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Louis XIV parlait de lui à la première personne du pluriel, quant à Jules César, selon la légende et l’Histoire, la troisième personne du singulier lui était familière…
Floirac, pas en Charente Maritime ; Floirac pas en Gironde ; Non plus ce Floirac dans le Lot, mais Floirac en Aveyron près de Rodez. A quelque six kilomètres environ, une sorte de ‘lieu dit’ un « château » transformé en orphelinat, pour ce « qu’Il » en sait, selon ce qu’on « Lui » a dit… et que sa mémoire « Lui » restitue.
Grande bâtisse style renaissance, on y accédait par une route poussiéreuse longeant un parc conséquent où grandissaient un grand nombre de marronniers. Débouchant sur une grille de fer forgé, il se terminait face à un perron aux marches usées par endroits. A l’origine se devait être un bel édifice, ses souvenirs lui en laissent un bloc grisâtre écrasant surmonté d’un toit en ardoise. On accédait au bureau du directeur non par l’entrée principale, mais en longeant un semblant de pelouse on arrivait à une porte vitrée sur la façade à main droite. En face à quelques dizaines de mètres un marronnier majestueux trônait ; il masquait une partie du parc, à sa droite, un peu en contre bas, s’étalait le potager, vers sa gauche, une allée menait en un endroit qui pour « Lui » paraissait bien mystérieux car interdiction formelle était enjointe pour s’y rendre.
Comment « Il » est arrivé là « Il » ne le sait ! C’était un bambin d’environ quatre ou cinq ans, tout juste haut comme trois pommes. Plus tard il apprit que son père était mort à la guerre ‘ c’est un héros il est mort pour la France, il a bien mérité de sa patrie’ qu’on lui a dit. C’était lors de la guerre d’Indochine, vous savez cette partie du globe où la France y avait quelques comptoirs…
Avant d’y avoir débarqué, le père avait fait toutes les campagnes de la guerre de 39/45. Blessé à plusieurs reprises le pays reconnaissant l’avait décoré, il y gagna quelques galons, jusqu’à devenir adjudant. Il avait reçu un nom de guerre, « Sublon », pour protéger sa famille au cas où… Sa mère décéda au Maroc peu après ses un an. D’une santé fragile, au dire des grands-parents, elle ne supporta pas le climat… De petite taille et menue elle paraissait douce sur les photos, elle était née Salmon. Que sait-il des Silber, que sait-il des Salmon, tout au moins ce que l’on a bien voulu lui raconter. A vrai dire pas grand chose…
Au dortoir un soir d’orage :
Dans la journée, par un beau soleil bien chaud, qu’est-il allé faire dans un des coins du parc, par cette allée interdite et mystérieuse, là où les regards se perdent faute d’une vision indiscrète ? Courant derrière un des murs, que c’était tentant ces fruits sur le néflier en espalier. Lui et son petit copain d’Hervé, malgré leur jeune âge, trouvèrent le moyen de chaparder quelques fruits même encore vert. Montant sur une caisse de bois posée là comme tout exprès, ce leur fut facile d’atteindre le sommet et de tendre la main pour en saisir les objets de leur convoitise. Mais les deux chapardeurs, ces vauriens, ces bandits de grands chemins, comment, on ne le saura jamais, furent surpris dans leur expédition.
On ne les vit pas à la kermesse du lendemain et le soir au lieu de la jouissance d’un prolongement, après le repas ils allèrent, comme on le leur avait enjoint, au dortoir, punit qu’ils étaient d’avoir maraudé. Tout penaud les voilà montant le grand escalier pour se diriger au dernier étage.
