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Gil Jouanard est un écrivain talentueux mais discret qui aime la vie et sait l'écrire avec justesse et une saine gourmandise, tendrement jubilatoire. Dans un de ses ouvrages, il décrit une découverte qu'il a faite dans le Causse Noir, situé entre le désormais célèbre Larzac et le grandiose Causse Méjean.
Une rivière, à peine plus grosse qu'un ruisseau, minuscule, infime, cachée mais qui depuis des millénaires a, patiemment, foré la roche calcaire pour creuser un tunnel dont la voûte résonne sourdement comme un brame victorieux.
Elle a longtemps serpenté dans le plateau verdoyant, pas pressée mais certaine d'arriver au bout de son voyage. Elle passe ainsi sous le pont de pierre qu'elle a elle même creusé.
Un écriteau de bois tout simple indique le nom de cette rivière : "Le Bonheur".
Alors je pose la question : " Le Bonheur, ce mot magique, ce sentiment toujours, et souvent malaisément, cherché, parfois, et même trop rarement, trouvé, ce besoin tellement déçu, cet espoir à peine entrevu, ce Grand Tout et ce petit rien, l'île inconnue à découvrir, ce rêve qu'on veut éveillé, notre aspiration incessante, l'espérance restée vivante, terrible besoin de posséder, sublime envie de s'élever, cette motivation pour vivre, dites, si le Bonheur c'était çà ?
Si c'était ce ru qui s'écoule, doucement, sans faire d'histoires, mais qui a pourtant son histoire et porte plein de faits vécus, dans les méandres du vouloir et les parfums des souvenirs. Tout comme un voyage rêvé, dont il ne restera jamais qu'un sourire tendre et tenace dans les cendres de la mémoire mais qui commande notre histoire.
Oui, si le Bonheur, c'était çà ?...
Alors j'emprunterais le pont qui le franchit, qui le surmonte, afin de pouvoir à mon tour dominer l'onde du Bonheur.
Être le Maître du Bonheur !
Mais qui donc n'en rêverait pas ?
Si j'avais cette chance inouïe de voir le Bonheur à mes pieds couler comme l'onde qui va, tranquille dans sa petitesse mais dans sa certitude aussi.
Alors j'emprunterais le pont qui passe et permet de poursuivre son dur chemin, avec en moi le souvenir du Bonheur que j'aurais vu, compris, connu.
Afin de pouvoir à mon tour m'en affranchir, non sans regret mais sans souffrance.
Car j'aurais gardé du Bonheur un sentiment de plénitude qui me resterait pour la vie.
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