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Du fond de ma mémoire de doux souvenirs
Me viennent... Jouvenceau espiègle !
Les chemins de l'école prenaient des allures
De ces jeudis interminables,
Parfois dans la grisaille du petit matin,
Là où les jours d'automne fondent;
Ou bien, dans le bleu pâle d'un grand ciel givré.
Les arbres droits et épanouis
Mettaient leurs habits d'ocre rougeoyant
Et à leur pied un tapis jaune or,
Où platanes y mêlaient leur rouge sanguin !
Certains enfants faisaient des bouquets.
D'autres les ramassaient en de grands tas successifs,
Pour prévision de batailles futures.
Mais, le plus fascinant, était d'entendre
Dessous nos pieds, les feuilles froissées...
Nous vivions un rêve devenu réel,
Un univers d'innocence pure !
Un monde, le nôtre, s'offrait mirifique !
En ces matins, au ciel noir profond,
Constellé de myriades d'éclats de lucioles,
Nous devenions, qui un chevalier
En quête du Graal, qui un aventurier.
Perdu en Amazonie !
Dont nous revenions fourbu, mais heureux.
Combien de fois faisions-nous le pacte,
De nous y retrouver sur ces grands chemins...
Avant l'hiver, pour les dernières heures,
L'atmosphère s'embuait d'une bruine
Que la bise avec art givrait ;
Ciselures du temps, morsures du froid,
Se dénudaient alors les arbres.
Sur leur corps nu, laissant place aux guirlandes
Qui embellissaient leurs ramures noires,
Quelques oiseaux perchés, pépiaient au vent.
Comme à regret, voulant prolonger
Cet instant de bonheur, en sarabande,
Nous reprenions les chemins des classes aux odeurs de craies,
Où attendait ; qui l'instituteur,
Qui l'institutrice, pour bâtir nos cœurs.
Ô, époques candides et douces !
Combien je regrette vos fraîches années,
Où nous logions dans l'insouciance
Du devoir accomplis, mais nous vivions...
Ô ! Que de fois l'ais-je fréquenté,
Il n'y a pas de coins en ses méandres
Me connaissant et m'émerveillent,
C'est là que j'ai usé, râpé ma jeunesse...
Là un talus, là-bas un ruisseau,
Ici une glissade, là une culbute.
Les pieds dans l'eau, nos mains bâtissaient
De magnifiques barrages où bateaux mouillaient,
Rivalisant entre eux de beauté.
Tous les jours nous passions la petite porte
De la barrière du chemin de fer,
Où chaque après-midi, la classe finie,
Nous regardions passer l'autorail.
Du clocher de l'église sonnait la demi,
Au cimetière les morts reposaient...
Nos regards se tournaient vers ce grand terrain
Dont les jeudis marquaient tous nos jeux.
Au "Tremblai" nous cachions nos secrets d'enfants,
Petits ou grands, avouables ou non...
Petits, mais pas assez pour des rêves d'enfants,
Avouables, car encore si purs.
Insuffisamment grands pour être adultes,
Cachés, certes, mais si innocents...
Ma candeur enfantine s'évanouit là !
Rapidement adulte, avant l'heure,
La dureté du monde m'éveilla trop vite.
Aux sirènes des réalités,
Je ne pouvais me cacher, mon temps était là !
plumedefou
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