Quand tout à coup le ciel s’assombrit, en un instant un vent violent tomba sur la grande bâtisse, un éclair zébra l’azur devenu noir et gronda le tonnerre. La peur au ventre ils coururent dans le couloir au plancher bien ciré, « Lui » il glissa, manqua de percuter la porte du dortoir l’ouvrant au dernier moment et bien que pris dans son élan il remarqua que la fenêtre était ouverte ; N’écoutant que son courage mélangé à sa peur, le voilà s’avançant voulu empoigner la crémone, un grand éclair illumina le sombre azur, un cri et voici que le bras passe à travers le carreau.
Le sang rougit son bras, il se précipite à l’endroit des lavabos, fait couler l’eau du robinet et à l’aide d’un gant de toilette se comprime la blessure. À cet instant il sent une présence autre que celle d’Hervé, lentement il se retourne, aperçoit Monsieur Combe, directeur de l’établissement : « Que se passe-t-il ? » Demanda-t-il ? « Rien, rien, Monsieur le dir… » il ne finit pas sa phrase et tomba dans les pommes. On l’emmena à l’infirmerie, peut-être à l’hôpital il ne le sait, mais la cicatrice à son avant bras témoigne encore aujourd’hui de l’incident.
Un après-midi catastrophe :
Que s’était-il passé dans sa tête ainsi que dans celle d’Hervé ? Hervé ? Ah oui ! , Le petit copain de son âge et de tous les coups pendables. Un après-midi ensoleillé, un de ceux où ils n’étaient pas ni l’un, ni l’autre ou bien les deux, attachés à un arbre pour n’avoir pas fini de bonheur leur assiette au réfectoire. Ils trouvèrent un jeu, amusement de deux écervelés, un peu plus après l’entrée du bureau de Monsieur Combe, le potager s’étalait, pour y accéder il fallait descendre quelques marches d’escalier de vielles pierres, en contrebas dans une dénivellation d’un mètre environ, y compris le petit muret qui courait tout de long et amenant au parc.
Une tôle ondulée, mais que faisait-elle là ? Toujours est-il que se fut une aubaine, mais le drame arriva avec l’idée de la mettre en demi-rond contre le mur dans le jardin, de remonter l’escalier et de l’allée bordée du muret d’une hauteur d’un demi-mètre va que je te saute une fois à l’extérieur du demi-cercle et la fois suivante à l’intérieur. Comme ils riaient bien tous les deux, jusqu’au moment ultime où lui se retrouva à l’intérieur mais la cuisse sur le tranchant de la dite tôle. De toute urgence on l’emmena à l’hôpital pour des soins et quelques sutures ! Là aussi la jambe atteste de l’épisode par une marque bien lisse sur le gras du membre.
Jeux de piste énigmatique :
Par un beau jeudi après-midi, jour de non classe, tous les enfants furent rassemblés dans la salle de jeux pour les jours de pluie et d’hiver. Une histoire des plus fantasque les reteint en haleine, ils y étaient question d’une ogresse qui avait enlevé l’un d’entre eux. Denise lui avait expliqué que c’était un jeu, l’ogresse c’était elle et l’enfant enlevé c’était lui ; le drame n’était ni plus ni moins qu’un jeu de piste. Ils partirent tous deux avec une heure d’avance.
A travers champs et bois ils parcoururent une bonne partie de la région. Pour lui cela paru long comme parcourt, à un moment il devait être fatigué, ils firent une pose. C’était un endroit magnifique selon ses souvenirs, l’herbe y était haute et à moitié blonde, dans l’azur bleu le soleil dardait ses rayons. Derrière eux une sorte de surélévation les cachait à la vue d’un quelconque individu.
Tous deux se trouvaient sur un petit plateau surplombant une vallée à perte de vue, au fond de l’horizon l’air miroitait avec une espèce de vibration comme s’il voulait se dissoudre dans l’atmosphère. « Ce que l’on est bien ici, regarde là bas vers la droite un peu vers nous, c’est mon village, si je cherche bien je dois pouvoir trouver ma maison », puis il s’entendit dire, « vient t’assoir à côté de moi, tu te reposeras un peu puis nous repartirons ensuite » Il s’assit donc près d’elle, Denise devait avoir dans les vingt, vingt-cinq an, lui tout au plus cinq, six ans.
