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Lettres imaginaires (repost)

le mercredi 15 novembre 2017, à 19:25. Posté par Philip de Berg


    Il s'agit bien de lettres imaginaires, puisque je m'étais imaginé donner une réplique épistolaire à George Sand, me substituant à ce qu'avait pu lui répondre Alfred de Musset (en tout immodestie, bien sûr !!!!)

    George Sand : (domaine de Nohant)
    Mais quand tu seras seul, quand tu auras besoin de prier et de pleurer, tu penseras à moi, à ton vrai camarade, à ton infirmière, à ton amie, à quelque chose de mieux que tout cela ; car le sentiment qui nous unit s'est formé de tant de choses, qu'il ne peut se comparer à aucun autre.
    Le monde n'y comprendra jamais rien, tant mieux.

    Philip de Berg :
    Ô, vous mon cher Ange, dans mes cieux blafards,
    Lorsque se fracasse dans un flot de larmes,
    Mon horizon fiévreux sous un soleil sans fard,
    Vous êtes loin de moi et de mes vacarmes,
    Mais mon cœur languissant sera là, à prier,
    Humblement à genoux, à ne jamais mourir,
    Et reprendre la mer comme un si fier voilier,
    Sur vos doux océans, pour toujours vous chérir.
    Mon cœur n’est que regrets……

    George Sand :
    Mais ton cœur, mais ton bon cœur, ne le tue pas, je t'en prie. Qu'il se mette tout entier ou en partie dans tous les amours de ta vie, mais qu'il y joue toujours son rôle noble, afin qu'un jour tu puisses regarder en arrière et dire comme moi, j'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois mais j'ai aimé.

    Philip de Berg :
    Ô, vous ma chère âme, ces jours que j’ai vécus
    N’eussent été que du vent qui se lamente en vain
    Comme erre l‘orphelin que l’enfance a vaincu.
    Mon cœur est bien vivant, il bat au lendemain
    Fragile et suspicieux, enseveli de nuit
    Sous son linceul étroit qui ravine nos vies,
    Rogue et lapideux quand reviennent les pluies
    Sauvages que nos yeux ont pris pour hérésie.
    Oui mon cœur est bien là. Au rythme adamantin
    Il mesure mes pas qui se figent en mourant,
    Au pied des grands miroirs aux fastes byzantins.
    Ne souffrez plus mon cœur, votre âme est un diamant.
    Mais mon cœur n’est que regrets……

    George Sand :
    C'est moi qui ai vécu et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui.
    J'ai essayé ce rôle dans les instants de solitude et de dégoût, mais c'était pour me consoler d'être seul, et quand j'étais deux, je m'abandonnais comme un enfant, je redevenais bête et bon comme l'amour veut qu'on soit.

    Philip de Berg :
    Mais, de cet abandon, j’y trouvais la grâce
    De ces instants défunts qui murmuraient pourtant
    Que les soirs sont lassés du chant des audaces
    A jamais retenues comme un fruit luxuriant.
    Que ma bonté, enfin, là s’étende à vos pieds,
    Comme un tapis d’orgueil terni par les serments,
    Sans plus jamais pleurer les sinueux sentiers,
    Qui conduisaient vos pas en sourds accablements.
    Mon cœur n’est que regrets……

    Georges Sand :
    Qu'allons-nous devenir? Il faudrait que l'un de nous eût de la force, soit pour aimer, soit pour guérir, et ne t'abuse, nous n'avons ni l'une ni l'autre, et pas plus l'un que l'autre.

    Philip de Berg : (au château de Lanzais)
    De nos chaos roussis ou de nos ivresses,
    Nous étions titubants, à relever l’espoir
    De lendemains fuyards transis de tendresse,
    Priant à en crever en repoussant le soir.
    Mais la force d’aimer, plus forte que le Temps,
    D’un souverain exil, nourrira nos dépits
    Et sans outrepasser nos sourds pressentiments,
    Redonnera aux cieux leurs splendeurs abolies.
    Mais mon cœur n’est que regrets……

    George Sand :
    Voilà pourquoi je crois en toi et te défendrai contre le monde entier jusqu’à ce que je crève. Maintenant, qui voudra peut me maltraiter, me déchirer, je puis souffrir, je sais que tu existes.

