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Mallorca ( essai )

le jeudi 02 mars 2017, à 21:15. Posté par plumedefou


    Le bleu turquoise se mêlait au bleu de Prusse, ici et là un vert presque de jade marbrait la côte, la mer semblait se reposer. Le vent venant du large ridait à peine la surface de l’onde. Les bateaux dans la rade mouillaient attendant un je ne sais quel commandant de bord. Au large un navire de fort tonnage transitait, occultant une partie de la ligne d’horizon, juste au centre des promontoires campé de gauche et de droite. Ils dévalaient pour venir se noyer dans ce site de carte postale.
    Phoebus dardait ses rayons dans l’azur, il était tout juste seize heures. Par-ci par-là des pins en bouquets solitaires étaient parsemés le long de la côte, venant mordre de temps en temps le rivage, disputant l’espace aux palmiers et magnolias qui terminaient ce tableau aux maintes invites. Certains s’étiraient à ras du sol comme pour mieux se rapprocher de l’onde et s’y mirer, à la ressemblance d’Adonis.
    Dans l’eau de la baie les nageurs se faisaient rare, il faut dire que nous n’étions que vers la mi-mai, la température bien qu’environnant les vingt-cinq degrés n'engageaient pas les frileux à se mouiller. Sur la plage au sable rapporté, d’une couleur gris-beige, quelques loirs se doraient au soleil.
    Plusieurs enfants se récréaient, leurs cris mêlés à leurs rires se perdaient dans le lointain du firmament, L’un d’eux, presque sept ans, faisait corps avec dame nature, sa complète nudité ne le gênait en rien. Très à l’aise malgré une innocence frisant la provocation des autres, il s’ébattait tantôt dans l’eau, tantôt à l’air libre. Mais l’on devinait au travers de ses ébats une pureté d’intention comme chez tout enfant bien éduqué.
    Un petit groupe de gamins s’ébattait en un jeu semblable à celui de France, où gendarmes et voleurs se poursuivent. Un peu à part sur l’extrême droite, plus silencieux que ses frères, un blondinet élevait ces éternels pâtés de sable. A l’opposé sur ma gauche, un adulte aidé de plusieurs assistants, aux âges variant entre six et douze ans, construisaient une charmante bourgade digne du moyen âge, avec château et pont-levis, ruelles étroites et place du marché.
    Il y avait aussi de rares pêcheurs, les uns trempaient uniquement le bouchon, histoire de dire que… D’autres, doigts de pieds en éventail se fichaient pas mal d’une quelconque prise. Quant à certains attentifs à leurs lignes s’affairaient à leur matériel, trouvant toujours un objet à ranger. En leur nasse improvisée quelques poissons se faisaient tristes quant à leur sort réservé.
    En retrait de la plage, juste en bordure de la rue serpentant le long de la côte, des touristes, promeneurs de l’occasion, accomplissaient religieusement leur lèche-vitrines.
    Entrant parfois en boutique, comme lorsque l’on entre en religion, pour en ressortir qui avec un souvenir qui avec une vue de site imprenable, élargissant l’escarcelle du commerçant. Quelques badauds étaient assis sur des bancs, mis tout exprès, leur attention portée vers ce large, vers une liberté, un je ne sais quoi de jardin d’Eden.
    Cette ville du littoral ressemble à toutes les autres villes de la côte majorquine, ardente et chaude. Les tuiles de terre du pays, façonnées en demi-lune, couvrent les toits des maisons et des églises, en une mosaïque arabo-ispanique, souvenir du passage des Maures.
    Les maisons disposées le long du rivage épousant bien les formes côtières et en son pourtour où elles s’étalent en un napperon crocheté. Ce décore glorifie tes sols Mallorca, célèbre ton passé plus qu’à la plénitude…
    La mer, elle s’étalait haut-delà du golfe en une plaine liquide, presque huileuse tant sa tranquillité lissait ses eaux marbrées. L’heure était à marée basse, le beau temps aidant cela lui donnait ce petit air bonace. Le regard pouvant porté au plus loin on y aperçoit quelques falaises tourmentées par l’assaut des siècles où l’érosion se gagne de patience constante.
    Une herbe rabougrie y dispute son aire aux mouettes qui par instants se posent fatiguées qu’elles sont de leurs longs et sempiternels déplacements.
    Par moments leurs vols les emmenant au large, elles croisent un navire, attirées par le fret ou bien curieuses de nature et sociable avec l’homme, elles accompagnent l’embarcation au port.
