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Arrêtons-nous, pleurons aux souvenirs de l'aimé !
Au jardin du grand mas, là où coure la vigne,
Sur le treillis de bois d’osiers si bien tressés,
Là Zéphyr lanterne sur la maison en ligne,
Séchant les étoffes suspendues au séchoir.
"Du Nord et du Midi, mes amies affluées,
De l’Ouest et de l’Est, compères venez voir !
Mon tendre affectionné, sa vie s’en est allée,
Or je n’étais point là quand la Mort le ravit" ;
‘ Retiens-toi, délaisse cette face peinée’
"Non, car ma guérison, se sont mes larmes, ami…
Il serait bien aise de m’en bien consolée
L’Amour que nous avions était force et vigueur,
La source nous baignant chaque jour aux aurores.
Ils nous plaisaient de rire à chaque visiteur,
Qui s’étonnait de voir, tous près des sycomores,
Deux êtres si épris en cet endroit de pleures.
Ces arbres avaient poussés entre générations,
Nos vieux les plantèrent conscient du nombre d’heures,
Qu’ils verraient défiler en ce lieu d’afflictions !
Endroit, seul ombragé, coin des pensées dupées,
Car personne n’allait en ce lieu que pour prier ;
Non, bien au contraire, pour mieux être effacées
Du mémorial des mânes et cela sans crier !
Quand l’air d’été bruissait, se répandaient des effluves
De fleurs d’œillets et lys, mes larmes en les quittant
Se mettaient à couler, tôt séchées en l’étuve…
Plus d’un évènements montaient, tourbillonnant !
Une promenade vers la garrigue sèche,
Où, une nue levait aux jours du vent mistral.
Poussière des terres couleur ocre, au goût rêche.
Nous l’avions parcourue en tous sens à cheval.
Le soleil du nadir nous voyait en terrasse,
Tranquille nous buvions un rafraîchissement,
Verre de sirop d’orgeat aux saveurs efficaces…
Ici, nous conversions en bon entendement.
Nos regards s’attachaient fixe comme à un apôtre...
Sans pouvoir se quitter un temps, comme ébloui.
Adroitement nos mains se joignaient l’une à l’autre,
En un secret accord nous étions réunis !
Ces jours baignés d’amour retenu par mon âme,
Ils rayonnent en mon cœur comme l’astre du jour,
Et je suis assombri des manques en cette trame…
Voici donc les raisons, à mes yeux, ces contours.
Il était, non, il est, mon seul et mon unique,
Ses pensées mineures, ses vues, son ressenti,
Rien ne m’était caché, pareille à la tunique,
Cela garantissait, aliénait du crédit…
Il était mon mari, oui, et j’étais sa femme,
Plus encor que cela, nous étions des amis,
Nous étions des amants, nos corps vivaient de flammes,
Inextinguibles feux intérieurs, inédit !
Mais le deuil est venu, Malemort a frappée
Mon patito n’est plus, je suis seule sans lui !
‘ Amie, nous sommes là, ta peine est partagée,
Phébus comptait pour nous, son être encore luit !
Ma sœur, que tes larmes s’assèchent car ta peine,
À nous, fait très mal, tu te morfonds à mourir !
Pourrais-tu un instant diviser cette chaîne,
Pour partager son fruit et de nous en nourrir ?’
"Pourquoi donc répartir tout ce qui m’est intime ?
Phébus est à moi seul, sur lui j’ai pris appuis,
Lui ne s’est pas soustrait lors de profonds abîmes
Quand tout au fond de moi complète était la nuit !
Obligé je te suis pour ta sollicitude,
Car à ce jour me reste encor toi comme ami.
Tous ceux des quatre vents sont une multitude,
M’abandonnant au gré de ces vents du midi."
‘ Chère Alcée, ton aimé, il est là bien tangible,
Sa présence saura en des jours plus mauvais,
T’être d’un réconfort, d’un soutien indicible ;
Réintègres la joie, pour ta joie à jamais !’
"Peut-être as-tu raison, car ma ferveur, elle éclate,
De vouloir l’impossible et je fane aux rappels…
Ma raison me dicte de devenir oblate,
Pourtant j’ai soif d’amour et réponds aux appels,
Ceux de mon bien Aimé, l’envie de le rejoindre,
C’est le vœu qui m’est cher, demain sera le jour,
Demain la délivrance et verra enfin poindre
Mon astre sublimé, réunit à toujours !"
Ainsi donc, tour à tour nous jouirons de l’autre,
Le chevalier servant et sa Dame de cœur,
L’aimable et le plaisant et sa douce comme apôtre
Emporté vers des lieux d’ineffables douceurs
Oui, l’Aimé, mon Aimé, celui qui fut mon aide
Dans les moments du joug qu’imposaient les travaux,
Ouvrages journalier, labeur de champs, raides,
Mon cher affectionné, il était là très beau !
Dois-je dire encore le bien de ces époques
Où, par de petits gestes il séduisait l’amour
Me tressant des colliers en un style baroque,
Les offrants comme obole en signe d’une cour…
Sa présence était fine à peine perceptible,
Mais bien réelle en joie, en force, en attentions !
