Les fruits de la nuit

 

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Le temps perdu

le vendredi 20 mai 2005, à 18:56. Posté par Bachir




    LE TEMPS PERDU


    C'est drôle ce qu'elle a changé
    S'exclame l'amoureux un terne soir
    Dans quel tiroir m’a-t-elle rangé
    Au fond de son coeur ou de sa mémoire

    A sa vue elle détourne le visage
    Et son dos lui s'offre porte close
    L'ignoré passe taisant sa rage
    Et tente de penser à autre chose

    Bête il crut à une coïncidence
    Mais le geste se répéta maintes fois
    Et fit naître l'atroce souffrance
    Qui ébranle son espoir et sa foi

    Une nuit il s'apprêtait à dormir
    Quand lui vint l'idée de se venger
    Et s'accentua alors son désir
    Comment à cela n'ai-je pas songé

    Il décida d'agir le lendemain
    Il refera le long chemin du passé
    Il n'oubliera pas son grand couffin
    Il y mettra ce qu'il doit ramasser



    Il se jura d'inspecter tous les coins
    Où il s'est généreusement offert
    Il raflera les joies et les chagrin
    Pour apaiser son mal et le taire

    Ce fut le dernier mot prononcé
    Qu'il retrouva dès sa reculade
    Il l'arracha alors de sa pensée
    L'ayant jugé insensé et fade

    Il le fourra au fond de son couffin
    L'observa un moment se débattre
    Mais en vain toute chose a sa fin
    Même celle dure à combattre

    Le moment de l'émotion vite passé
    Il continua sans tarder son chemin
    Tant de traces restent à effacer
    Si près de lui et encore plus loin

    Tiens, tiens! Voici quelques sourires
    Qui de ses tréfonds s'étaient détachés
    Il pensa qu'ils allaient s'en réjouir
    Mais le voyant coururent se cacher

    Dans un terrier ils disparurent
    Il s'assit là guettant leur sortir
    Le trou était étroit et obscur
    Etouffés vite ils se rendirent

    Il les mit dans son sac en constatant
    Qu'un sourire s'envolait sans retour
    Il le vit s'en aller des ailes battant
    Ce fut le premier qu'enfanta son amour

    Il s'enfonça encore dans son passé
    Ramassa ça et là quelques regards
    Il les surprit lorgner qui les chassait
    Et dresser pour les éloigner un rempart

    Il s'empara des larmes déversées
    Qui abîmaient la nuit son oreiller
    Qui de ses profondeurs jaillissaient
    Qui de son sommeil le réveillaient

    Enfin tout fut tassé dans le couffin
    Et s'approcha la fin de l'aventure
    Je détiens en main mon destin
    Dit l'amoureux fier de sa capture

    Il est temps que j'absorbe mes larmes
    Qu'elles regagnent les cellules mères
    Qu'elles refaçonnent vite mon charme
    Qu'elles aplatissent les rides de ma chair

    Il est temps que je noie mes sourires
    Qu'ils s'enlisent au fond de mes remords
    Qu'ils ne peuplent plus mes souvenirs
    Qu'ils ne s'esquissent qu'aux vraies aurores

    Et j'espère rêva-t-il attirer
    Vers mon esprit les mots à tort sortis
    Ecoutés mais jugés démesurés
    Que je regrette qu'ils soient partis!

    L'amoureux s'apprêtait à en finir
    Comptant redevenir l'homme d'antan
    Intègre et défiant les désirs
    Et que n'appâtait guère l'excitant

    Mais la Mort surgit et le prit à part
    Lui rappela l'heure de trépasser
    Prépare-toi il fait déjà tard
    La vie d'ici bas tu l'a traversée

    Il n'osa la regarder en face
    Il suivait désespérément des yeux
    Les gibiers de sa lassante chasse
    Le fuir sans crainte vers d'autres lieux

    Qui se coller aux charmes attrayants
    De sa chère bien-aimée d'hier
    Qui leurrer le visage flamboyant
    Qui pleurer son mal et sa misère

    Qui fouiner sous d'intimes chemises
    Et s'amuser à caresser les ventres
    Des femmes à leurs portes assises
    Miroitant la tendre chair à vendre

    Qui courir follement dans tous les sens
    Pour s’emparer de l’insaisissable
    Qui vanter sa belle existence
    Sans trop penser à l'inévitable

    Allons ami c'est l'heure de ta fin
    Annonça la bête effroyable
    Tu vois bien que rien n'est certain
    Ici bas et rien n'est durable

    O faucheuse se plaignit l'amoureux
    Tu aurais dû d'abord me prévenir
    Sache que mes jours furent malheureux
    Et je n'ai pas vécu mon avenir

    Mais tu l'a gaspillé dans ton passé
    Répondit la bête d'un air moqueur
    De toi la vie s'est déjà lassée
    Viens que je désamorce ton coeur.

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