    A quelque cent mètres plus en arrière, se profilant comme croquer par un illustre peintre, les pins masquent une partie du bleu du ciel méditerranéen. Ils se dressent dans les airs comme pour happer la fraîcheur de l’espace aérien en vue de provision et d’une éventuelle sécheresse. Comme ils doivent fleurer l’air !
    Que cette fin d’après-midi m’est douce ! Elle berce ma quiétude de rêves lointains, ceux que mon enfance alsacienne, aux jours d’été, avaient imprégnée en mon âme candide. A la place des pins d’autres sylvestres exhalaient la résine coulant de blessures faites à leur tronc ou bien d’excédent de sève suppurant de leurs veines affleurant leurs branches. La mer se trouvant remplacée par le val de la Bruche, la rivière y serpentait où le chaud soleil irisait les eaux d’un canal alimentant les usines de la vallée.
    Le ciel y était le même si ce n’était l’absence de mouettes remplacées par de délicates hirondelles et fins martinets en livrée de cérémonie. Infatigables, virevoltant en tous sens, ils trissaient dans les airs céruléens, symbole pour mon compte personnel, d’une liberté sans rupture. Rêverie si bien présente, concrétisant le réel présent fait à mes yeux qui ne savaient où se poser.
    Mallorca, Mallorca, royaume inféodée au tourisme, que ne reste-tu pas attaché à tes racines. N’es-tu pas assez fier de ton passé pour le galvauder, mais à qui voyons veux-tu te donner, que dis-je, te vendre et te maculer en la même circonstance ?
    Les chevaliers Majorquins ne se sont-ils battus et défendus pour que leurs descendants monnayent au plus offrants les terres si notoires du tribu versé ? Tes armoiries témoignent de ton glorieux passé ainsi que ton patrimoine qui lui saigne encore d’avoir à subir les assauts d’un modernisme outrancier.
    Richesses fabuleuses de tes exploits féodaux et flibustiers, ton hérédité ne ment point, tu as relevée nombres de ruines. Mais que sont donc devenu tes dignités et tes dignitaires ? Sont-ils disparus pour faire place à des tutelles intéressées, non à autrui, mais pour un commerce vilipendé ?
    Mallorca, Mallorca, que vont devenir tes orangers au feuillage persistant qui me ravissent. Leurs fruits de couleur jaune mêlée de rouge, par leurs effluves me charment. Mes papilles salivent de savoir que l’on peut les porter à la bouche Que dire aussi de tes olivaies, magnifiques jardins, délicats vergers où l’emblème de la fécondité, de la paix et de la gloire s'ouvre à l’abri des murets.
    Vont-ils disparaître de ta contrée pour le profit de quelques promoteurs ? Le mercantilisme touristique te rogne peu à peu, zébrant ta glèbe de couleur cinabre et ocre, en de larges lézardes asphaltées. A l’antan n’étais-tu pas l’un des joyaux des îles ibériques ? Ne t’es-tu élevée que pour mieux choir dans les bas-fonds du commerce cupide.
    Mallorca, Mallorca, le futur de tes pêcheurs est bien sombre, ne vaut-il pas mieux revenir en arrière que de voir s’écrouler ce petit négoce des ports ? As-tu vu tes matelots, mais où sont-ils donc passés ? Disparus dans la tourmente de l’expansionnisme avide, tel les sables mouvants, il aspire, aspire encore et toujours, pour faire disparaître ce qui enchante tes havres.
    Plus de matelots, plus de capitaines, se rendant sur les lieux de pêche. La méditerranée est désertée du fleuron aquatique, Mallorca se dépare d’un ornement qui lui seyait comme un gant sur la main d’une damoiselle ! Ils ne fendront plus l’écume des flots bleus, leurs barques disparaissent dans la vase des bras de mer, offrant parfois encore leur squelette desséché aux saisons qui passent.
    En ton ciel azuréen d’autres oiseaux griffent l’étendue d’une traînée blanchâtre, marque de notre temps, sceau de l’incompréhension moderne et stupide !
    Mallorca, Mallorca, je pleure sur toi. Je suis inconsolable de tes pertes fabuleuses ! Ne rit pas de ma souffrance et rappelles-toi ta propre grandeur qui dispensait, à tous, tes forces souveraines.
    Mes langueurs me plongent dans une hébétude sans lendemain, car te savoir en perpétuelle mutation, mon engouement pour ta vie insulaire se détruit, se consume à l’identique du tison qui en ses débuts est ardent et mourant vers sa fin.

    plumedefou




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commentaire ( 1 ) (Ajouter un commentaire)
coco le vendredi 03 mars 2017, à 13:25
j aime beaucoup

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