|
Je m'appelle Samuel,
J'aurais eu vingt ans à Noël
Ma vie était plutôt insouciante et belle
Sont arrivés ces hordes cruelles.
Pourquoi moi ?
J'étais innocent, juste passionné,
Un jour, ils m'ont raflé,
Ils m'ont interrogé, torturé,
J'avais rien à leur avouer .
J'ai peur
Ils m'ont quand même emprisonné,
Ils m'ont déloqué, et parqué,
Foutu pèle mêle dans un wagon plombé,
J'entends le bruit de leurs bottes ferrées,
J'ai peur
Je me suis recroquevillé, effrayé,
Je suis assoiffé et affamé,
Ma mère et ma soeur violées,
Où vont-ils nous emmener ?
J'ai peur
Tant de personnes contre moi serrées,
J'entends des ordres aboyés,
J'entends des suppliques hurlées,
Le monde brutalement s'est affolé,
J'ai peur
Ma terreur va imploser,
Le train s'est enfin ébranlé,
Vers quelles destinations ignorées,
Des jours et des nuits se sont écoulés,
J'ai peur
N'avons toujours rien à bouffer,
Ca pue les excréments, sous moi j'ai pissé,
J'ai honte, mais je peux à peine bouger,
Le train , pourquoi ? s'est arrêté,
J'ai peur
Ils nous ont copieusement bousculés et frappés,
Leurs chiens bavant nous ont gaffés,
Ensuite ils nous ont séparés,
Hommes d'un côté, femmes d'un côté,
J'ai peur
Je me suis rapidement imprégné,
De ces visages aimés, familiers,
Je devine, je ne les reverrai jamais,
Il faudra ma raison vacillante garder,
J'ai peur
Des barbelés, de sombres baraquements alignés,
Des fumées, de longs appels à l'aube, frigorifiés,
Des journées interminables à suer, à bosser,
J'ai faim, j'ai si mal, je suis épuisé.
J'ai mal
La vermine commence à me ronger,
J'empeste plus qu'un goret,
Je flotte dans mon pyjama rayé,
Je suis une ombre éthérée,
J'ai mal
Ils nous ont numéroté
Tondus, épouillés,
Nous avons cesser d'exister,
Ils ont effacé nos passés,
J'ai mal
Le soir crevés, il nous faut rentrer,
En fanfare, bien alignés au pas cadencé,
La tête droite et le buste redressé,
Nos fatigues et douleurs obligés de les oublier,
J'ai mal
Soupe maigre et insipide vite avalée,
Couché contre un frère infortuné,
Cauchemars qui sont loin de mes vérités,
Réveils tourmentés par des brutes avinées,
J'ai mal
Ce matin, je n'ai pu me lever,
Mes pauvres muscles sur le point de craquer,
Je m'en fous, j'en peux plus, ils peuvent frapper,
Alors par les pieds, les salopards m'ont traîné,
J'ai plus peur, j'ai plus mal
Je sais, oui, je sais, ils vont me gazer
Et après!! quoi? Ils vont me cramer,
J'ai même plus la force de pleurer,
Je suis calme et résigné,
J'ai plus peur, j'ai plus mal
J'étouffe, mais c'est rien, ça va passer,
Je ne ressens plus que dalle, c'est terminé,
Merci mon Dieu, pauvres tarés conditionnés,
Sans le savoir, vous m'avez...LIBERE!
Je suis bien
PHIL LE 2.11.2009
Le 7 décembre 1941, le chef des SS Heinrich Himmler fait parvenir ces instructions à la Gestapo :
« Après mûre réflexion, la volonté du Führer est de modifier les mesures à l'encontre de ceux qui se sont rendus coupables de délits contre le Reich ou contre les forces allemandes dans les zones occupées. Notre Führer est d'avis qu'une condamnation au pénitencier ou aux travaux forcés à vie envoie un message de faiblesse. La seule force de dissuasion possible est soit la peine de mort, soit une mesure qui laissera la famille et le reste de la population dans l'incertitude quant au sort réservé au criminel. La déportation vers l'Allemagne remplira cette fonction. »
Le maréchal Wilhelm Keitel publie une lettre qui dit explicitement :
« A. Les prisonniers disparaîtront sans laisser de trace
B. Aucune information ne sera donnée sur leur lieu de détention ou sur leur sort.
C'était hier !
Quel sera demain
PHIL
http://www.mespoemes.net/phil50
|