    Philip de Berg :
    Mais si j’existe encore, où suis-je dans ta nuit ?
    Dans un noir corridor, comme une ombre oubliée ?
    Ou bien près du Néant, aux portes de l’Ennui ?
    Pourtant je suis debout, en astre familier
    Qui attend de mourir à l’aurore attendrie
    Quand bien, les pluies d’hiver cesseront de pleurer,
    Quand renaîtront enfin nos tendres griseries,
    Dans ces printemps soyeux qu’on ne peut abjurer.
    Mon cœur est noyé de regrets……
    ...........................................................................................
    La nuit est tombée, le poète s’est assoupi. Sa fièvre l’a vaincu le temps d’une pâmoison. Aux premières heures de l’aube, gardera-t-il le souvenir de ce qui ne fut peut-être qu’un rêve ?
    La scène est plongée dans le noir. Puis, imperceptiblement se dresse une autre silhouette, soupirante, à peine éclairée par la lumière tremblotante d’une chandelle. Dans la nuit, le poète s’est mis à écrire. Il voulait rajouter une dernière scène à ses « Caprices de Marianne ». Mais il couche sur la feuille quelques vers, pour un Après qui viendra un jour. Alfred de Musset écrit :
    « Rappelle-toi, quand sous la froide terre
    Mon coeur brisé pour toujours dormira;
    Rappelle-toi, quand la fleur solitaire
    Sur mon tombeau doucement s'ouvrira.
    Je ne te verrai plus ; mais mon âme immortelle
    Reviendra près de toi comme une soeur fidèle.
    Écoute, dans la nuit,
    Une voix qui gémit :
    Rappelle-toi. » (Alfred de Musset).

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commentaires ( 12 ) (Ajouter un commentaire)
Rêveuse le mercredi 15 novembre 2017, à 20:36
A mon tour de découvrir vos écrits, Philip, et de vous dire que j'ai beaucoup aimé ma lecture et que je reviendrai m'y plonger très vite ! C'est si bien écrit, romantique comme j'aime, alors un immense merci pour m'avoir permis de découvrir votre correspondance!
avec amitiés belle soirée!

joey de provence le jeudi 16 novembre 2017, à 06:36
coucou Philip j'adore vous lire et j'imagine bien la scène , que d'amour dans ce texte merci encore de nous le faire partager , amicalement Joey ! ps jamais j'écrirais comme ça , mais c'est pas trop mon style , si encore j'en ai un ) ! amicalement Joey !

Philip (Jardin de Lune) le jeudi 16 novembre 2017, à 08:28
Pour REVEUSE :
Bonjour Rêveuse. Et mille merci d'être passé me lire. Oui, une partie de mon "style" poétique, quand ce ne sont pas des poèmes chargés de spleen, un peu sombres, sont de facture romantique.
Dans notre monde bien gris, le romantisme a encore sa place, même s'il peut apparaître un peu décalé.
Tiens, tu me donnes l'idée d'écrire d'autres correspondances imaginaires....romantiques cela va de soi ! Encore merci d'avoir aimé mes vers.
A bientôt. Amitiés et belle journée. Philip

Pour JOEY :
Hello Joey ! Ah, je croule encore sous tes sympathiques compliments. Comme je l'ai écrit à Rêveuse, ci-dessus, l'écriture romantique (trop exagérée ????) est une des facettes de ma poésie que j'aime bien.
Hey, ce que je vais te dire, en te grondant amicalement n'a rien de romantique : mais je m'en fous que tu n'écrives pas comme moi, hi, hi, hi !
Tu le vois bien avec les autres ami(e)s du site : quels que soient nos écrits, l'essentiel c'est le plaisir du partage avec quelques mots sympas sur le sujet.
T'occupes pas de te définir un style.
A bientôt, Joey. Belle journée. Amicalement. Philip.

