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Voici que vient le temps du souvenir qui passe,
Le stylet brille au fond de ma mémoire,
Séparant ce voile qui embrume mon espace
D'où jaillit, telle une eau vive que l'on veut boire,
Pensées du jadis, ébauches d'un âge heureux !
Ô, tendres moments, oui, où mon âme exultait,
Instants sublimes, que mon être, tout en camaïeu,
Tel un bijou, en belle pensées s'y enchâssaient.
Ô nature imparfaite, tu rends vie difficile !
Combien de fois lanceras-tu ton dard au cœur,
Pour qu'en moi tout s'éclipse et après s'annihile ?
Bref je lutterai jusqu'à l'extrême et sans peur,
Car que sais-tu que je ne sais déjà ? ...
Je sortirai vainqueur sans fausse humilité !
Que peux-tu prétendre si j'ai avec moi Jah ? ...
Tout en moi est clair jusqu'à l'heure de vérité !
Oui, bien des fois je suis tombé en des pièges,
Puis de suite relevé, je poursuivais mon chemin,
Ce qui fit que l'on redoubla en arpège.
Mes oreilles se rendirent sourdes à tout refrain...
Mon horizon sera-t-il à jamais bouché,
En verrais-je luire une clarté vivifiante ?
Nul doute, une lueur apparut dans la trouée ;
Bien vite je pris cette nourriture tonifiante...
Peu à peu se précisait l'idée abstraite,
Comme ce rai venant des nuées, se dissolvant,
Pour laisser apparaître l'astre à son faîte
Et que dans les airs vole l'insecte bourdonnant.
De même que l'eau de source usant la roche
Par ses passages répétés, la '' Parole '',
En son incessante répétition, s'accroche
Au fin fond de mon esprit et me console !
Ainsi d'impalpable cela devint concret,
Mes yeux s'ouvrirent, et, elle parut évidente.
Je pris position d'un seul allant, sans décret ;
Ce que je fus joyeux, de façon marquante !
Oserais-je cacher mon émoi délirant ?
Sans plus attendre je clamais bien haut et fort,
Ma foi ardente en l'âge neuf et apaisant...
Délices souverains, tout attendu encore !
Ce fut ardu d'abolir ma timidité,
Bien des fois, sans noble cause, je me rendis...
Au prix d'efforts incessants, sans cesse répétée,
Reconquise fut la forteresse,... puis partis
À nouveau dans les landes pleines de brouillards.
Sols marécageux, pleins de fantômes, de lutins...
Quand dans le sombre lointain, un halo, un phare,
Mirage et délire ? Non, espoir de demain !
Que dirais-je de mes inquiétudes d'hier ?
Si ce n'est qu'en temps de pluie mes peurs se mouillaient...
L'avenir auquel mes mains tendaient, tel un lierre,
S'en saisirent, j'avais espoir, mais il s'éloignait,
Fréquemment il me rappelait ma condition.
Sombrant alors dans la vallée de ténèbres,
Tel navire aux écueils, j'allais à perdition,
Avec perspective, bien des jours funèbres !
Ô mon âme ! Quand cesseras-tu de geindre,
Pourquoi regardes-tu ce qui est futile ?
Tu te tourne les sangs à toujours te plaindre,
Dans la vie il y a choses bien plus utiles !
L'esprit tendu vers autrui ne te sied-t-il pas ?
Aspire à la compassion de tes semblables,
Vers la veuve et l'orphelin, avance tes pas,
Sois sensible à ton prochain plus misérable !
Souvenirs, souvenirs, ritournelles du passé,
Plaies souvent douloureuses, parfois pugnaces,
Rappels incessants, coup de semonce racé,
Souffrances inutiles, souhaitée fugaces...
Elles me revenaient semblable aux quatre saisons,
Déroulant sans se lasser ses manteaux variés ;
Pour passer parfois de la bise à l'aquilon,
Puis venir à ceux que l'on nomme alizé !
plumedefou
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