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À quelques années près, plutôt quelques semaines
Napoléon 1er put être semble-t-il
Un citoyen de la république de Gènes
Si les Français n'avaient pas envahi son île
Éventuellement par quelque coup de force
Eut-il pris le pouvoir, et sur la citadelle
D'Ajaccio se fut-il fait sacrer roi de Corse
Et conquit-il le monde avec quelques rebelles
Mais de son vrai destin mon poème s'écarte
L'Histoire aura choisi qu'il en fut autrement
Voici la vie du fils de Charles Bonaparte
Et de Ramolino Letizia, sa maman
Napoléon en mil sept cent soixante-neuf
Émerge au garde-à-vous du ventre de sa mère
Et sous la protection du comte de Marbeuf
Il entre dès dix ans à l'école de guerre
Officier à seize ans, il réside à Marseille
Avec sa pauvre mère et ses sœurs sans argent
Sous la Révolution il combat à merveille
Si bien qu'il est promu général sur le champ
Peu de temps après il épouse Joséphine
Veuve de monsieur le comte de Beauharnais
Puis part livrer une campagne transalpine
Où d'Arcole à Mantoue s'enchainent les succès
Le Directoire inquiet devant ce phénomène
L'expédie en Égypte à bord d'une armada
Qui à peine amarrée sur la côte égyptienne
Est pulvérisée par Nelson et ses soldats
Bonaparte coincé au pied des Pyramides
N'a plus qu'un seul recours, retourner au pays
Gouverné par des sieurs vaniteux et stupides
Que quelques mois plus tard le Corse congédie
Bonaparte à présent est le Premier consul
Il laisse à ses amis les clés de la nation
Et retourne à l'assaut de la bleue péninsule
S'offrir à Marengo une consécration
La paix signée, il œuvre à redresser la France
Il met enfin un terme aux conflits intérieurs
Pacifie la Vendée, assainit les finances
Crée le code civil et la Légion d'honneur
Nommé consul à vie, Napoléon échappe
À quelques attentats de quelques Vendéens
Mais nullement inquiet il convoque le pape
Et se fait couronner empereur par ses soins
En l'an mil huit cinq la guerre s'éparpille
Il gagne à Austerlitz, il perd à Trafalgar
Sur les trônes d'Europe il place sa famille
Et deux années plus tard pactise avec le tsar
Mais dès mil huit cent huit surviennent les revers
L'Espagne se rebiffe et lutte vaillamment
Repousse l'empereur jusques à la frontière
Faisant quatre cent mil victimes en cinq ans
Puis afin d'apaiser la colère autrichienne
Il divorce et bientôt le voilà qui courtise
L'archiduchesse de Habsbourg et de Lorraine
Fille de l'empereur, la belle Marie Louise
Dès qu'il a obtenu l'héritier de ses rêves
Dès qu'il a assuré sa male dynastie
Il repart guerroyer jusqu'à rompre la trêve
Qu'il fit avec le tsar, empereur de Russie
À la tête de près cinq cent mille soldats
La Grande-Armée prend la direction du Niémen
Elle entre dans Vilnius sans livrer de combat
Puis sur la Moskova les canons se déchaînent
Pour la énième fois l'armée russe recule
L'empereur prend Moscou à la fin de l'été
Quand un jour sans soleil monte une canicule
Les Russes avaient mis le feu à leur cité
Au bout d'un mois d'attente à espérer la paix
Ne voyant rien venir et le froid s'installant
Un beau matin d'octobre, en un brouillard épais
L'armée quitte Moscou pour un ciel plus clément
Harcelée, affamée, en un triste cortège
S'étirant dans le froid, l'armée française va
Presque en totalité s'engloutir dans les neiges
Ou périr dans les eaux de la Bérézina
À son retour en France avec joie on l'accueille
Il se remet très vite et au printemps suivant
À Lutzen et Bautzen, il gagne en un clin-d'œil
Mais soudain à Leipzig pour lui tourne le vent
Napoléon vaincu repasse la frontière
Pressé par les alliés de quatre ou cinq pays
De bataille en bataille il fait machine arrière
Jusqu'à être acculé aux abords de Paris
Déchu par le Sénat, Napoléon abdique
Et sur l'île d'Elbe on l'expédie exercer
Son titre d'empereur sur les braves moustiques
Et que le monde entier en soit débarrassé
Au bout de quelques mois le Corse est de retour
Sans résistance aucune, il quitte Golfe-Juan
Et regagne Paris en moins de trente jours
Qu'a déserté le roi et son gouvernement
De nouveau au pouvoir il reprend l'offensive
Il part pour la Belgique avec ses vieux grognards
Il gagne une bataille hélas peu décisive
Car c'est à Waterloo qu'il perd tous ses espoirs
Vaincu par Wellington, le Corse rentre en France
Il abdique en faveur de Napoléon II
Ce qui n'est pas du gout des forces en présence
Qui ramènent le roi Louis XVIII avec eux
Les Anglais cette fois exilent Bonaparte
Sur une île perdue au cœur de l'océan
Une île que la brume a rayé de la carte
Gardée par les récifs et de grands requins blancs
Là-bas Napoléon rédige ses mémoires
Sous le regard narquois du gouverneur anglais
Et au bout de cinq ans de solitude noire
Rend son dernier soupir aux premiers jours de mai
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