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Sagesse orientale ( Eizo Ryokan )

le vendredi 06 octobre 2017, à 15:13. Posté par COLLECTIF (auteur : Eizo Ryokan)







    .
    J'habite une forêt profonde
    Les glycines poussent chaque année un peu plus
    Nulle préoccupation mondaine ne m'atteint
    Parfois un bûcheron chante
    Je recouds ma robe de moine au soleil
    Je lis des poèmes à la lumière de la lune
    Je voudrais dire aux hommes
    Que pour être heureux peu de choses sont nécessaires.
    *
    Au loin les montagnes; les oiseaux se reposent
    Les feuilles tombent dans le jardin silencieux
    Solitaire dans le vent d'automne,
    Un homme debout en robe noire.
    *
    C'est la fin du jour, tout est immobile
    Je ferme la porte de branchages
    Le chant des grillons s'apaise progressivement
    Les herbes et les arbres s'assombrissent
    La nuit est longue, plusieurs fois je remets de l'encens
    Le froid s'insinue et j'enfile une robe supplémentaire
    En pratiquant la méditation
    Le temps passe avec bonheur.
    *
    Les montagnes et les rivières sont mes voisins
    Les nuages voilent mon ombres sur le chemin
    Un oiseau me frôle sur le rocher
    Je traverse le village perdu dans la neige avec mes sandales de paille
    Au printemps je chemine avec ma canne dans un champ plein de soleil
    Limpide. Si on saisit sa véritable nature
    Les fleurs sont des poussières du monde.
    Souvent je monte au temple de la grande compassion
    Contempler les nuages et les brumes
    Les pins et les cyprès sont vieux de mille ans
    Un vent souffle depuis des milliers de générations.
    *
    De passage dans le temple d'Arima
    J'écoute la grêle sur les feuilles de bambous
    Dans ma maison natale, on voit peut-être aussi la lune ce soir.
    *
    Jeune, j'ai laissé mon foyer pour parcourir le pays
    M'exerçant à imiter le tigre, je ne suis même pas parvenu à imiter le chat
    Si on m'interrogeait sur ce que je pense vraiment, je dirais:
    "Je suis le même que le jeune Elzo, mais en vieux".
    *
    Plus de soixante dix ans ont passé.
    Ce que les hommes appellent le vrai et le faux ne me concerne pas
    La neige de la nuit a effacé les traces de mes pas
    Sous la fenêtre brûle l'encens.
    *
    même lorsque
    je n'ai pas eu assez à manger
    au fond de mon bol
    de soupe de riz apparaît
    mon ombre
    *
    sorti
    pour mendier mon riz
    dans la prairie printanière
    je me suis mis à cueillir des violettes
    la journée déjà se termine
    *
    si les manches de ma robe
    teinte à l'encre noire
    étaient plus larges, j'y abriterais
    le peuple de ce monde flottant
    où tout est à l'envers
    *
    ramassant du bois
    puis traversant le pont
    dans la brume du soir
    *
    l'automne se termine
    qui pourrait comprendre
    ma mélancolie
    *
    le voleur parti
    n'a oublié qu'une chose,
    la lune à la fenêtre
    *
    Le ciel pur d’automne
    Un boqueteau de vieux arbres –
    Et cette cabane !
    *
    Le ciel clair d’automne
    des milliers de moineaux –
    le bruit de leur ailes
    *
    Tendre souvenir :
    la coiffure des enfants –
    violettes en fleur
    *
    La fenêtre ouverte
    tout le passé me revient –
    bien mieux qu’un rêve !
    *
    De tous petits groupes
    de hérons passent dans le ciel –
    crépuscule d’automne
    *
    Combien sont-ils donc
    avançant en zigzaguant
    les marchands de sardine ?
    *
    Sans être poudrée -
    la blancheur de ton visage
    jeune mariée !
    *
    Brûlant du bois mort
    quand vient le soir on entend
    la pluie automnale
    *
    A l'ombre des arbres
    du mont Kugami, dans cette cabane
    j'aimerais vieillir.
    *
    Trop paresseux pour être ambitieux,
    je laisse le monde prendre soin de lui-même.
    Dix jours de riz dans mon baluchon ;
    un tas de brindille près du feu.