taia le jeudi 16 novembre 2017, à 14:15
Bonjour Philip! Vous avez bien fait à reproposer ce poème, afin que les nouveaux arrivés puissent l'apprécier. Je partage de bon gré cette correspondance; moi aussi je parle aux "défunts", desquels je suis heureuse pouvoir apprendre sans cesse. Merci et bonne inspiration .taïa

Philip (Jardin de Lune) le vendredi 17 novembre 2017, à 07:42
Pour TAIA :
Bonjour Taia, merci d'être passée me lire de nouveau.
C'est un exercice toujours intéressant d'essayer de deviner ce que pensaient les figures littéraires disparues.
Même si l'on a de grandes chances d'être dans l'erreur, ce que l'on sait d'elles par leurs oeuvres, leurs mots, leurs styles, nous permettent de rêver un peu. Amitiés et belle journée à toi, Taia. Philip

Susan (Coquelicot ) le vendredi 17 novembre 2017, à 07:44
Merci Philip pour cette jolie correspondance, je m’en souvenais, et ce fût un vrai plaisir de la relire …
Bisous. Susan

Isabelle le vendredi 17 novembre 2017, à 23:44
Bonsoir Philip,

Je découvre cette jolie lettre, quel bonheur à lire, merci de l'avoir partager! Bravo

Belle soirée & Beau w-end
Amitiés
Isabelle :-)


Philip (Jardin de Lune) le samedi 18 novembre 2017, à 14:44
Pour SUSAN :
Ah, oui, c'est joli à lire...je l'admet immodestement....mais ici, George Sand avait déjà fait la moitié du boulot ! Ses mots sont beaucoup plus puissants.
Bisous. Philip

Pour ISABELLE :
Merci d'être passée, et d'avoir de nouveau aimé mon écrit.
Joli, oui, car c'est de facture romantique (on aime ou on n'aime pas le genre, mais ici, le choix de style est assumé).
Avec toutes mes amitiés. Philip.

Debbie le jeudi 22 février 2018, à 10:42
Bonjour Philip, ah quel plaisir de lire tes répliques à George Sand. C'est très bien écrit J'adore les lettres poétiques! Mais si je peux me permettre une petite remarque, de ce que que j'ai vu de ta plume je pense que tu aurais pu pousser l'émotion encore un peu plus loin et aller chercher plus profondément en toi ce feu cet émotion qui aurait alors frôlé la perfection. Mais ceci dit ça reste déjà des écrits fabuleux mais c'est peut-être mon esprit romantique qui aurait voulue en lire plus *sourire*
Belle journée
Amitié
Debbie

Philip (Jardin de Lune) le jeudi 22 février 2018, à 11:23
Pour DEBBIE :
Oh merci d'avoir feuilleté mes pages de poésie et de t'être arrêté sur cet exercice de style.
Ah, eh bien dis donc tu me demandes des prouesses romantiques (sourire !) ! Ben tu sais, je trouve ma partie suffisamment romantique ! Je me souviens, je m'étais mis en condition, hhhh !
En voyant hier l'affiche d'une pièce intitulée "les amants de Rohant" jouée au Théâtre du Ranelagh à Paris, j'ai eu l'idée de compléter un peu l'idylle de Georges Sand (mais avec Frédéric Chopin cette fois !!)
Le poème est en cours d'écriture.
Merci encore de ta fidélité à me lire.
Avec toute mon amitié ! Philip

Debbie le jeudi 22 février 2018, à 14:34
J'ai bien hâte de lire ce petit nouveau pas encore terminé!
Bonne journée
Amitié
Debbie

Philip (Jardin de Lune) le vendredi 23 février 2018, à 06:41
Pour DEBBIE :
Ca vient, ça vient ! Il est presque terminé.
Hey, c'est qu'il me faut imaginer les amours (tumultueuses ???) de George Sand et Chopin.
Je l'avais déjà fait avec Sand et Musset, hhhh !
Belle journée à toi, Debbie.
Amitiés. Philip

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