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Je suis celui qui fuit
Sa propre certitude
A moi-même pour autant
Si parfaitement semblable
Fragile
Plus que fragile même
Comme s’il ne fallait rien
Juste le vent plus fort plus fou
Et que les courants s’en mêlent
Et puis la pluie aussi
Fragile
A ce point que le mot même
Ne suffit à le dire
Fragile à ne plus être
Que l’émotion faite chair
A ce point-là fragile
Fragile à s’en évanouir
A s’en évaporer
A s’en dissoudre
Finir sucre en poudre
Se réveiller vapeur un matin
Et puis plus rien
L’idée du nuage ou bien encore moins
Le dessin laissé dans l’air
Par un fantôme Gauguin
Ce n’est rien dire fragile
Il faudrait dire défait
Décomposé
Désenvisagé
Et comme l’ombre de l’ombre d’exister
Il faudrait dire abstrait
A la tempera
A la craie
Comme un oubli
Comme un ouï dire
Comme une avarie d’être humain
Même si le corps encore se cabre
Dressé de désirs
Emoustillé d’envies
Tout à vif d’amour
Fragile
Rien que le mot vous dit déjà
Le degré de dégâts
Fragile
C’est être fait de sable inutile
De défaites faciles
Fabriqué dans la fébrilité
Comme ces dentelles de soie
Décousues par l’usure
Comme le réseau bleui des veines
Que l’on dirait sans vie
Comme ces Matisse de rides
Que compose le temps
Sur le visage des très vieux
Comme ces toiles qu’à l’araignée
La pauvre
Le vent sans cesse arrache
A mesure qu’elle tisse
Je suis entré dans l’âge
Des décès probants
Et je voudrais ne plus vivre ma vie
Que comme un oiseau se pose
Au-dessus d’un volcan mort
Sète, 28-29-30 octobre 2017
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