Elle se fit tendre et caressante… Que se passa-t-il cet après-midi là ? Sa mémoire ne veut plus lui restituer le reste, il a beau se creuser les méninges, rien à faire, le black out complet. Pourtant, des soupçons lui taraudent l’esprit, et s’y on lui avait volé son innocence ? … Il ne saura jamais, sa vie sera pourrie par ce demi-souvenir !
Le voleur :
Un certain jour, lequel, on ne saura, toujours est-il que ce fut bien délicat comme expédition. Dans le dortoir sur la gauche une espèce d’alcôve avec un lit. C’est là que dort l’une des cheftaines, dans un coin un colis ; A qui appartint-il ? On ne sait plus ! Certaine fois, l’un des enfants recevait un colis de friandises et autres babioles, mais ne pouvait en disposer qu’un peu chaque jour, le reste était là dans l’alcôve attendant le lendemain. L’objet du délit si convoité n’était accessible que par l’unique escalier menant tant dans les salles de classe au premier étage, et aux dortoirs sis dans le dernier étage.
Dans le bâtiment il était central, aux marches larges et tout en pierre, d’où la difficulté de ne pas se faire remarquer. Mais toujours est-il que l’expédition fut menée à son terme, et le contenu en gâteaux et chocolat disparut sans tambour ni trompette. Comment le larcin se trouva découvert ainsi que les chapardeurs le temps est trop lointain pour garder tous les souvenirs, mais la punition se trouva pénible et bien lourde pour des enfants de cinq, six ans à peine. Tout le jour lui et Hervé portèrent dans le dos la pancarte avec l’inscription « je suis un voleur » !
Noël de l’arnaque :
Tous les Noëls se suivent mais ne se ressemblent pas chaque année et pour preuve… Un certain Noël, avant la messe de minuit, vers dix-huit heures, Un repas frugal est servi, qu’à cela ne tienne, « il est malade » mal de ventre. Une tisane bien chaude puis direction le dortoir. Le temps passant arrive le départ pour l’office religieux, le petit est malade il en est exempté. Tandis que ses camarades ont froid, pensez-vous avec leur culotte courte et la neige qui ne cesse de tomber. Lui couché bien au chaud, il savoure ces moments délicieux et rêve, mais à quoi au juste ?
Entend-il le retour de la petite camionnette, aménagée pour la circonstance en petit transport en commun, trois ou quatre bancs d’école et le tour était joué, est-ce important de le savoir ? Toujours est-il que le miracle se produit, la guérison totale, alors le voici attablé au réfectoire avec les autres convives, peut-être une douzaine d’enfants et quelques adultes. Le repas est savoureux, mais le souvenir le plus marquant est ce fameux pâté de foie, qu’il se tartinait bien et ce goût de je ne sais quoi, « il » en salive encore de cet impact temporel…
Puis vint la distribution des cadeaux devant le sapin, un arbre magnifique coupé quelques jours auparavant. L’arbre se dressait dans l’entrée à plus de cinq mètres du sol, des boules de différente couleur et de taille, des guirlandes, elles « lui » semblaient être prisent des cheveux ou bien encore des ailes des anges, elles parcouraient les branches d’une manière aérienne comme portées par le souffle des chérubins.
Les yeux de « Il » ne savaient où s’arrêter, moments féeriques, instants de bonheur ineffable, l’enfant n’était plus présent dans l’entrée, non, « Il » était seul avec son arbre aux myriades de couleurs transporté dans une allégresse sans borne. Le retour à la réalité se fit en douceur mais quelque peu déçu du cadeau, un pull-over, deux oranges et quelques friandises du genre sucreries.
