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Ligne bleue, ligne grise, sillons rouges;
Au champ de bataille plus rien ne bouge.
Un oiseau vole, est-il noir ou est-il blanc?
Augure que de fois succédée dans les ans!
Paix, guerre, trêve, armistice, où sont donc vos fils?
Toi Mère, tes enfants, tes garçons, qu'ils finissent
Leurs jeux à faire semblant de se mettre à mort...
Toi Père, avec raison dis leur qu'ils ont tort!
Ils disent : «C'est normal, je défends mon pays! » ...
D'autres : «Chef ou quelqu'honneurs seront mon prix » !
C'est à croire que leur raison est maudite.
«Je n'y ai goût, mais on me l'a prescrite » !
S'exclament d'autres, ils vont à l'exutoire
Comme les moutons de Panurge à l'abattoir.
«Va mon fils, tu seras un homme», dit le père;
«Va mon fils, j'irai sur ta tombe», dit la mère.
Les chrysanthèmes sont-ils mieux que l'olivier?
Pourquoi soldat traîne-tu dans ce bourbier?
La chaumière en vaut-elle moins que ton ombre,
L'échangerais-tu pour un caveau fort sombre,
Dans ton home y laisserais-tu des yeux ternes,
Et tarir la source de ta citerne?
Fi donc, on est homme auprès de sa belle
Et de ses enfants sur le sein maternel!
Caporaux, généraux, à titre posthume;
Dans la tranchée, une balle ou un mauvais rhume,
C'est ici le lot de tous ces ambitieux,
Qui sans cesse imposant leurs rêves impérieux,
Font des tendres années une chair à canon,
Pour quelques glorioles marchandant leur pardon!
La conscience apaisée, ils sont repus
Du sang versé, signant de la main un refus...
Qui vous rend si hardi, ô vous la plèbe,
Nous qui vous menions sur les rives de Thèbes,
De l'Oural au Tibet, Du Nil au Congo,
Puis encore plus au Nord traversant l'Escaut?
Que de fois vous a-t-on donné les grandeurs
De la Nuit qui naît et du Soleil qui meurt
Dardant ses dernières flèches du jour rougeoyant?
Ingrats, vous vous conduisez en arrogants!
Silence, hypocrites et fourbes que vous êtes,
Plutôt que de nous donner des jours de fêtes,
De joie, nos années sont transformées en deuil...
De retour au havre et franchi le seuil,
Que nous reste-t-il sinon des yeux en pleurs!
Aux uns, leur garçon, aux autres, une grande peur...
A d'autres, leur mari, faisant des orphelins,
Des victimes innocentes sans jours sereins!
Regardez, vous tous, constatez votre guerre,
Que sont devenus nos labours de la terre?
Nos maisons et nos fermes, tout y est ruines!
Les arbres de la liberté ont bonne mine,
En guise de guirlandes, vos oriflammes seuls
Couvrent nos fronts et nos morts d'un fin linceul!
Vous vous couvrez de médailles et grands honneurs,
Mais vous remplissez nos cimetières d'horreur...
Votre hypocrisie comblait nos tombes,
De la religion, vous fîtes la colombe.
Non content d'en faire la pleine mesure,
D'un semblant de vernis, vous paraissez pur!
Devant l'assemblée vous vous faites encenser,
Mais tombeaux blanchis aux actes insensés,
Voilà ce que vous êtes, et, vils mercenaires
Des cloaques orduriers sont vos compères!
Où sont, bénis de nos pères, nos jours heureux,
Jours d'abondances, loin des fronts ténébreux...
Où, portant mes lèvres sur celles de ma Mie?
De son ventre nous sentions bouger la vie,
Elle cousant de son ouvrage maints tissus,
A terre, le chat de sa patte tirant dessus.
Et l'hiver, nous étions près du feu, contant
Des efforts fournis l'été, en nous reposant!
Qu'avez-vous fait, Bergers de votre troupeau?
De vos combats menés, les voilà à vaux!
Le chaud soleil promet de blondes semailles,
Mais votre sang chaud, sanguinaires batailles!
Je n'aspire qu'à la paix et non à la guerre,
De beaux atours je me vêts, pas de misère...
Les hymnes sortent hideux de vos bouches,
Allez-y-vous, héros, moi je me couche!
Reviens blanche colombe, prends ton envol,
Que le monde danse une farandole!
Renaissante de mon esprit, l'allégresse
Explosant en cris, de ma bouche s'empresse
Un flot bouillonnant, un fleuve de mille mots...
Plus jamais, non plus jamais, ô monde sot,
Vous ne guerroierez en ce globe bleu!
La paix enfin, l'embrasera de ses feux...
De vos chamailles singulières, j'en suis las,
Les monts et les vaux verdoyants sont en passe
D'être lavés, affronts, en cette aube,
Que vous cachiez dans les plis de leurs robes,
Oui, ceux qui d'hommes pieux ne sont que vils manants...
Deux fois plus complice de vos crimes de sang!
Point des Bergers, mais trois fois plus mercenaires
Que vous, étant mercantile au nécessaire!
Que de fois ais-je pensé ma Mie serrer
Dans mes bras, mais vous bourreaux, vous me pressiez
De quitter mon doux logis, mon humble huis,
Pour boire à votre coupe pleine d'immondices...
Allez au loin postérité de Satan,
Bouchers avides, cruels, dissolvant
Le sang versé, dans l'honorabilité
Versatile, manigances calculées!
Vous rapaces et charognards, tout à la fois,
Par vos exactions, nous perdons la foi,
En Celui qui, pourtant miséricordieux,
Nous tend les mains toujours, non comme un adieu,
Mais en signe d'espérance et de liesse;
Alors que vous le changez avec finesse,
En un obséquieux barbare, un avatar,
Lui pourtant qui, Amour, fait toujours sa part!
Guerre, Paix, comment donc, pas de juste milieu ?
Vous la guerre, moi la paix, ce choix est si vieux...
Pourtant votre sagesse n'est pas plus grande
Que celle de nos aïeux courant la lande?
Vous qui êtes impies, aux actes d'ostracismes,
De soudards félons, plein de barbarisme;
Et encore, ici j'oubliais l'essentiel,
A vos lèvres des paroles pestilentielles!
Non content de dilapider les richesses,
Car du pays vous buvez le sang avec ivresse,
Oui, vous tuez et pillez, semant la terreur,
Vous ajoutez encore et cela sans peur,
Le dérèglement pervers, faisant semblant
Sous un vernis stérile, d'avoir bon penchant!
D'une parabole : «Le bon Samaritain»,
Des deux premiers, vous en êtes puritain!
La critique est aisée, me direz-vous!
Il est vrai, mais, je signe! Et entre nous,
Un juste constat est fait de cette liste...
Moraliste, oui, mais non fabuliste!
A ce laïus, qui peut être un préambule,
Je n'ajouterai rien, pas même une virgule,
Sinon de vous dire encore, à la guerre,
C'est la paix qui apporte joie à la terre!
plumedefou
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