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"Je regarde pas souvent le ciel. Il m'impressionne. Olivia, tu planes dans les nuages, tu m'observes toujours et moi je te fuis. Il y a tes yeux bleus, tes yeux gris, tes humeurs dans ce ciel, Olivia. Et tous les soleils qui passent sont trop indifférents à cette beauté là. Ils ne me répondent pas. Et quand tes yeux se ferment, quand mes yeux se ferment, tu es toujours présente. Tu me hantes, Olivia. Ce monde là me dégoûte. Il ne veut plus rien dire.
Je ne sais pas ce qu'ils faisaient ici, il y a des siècles, des millénaires, à contempler ce ciel. A donner des noms à tout ce qui trône dedans. Y a des légendes dans le ciel, maintenant. Hercule. Orion. Y a la guerre même dans le ciel. Des hommes dans l'espace. Et comment se fait-il que je te sente encore, sans même te voir, je sais que je te sens Olivia ! Même si j'ai l'impression de ne plus savoir grand chose. Je ne crois plus rien. A quoi ça sert de croire ? Si je laisse mes larmes, ces mêmes larmes qui coulent en ce moment, dégringoler le long de mes joues, est-ce que tu m'en voudras ? De ne plus croire en rien qui puisse m'empêcher de pleurer ?
Mes jours ressemblent à la longue errance d'un homme saoul. Je ne sais plus vraiment qui je suis. L'ai-je un jour jamais su ? Je me le demande. J'avais l'impression de me connaître, à travers toi.
Mais les souvenirs s'enfuient vers un ailleurs inaccessible. Ce qu'il me reste de toi, c'est un éternel soleil parmi tous les soleils, un éternel éclat dans les nuages, le ciel. Ce sont des couleurs, des lueurs. Mes larmes pendant les couchers de soleil, lorsque la lumière s'enfuit. Et puis, la lune survient et mes larmes redoublent car tu es à son image aujourd'hui, Olivia, un reflet d'une lumière passée.
Les jours, les jours, les jours.
Les nuits, les nuits, les nuits.
Je pourrais me tuer. Mais l'acte serait aussi absurde que le reste.
Je ne veux pas devenir l'homme absurde.
Les femmes ont arrêté de me sourire. Elles baissent timidement la tête, en signe de respect. Je me contente de les regarder sans les voir. Dans les bars, je ne bois pas. Le serveur me connait depuis un certain temps maintenant, il ne s'étonne même plus de me voir assis, les yeux dans le vague.
Il y a un temps, il me racontait sa vie de famille, il me parlait de sa femme, des étoiles dans les yeux. J'aimais l'écouter. Il me faisait voyager. Il créait des constellations et moi, je t'y voyais.
Et je comprenais son amour, j'éprouvais son amour. Je l'ai toujours appelé Davis. Je trouvais que ça lui allait bien. Mais il ne me raconte plus rien aujourd'hui. Sa femme l'a quitté pour un autre. Et moi, je t'ai perdu. Quand nos regards se croisent, je sais qu'on se comprend. Je sais qu'il pleure le soir, à l'abri du monde.
Je sens du vide grandir en moi et prendre, petit à petit, toute la place. Je le vois se glisser sous mon manteau noir, transpirer dans mes rares paroles, couler de mes yeux. Il me fait frissonner sur mon banc, le matin, lorsque je souffle encore de la buée en respirant. J'ai peur qu'un jour, il atteigne mon cœur. De sorte que je n'aie même plus peur. Que je t'oublie et que je finisse par m'oublier."
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