    Pourquoi bavarder à propos des illusions et de l'illumination ?
    Écoutant la nuit, la pluie tomber sur mon toit,
    je m'assois confortablement, mes deux jambes étendues.
    * * *
    Retournant dans mon village natal après bien des années d'absence :
    malade, je suis entré dans une auberge de campagne et ai écouté la
    pluie.
    Une robe, un bol, voilà toute ma fortune.
    J'allume l'encens et m'assois avec beaucoup de peine pour méditer ;
    derrière la fenêtre sombre, toute la nuit, il n'a cessé de bruiner -
    en moi, les souvenirs poignants de ces longues années de pèlerinage.
    * * *
    Dans ma jeunesse aspirant à devenir un saint
    j'ai délaissé mes études.
    Vivant austèrement comme un moine mendiant
    j'ai vagabondé ici et là durant maints printemps.
    Finalement je suis retourné chez moi pour m'établir sous un sommet
    rocailleux.
    Là, je vis paisiblement dans une hutte d'herbe,
    en écoutant le chant des oiseaux.
    Les nuages sont mes meilleurs voisins.
    Au-dessous de moi, coule une source d'eau pure où je vais rafraîchir
    mon corps et mon âme ;
    Juste Au-dessus, s'élèvent pins et chênes qui donnent ombrage et
    broussaille
    Libre, si libre, jour après jour -
    que je ne veux jamais partir d'ici !
    * * *
    Un simple sentier sillonnant entre dix mille arbres,
    Une vallée brumeuse cachée parmi un millier de sommets.
    Ce n'est pas encore l'automne pourtant les feuilles tombent ;
    Il ne pleut pas beaucoup, pourtant les rochers poussent sombres.
    Avec mon panier, je cueille des champignons ;
    avec mon seau, je prends de l'eau pure à la source.
    À moins que vous ne fassiez exprès de vous perdre
    vous ne pourrez jamais arriver, si loin, jusqu'ici.
    * * *
    Je monte jusqu'à la Salle de la Grande Compassion
    et contemple les nuages et la brume.
    De vieux arbres s'étirent vers le ciel,
    une brise fraîche murmure depuis dix mille générations.
    En bas, le torrent du Roi Dragon -
    Si pur que l'on peut voir jusqu'à sa source.
    Au passant je crie,
    « Viens et regarde ton reflet dans l'eau ! »
    * * *
    J'ai fait pousser autour de ma hutte
    des plantes et des fleurs.
    Maintenant, je m'en remets
    à la volonté du vent.
    * * *
    Dans mon ermitage un volume des poèmes de la Montagne Froide -
    C'est mieux que n'importe quel sutra.
    Je recopie ses vers et les envoie à mon entourage
    Savourant chacun d'eux, encore et encore.
    * * *
    La nuit, au cœur des montagnes
    Je m'assois pour méditer.
    Les affaires des hommes jamais ne m'atteignent ici :
    Tout est calme et vide,
    La nuit sans fin a avalé tout l'encens.
    Ma robe est devenue un habit de rosée.
    Ne pouvant dormir, Je marche dans les bois -
    Soudain, au-dessus du pic le plus haut, la pleine lune apparaît.
    * * *
    Dans le calme, près de la fenêtre vide
    Je m'assois correctement pour la méditation, portant ma robe de moine.
    Le nombril et le nez alignés,
    les oreilles parallèles aux épaules.
    La clarté de la lune envahit la pièce ;
    La pluie s'arrête mais l'avant-toit continue à goutter.
    Parfait est cet instant -
    Dans l'immense vide, ma compréhension s'approfondit.
    * * *
    Déchirée et en lambeaux, déchirée et en lambeaux
    déchirée et en lambeaux est cette vie.
    La nourriture ? je la mendie sur ma route.
    Les arbustes et les buissons ont depuis longtemps envahi ma hutte.
    Souvent la lune et moi, nous nous asseyons ensemble toute la nuit,
    et plus d'une fois, je me perds parmi les fleurs sauvages,
    oubliant de rentrer chez moi.
    Ne vous demandez pas pourquoi j'ai quitté la vie en communauté :
    comment un moine aussi fou pourrait-il vivre dans un temple ?
    .

    Eizo Ryokan



    https://www.youtube.com/embed/3jo5bYcxGX8
    .



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