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LE TEMPS PERDU
C'est drôle ce qu'elle a changé
S'exclame l'amoureux un terne soir
Dans quel tiroir m’a-t-elle rangé
Au fond de son coeur ou de sa mémoire
A sa vue elle détourne le visage
Et son dos lui s'offre porte close
L'ignoré passe taisant sa rage
Et tente de penser à autre chose
Bête il crut à une coïncidence
Mais le geste se répéta maintes fois
Et fit naître l'atroce souffrance
Qui ébranle son espoir et sa foi
Une nuit il s'apprêtait à dormir
Quand lui vint l'idée de se venger
Et s'accentua alors son désir
Comment à cela n'ai-je pas songé
Il décida d'agir le lendemain
Il refera le long chemin du passé
Il n'oubliera pas son grand couffin
Il y mettra ce qu'il doit ramasser
Il se jura d'inspecter tous les coins
Où il s'est généreusement offert
Il raflera les joies et les chagrin
Pour apaiser son mal et le taire
Ce fut le dernier mot prononcé
Qu'il retrouva dès sa reculade
Il l'arracha alors de sa pensée
L'ayant jugé insensé et fade
Il le fourra au fond de son couffin
L'observa un moment se débattre
Mais en vain toute chose a sa fin
Même celle dure à combattre
Le moment de l'émotion vite passé
Il continua sans tarder son chemin
Tant de traces restent à effacer
Si près de lui et encore plus loin
Tiens, tiens! Voici quelques sourires
Qui de ses tréfonds s'étaient détachés
Il pensa qu'ils allaient s'en réjouir
Mais le voyant coururent se cacher
Dans un terrier ils disparurent
Il s'assit là guettant leur sortir
Le trou était étroit et obscur
Etouffés vite ils se rendirent
Il les mit dans son sac en constatant
Qu'un sourire s'envolait sans retour
Il le vit s'en aller des ailes battant
Ce fut le premier qu'enfanta son amour
Il s'enfonça encore dans son passé
Ramassa ça et là quelques regards
Il les surprit lorgner qui les chassait
Et dresser pour les éloigner un rempart
Il s'empara des larmes déversées
Qui abîmaient la nuit son oreiller
Qui de ses profondeurs jaillissaient
Qui de son sommeil le réveillaient
Enfin tout fut tassé dans le couffin
Et s'approcha la fin de l'aventure
Je détiens en main mon destin
Dit l'amoureux fier de sa capture
Il est temps que j'absorbe mes larmes
Qu'elles regagnent les cellules mères
Qu'elles refaçonnent vite mon charme
Qu'elles aplatissent les rides de ma chair
Il est temps que je noie mes sourires
Qu'ils s'enlisent au fond de mes remords
Qu'ils ne peuplent plus mes souvenirs
Qu'ils ne s'esquissent qu'aux vraies aurores
Et j'espère rêva-t-il attirer
Vers mon esprit les mots à tort sortis
Ecoutés mais jugés démesurés
Que je regrette qu'ils soient partis!
L'amoureux s'apprêtait à en finir
Comptant redevenir l'homme d'antan
Intègre et défiant les désirs
Et que n'appâtait guère l'excitant
Mais la Mort surgit et le prit à part
Lui rappela l'heure de trépasser
Prépare-toi il fait déjà tard
La vie d'ici bas tu l'a traversée
Il n'osa la regarder en face
Il suivait désespérément des yeux
Les gibiers de sa lassante chasse
Le fuir sans crainte vers d'autres lieux
Qui se coller aux charmes attrayants
De sa chère bien-aimée d'hier
Qui leurrer le visage flamboyant
Qui pleurer son mal et sa misère
Qui fouiner sous d'intimes chemises
Et s'amuser à caresser les ventres
Des femmes à leurs portes assises
Miroitant la tendre chair à vendre
Qui courir follement dans tous les sens
Pour s’emparer de l’insaisissable
Qui vanter sa belle existence
Sans trop penser à l'inévitable
Allons ami c'est l'heure de ta fin
Annonça la bête effroyable
Tu vois bien que rien n'est certain
Ici bas et rien n'est durable
O faucheuse se plaignit l'amoureux
Tu aurais dû d'abord me prévenir
Sache que mes jours furent malheureux
Et je n'ai pas vécu mon avenir
Mais tu l'a gaspillé dans ton passé
Répondit la bête d'un air moqueur
De toi la vie s'est déjà lassée
Viens que je désamorce ton coeur.
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