|
La pureté intacte sous l'infâme cloaque malgré tout
Mon gars, un poète aujourd'hui, c'est pas un type en chemise blanche qui tousse au bord d'un lac ; ce serait plutôt un gusse – ou une fille, d'ailleurs – un peu au bout du rouleau de cette putain de vie, écrasé par son impuissance et celle de tout le monde face à l'ampleur du merdier... Presque KO, tu vois, petit...
Et pourtant, ce gusse, cette nana, ce poète, alors même qu'il mesure l'horreur de la situation, qu'il a définitivement compris qu'il n'y a rien à faire, que le cauchemar va se poursuivre jusqu'à ce que tout bascule dans le néant, ce poète, vois-tu, il est encore bouleversé par la beauté, par la beauté malgré tout, par la merveille malgré tout, par la pureté intacte sous l'infâme cloaque malgré tout. Alors il ne peut pas faire autrement que de dire cette beauté, cette pureté, cette merveille, avec ses mots à lui et pas ceux des profs, des journalistes ou des psys.
Ces mots peuvent être savants, ils peuvent être simples, raffinés ou grossiers, mais ce sont les siens, de mots, ceux qui lui viennent et qu'il ne peut pas ne pas employer. À travers eux, il célèbre la beauté, la merveille, la pureté. Il se moque tendrement de lui-même, il se fout de la gueule de ce monde qu'il aime pourtant et il le célèbre avec innocence.
Voilà, un poète aujourd'hui, c'est un être humain qui a envers et contre tout préservé son innocence et sa capacité à la partager. Et ça, crois-moi, ce n'est pas rien. Et il y a autre chose : quand il partage son innocence, il la réveille, il stimule chez ceux qui le lisent ou l'écoutent leur innocence enfouie, bafouée, piétinée par le merdier. Et ça, c'est carrément grand.
Hank.
|