Apprentissage de l’école :
Qui mieux que « Lui » sait ce qui est amusant dans la pâte à modeler ? De jaune, de bleu, de vert et aussi de rouge, de marron, d’orange et peut-être de mauve, que c’était bon de malaxer le tout ensemble.
Ce mélange de couleur qui faisait un gris des plus nauséabond, une sorte de vomi d’ivrogne, un amas de putréfaction… Mais aussi quelle ingéniosité de la mettre en petits morceaux et ce malin plaisir de… ; Que c’est-il donc passé dans sa tête, quel petit lutin lui fit remarquer ce trou dans le plancher ?
En un tour de main hop ! Ni vu ni connu que j’t’enbrouille, tous les petits bouts passèrent au travers. Le garnement « Lui » se délectait de sa trouvaille lorsque arriva sur ces entres faits l’instituteur faisant la classe dans la pièce d’à côté. Indignation, cris, tergiversation, atermoiement, tout y passa, si bien qu’on le mit au piquet un bonnet d’âne comme couvre chef.
La cheftaine « vilaine » :
Au dortoir, pas le même que celui du début, un matin de très bonheur, que c’était bon dans ce lit d’y trouver un amusement particulier. Son imagination débordante fonctionne à cent à l’heure, « Il » réveille Hervé, son copain de jeux éternel, et les voici tous deux partis sur les routes de l’aventure. Les lits des dortoirs son en fer et le pied de lit assez haut, juste ce qu’il faut pour dresser une tente de toile avec les couvertures.
En deux, trois, mouvements, ils se mettent à l’ouvrage, et devise quant à la manière de procéder. Les deux bambins se retrouvent, un peu plus tard, à rêver des chemins d’aventures, à haute voix ils se partagent les rôles des héros imaginaires. Leur équipée sauvage les amenait à deviser à qui mieux-mieux, et leurs voix basses s’accentuaient pour devenir un bourdonnement réveillant Violaine, la cheftaine, qui dormait tout près du dortoir.
Pris dans la tourmente de leur expédition, ils n’entendirent pas la venue de Violaine, la trouble fête. « Voulez-vous vous taire et vous recoucher, qu’est-ce que c’est ce capharnaüm » ? À peine le dos tourné le conciliabule reprend de plus bel et les revoilà parti sur des itinéraires hauts en couleur. De leur gorge, du crescendo au rinforzando, leurs timbres angéliques montent et frappent le pavillon des oreilles pour venir se perdent dans les dédales du conduit auditif de Violaine.
Elle accourt sermonne les intrigants puis joignant le geste à la parole les voici en prison. Celle-ci fait tout au plus deux mètres carrés, surface se justifiant car c’était le lieu d’aisance ! Il y fait noir comme dans un four, la peur le saisit au ventre, il n’a point de repère, notre flibustier a beau tâtonner il ne rencontre qu’un mur peint et lisse. Il crie demande de l’aide mais pas de réponse ni de secours.
Alors se sentant prit d’angoisse une rivière de larmes déferle sur ses petites joues, il crie de plus bel, ces appels se font plus pressants, mais toujours rien. La frayeur plus saisissante lui tord le ventre au point qu’il hurle, cogne les murs, ses vagissements non plus d’effets qu’un mouchoir à carreaux plié dans une poche. Sa vocifération se calme quelque peu, il réfléchit et se remémore que l’instigatrice de son enfermement n’est autre que Violaine la cheftaine.
Il se fait suppliant, implore la geôlière « Vilaine » s’exclame-t-il, ne sachant prononcer avec exactitude le prénom de la dépositaire, mais rien n’y fait. Lors voici que la haine prend forme pour se matérialiser en coup de pieds dans le battant de la porte accompagnés par des cris et autres signaux d’appels et l’effroi court de plus bel. Il ne sait comment se termina l'épisode, toujours est-il qu’à ce jour il souffre de claustrophobie, rien de trop inquiétant mais suffisamment pour être une gêne.
plumedefou
(extrait de mes mémoires)
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