Pourquoi donc l’oublier, il est mon combustible,
Ce serait trahison envers lui mon alcyon !
-Dois-je amie vous dire que Phébus nous éclaire,
Comme une chélidoine il est la guérison ?
Son nom transpose l’astre en son beau corolaire,
Il est le soutien sûr, porté par l’horizon !
Les toiles d’envergure et son monde nous touchent !
"Ainsi tu le connais, je t’en suis obligé,
Confiante est mon âme, j’ai louanges à la bouche,
Pour toute sensation ressentie à l’été…
La croisée des chemins, m’est si bien familière
Que serein est l’amour, en mon cœur débordant,
Le giron des grands cieux m’en n’est donné comme aire
Leur montée non barrée est libre à tous les vents !
Je reçois comme un don ses belles souvenances
Sans pour autant saisir un palpable tableau
De l’état de l’âme, peut-être l’incidence
Sure, du compagnon bien campé et bien beau
Tel me le représente ainsi en mes pensées !
Lors il éclôt, me naît, comme au temps de nos flirts.
Lui si attentionné, moi, fraîche, si posée,
Que tout s’accomplissait dans le calme et sans heurt !
Nos chemins se croissaient, nous montions au pinacle
Sans pouvoir redescendre et rebrousser chemin.
Nous allions vers l’Éden chercher le réceptacle,
Où encor nous irions, unir nos corps, nos mains !
Apaisé, nous nagions vers la vielle calanque,
Andessous de la crypte aux platanes braqués.
Et nous nous exhaussions sur l’herbe qui ne manque…
Ô mon très tendre Aimé, tu m’as toujours marqué,
Depuis mes jours d’enfant j’ai su pouvoir sourire
Aux marques d’attentions de tes élans vers moi.
M’élever en degré puis en descendre et rire…
J’était en ton pouvoir, mon Amour c’était toi !
Des impressions vives aujourd’hui me parviennent
Tout y est familier, l’histoire en lien direct…
Ces émois m’échauffent, c’est justice qu’ils viennent,
Je les reçois en don, ils sont cause d’affect.
J’ai au cœur un éclat qui me griffe et m’écorche,
Chaque jour plus profond, Phoebus n’est plus, je meurt,
Je vais vers l’Elysée frapper au grand porche.
Très loin de cette terre où mes joies sont des peurs.
Iles des Biens-Heureux, champs de bonheur et quiétude,
C’est là que douce vie m’est servie, non douleur !
Eacque,Rhadamanthe et Minos ne sont rude,
Ils voient ma torture, ils jugent mon malheur…
Combien de fois ma voix se mit en philippique,
Car le ciel inclément augmentait mon fardeau.
J’avais à cœur de dire, là, toute ma critique,
Mon Phoebus, mon soleil, n’était plus aux fronteaux !
A quel point entrevoir sa belle âme me touche !
Je suis si épuisée d’avoir voulu l’instant,
Ce moment généreux où il m’offrait sa bouche,
Au goût des amandiers, au parfum exaltant.
Souffler le feu ne sert, aujourd’hui je suis seule
Il faut y établir un silence secret
Dans une intimité parmi les champs d’éteule…
Pour avoir de bonheur, un bien-être discret !
Rien, plus rien, le néant, voici ce qu’est mon âme,
Je ne puis plus entrer au sein du saint d’amour,
Un tel sacrifice méprise toute larme,
Comment alors marcher sur l’agora toujours ?
Il me faudrait duper la Mort d’un plaisir autre,
Que celui de tromper et vouloir l’abandon,
Mais sublimer un lien n’est pas pour un apôtre,
Le désir du désir est souhait corindon…
Le visage de deuil aux teintes de puissance
C’est vouloir plus encor que condamnation,
L’abîme se creuse dans l’exil en mouvance,
Il est vain d’espérer c’est là machination !
Perdre pour retrouver, ici est jeu sinistre,
Car là est impuissance à aimer librement !
Le réel inversé culbute le registre,
Pour que violence place l’écroulement !
Aux jours bleus et sereins, il déploie ses ailes,
Peinte en férocité, pour fondre sur l’amour,
Cet élan adressé à l’aimé qui me hèle,
Englouti à jamais, dispersé pour toujours !
Il ne sera Phénix, oui, son aura est morte,
Je ne percevrai plus ses marques d’affections,
Quand le petit matin nous prenait à sa porte,
Oui, on ne sera plus dans une communion !
Aux cendres ne suppléent même pas la poussière,
Comme glace au soleil tu disparais de moi,
Tu te changes en vapeur pour t’étendre en lisière
Des genèses abolies… je pleures l’oubli de toi !
Mes yeux se tarissent, mon cœur lui se dessèche,
Mon Bien Aimé n’est plus et moi je me démets,
Doucement je me laisse emplir de grandes brèches,
Qui lézardent l’ardeur éprouvée à jamais !
Je me laisse bercer par une litanie,
Les notes s’élèvent, le rythme devient mien,
Son pouvoir bouscule ma profonde agonie
Pour laisser le néant, pour qu’il n’y ai plus rien !
plumedefou
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