciselée dans l’ivoire rehaussé de saphirs.
Elles ont jugé heureuse en toutes les rues,
Celle qui circulait libre jusqu’au zéphyr…
Troublantes telles troupes unies près de bannières,
Voici ce que tu es, plus encore aujourd’hui !
Ô fille décidée, tes chevilles en lanières,
Te voici arrivée sans aucun autre bruit !
plumedefou
|