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Aux temps des dieux ( René GHIL )

le dimanche 14 mai 2017, à 15:10. Posté par COLLECTIF (auteur : René GHIL)








    Aux temps des dieux



    Tout moderne, et voyant de nos modernes âmes,
    Des soirs vieux, malgré lui, hors du Vrai, sans paphos
    Où des déesses, il s'exile ! et, dans les gammes
    Des azurs et des ors, et le nu des paros,
    Mensonge et dieux il pleure, et Vous, ô pâles Ames !
    Vagueuses Vierges, aux plis longs des longs peplos ! ....

    ...Alors, vieux de mille ans, haut azur sous l'azur,
    Vieux rameaux et gaulis ! viviez-vous grands et glauques,
    Temples ! et, solennels et larges dans l'air pur,
    Adorés de la Vierge, émoi de l'homme mûr,
    Alors, viviez-vous seuls, seuls aux zéphirs non rauques !

    Lorsque montait vers vous la vierge aux Yeux d'avril,
    Sous le lin vierge avait des peurs sa peau sans hâle :
    Vous exhaliez, rameaux, un arôme viril,
    Tiède : et l'Impolluée au sexe puéril
    Avait de longs émois sous le long peplos pâle...

    Alors, vous glissiez-vous, déesses aux grands nus !
    Glauques et pâles sous la glauqueur des ramées :
    A nos heures, de Nous, nous les nouveaux-venus,
    Vous avez peur, hélas ! et, vos seins ingénus,
    Nul ne les verra plus, ô pâles inhumées !

    Or, des déesses quand ainsi le rêve grand,
    Voyait-on des Yeux d'or à des ardeurs soudaines
    Darder dans les glauqueurs et prendre un long élan
    D'animal suivi près : et le sauvage han
    Ahanait, d'égipans noirs et noueux de veines !...

    Alors, alliez-vous, vierge au peplos onduleux !
    Quand vous passiez auprès des verdures rigides,
    Pleine d'émoi soudain : quand, magique et nerveux,
    Un arôme non mis aux pieds des grands Aïeux
    Moire vos plis divins d'eaux molles et livides...

    Ainsi va-t-il aux Temps des dieux et du Mensonge,
    Montant aux Temples où haut s'azure à l'envi
    D'horizons, la verdure ! et Vous, pour que s'allonge
    Son long songe, sonnez en un rêve suivi,
    Ô pipeaux ! un doux rire épars dans le Mensonge
    De lèvre mi-surprise et de sein mi-ravi !



    René GHIL (1862-1925)






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