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La nuit porte conseil... (nouvelle)

le lundi 01 mars 2004, à 12:38. Posté par Michel (auteur : Michel Liotard)


    Je sors. Et m'évade de moi, et je m'oublie et me déserte, et ne laisse sur place qu'un être indifférent.
    Je sors et m'en vais promener parmi l'innommable, mêlé à tout, libéré des liens imputrescibles, errant comme un fantôme heureux de ne plus être, libre d'aller partout et de tout pénétrer, du plus obscur mystère aux choses les plus simples.

    Et je m'en vais chercher la vie au-delà de la mort, là où nul n'ose aller, là où nul jamais n'a cherché.

    Libre d'aller partout et de tout pénétrer, comme un furieux fou que nul obstacle arrête, comme une symphonie qui gonfle mes poumons.

    Et je sais, et je sais, et je sais, et je sais, que si je fais un pas de plus je serai seul pour toujours !

    Musique ! Seule, vraie, véritable puissance ! Bien au-dessus de dieu et de toute invention. Musique congénitale, viscérale et intouchable, impénétrable force et divine jouissance !

    Ah ! quel désir immense qui m'étreint à présent, que celui d'être seul, puisqu'on ne peut que l'être. Que celui d'être seul, enfin, et de mourir pour vivre.
    S'éteindre doucement en d'infinies caresses, tandis que puissamment s'exhalera le jour, couvrant de sa splendeur, comme des ailes immenses, les manigances obscures, mortellement blessées.

    De la nocivité des brumes asphyxiantes, des contraintes des chefs, vrais prédateurs bidons, de la publicité qui tue la liberté, et de la vulnérabilité du tout puissant profit, qui salit la lumière, et qui nous intoxique, et trouve le salut dans la prostitution.

    Ah ! Tout cela s'écroule et devient insalubre !

    Ils sont là, les soldats de la révolution, et ils n'ont d'autres armes que leurs coeurs, et ce gigantesque et profond et indestructible sentiment !

    Ah ! Je m'écroule d'un rire frénétique.
    Je suis venu au monde avec ce sentiment bien au chaud, dans mes tripes.
    Voilà. C'est tout ce que je possédais, mais c'est cela que je voulais offrir.

    Ah ! Je m'éclate d'un rire frénétique.
    Tout est bien ici, parmi les restes fumants de l'oppressant passé au ventre éclaté.
    Il n'y a plus de fantôme, plus rien n'est translucide.
    Musique-liberté, ton jour de gloire est arrivé !

    Je ne vois que le soleil qui poudroie, et l'herbe qui verdoie, et le bonheur qui arrive au galop.
    A bientôt, hommes libres, tout est bien qui commence bien.
    Moi, je m'en vais encore un peu marcher, encore un peu chercher celle que je cherche et que je dois trouver, celle qui me cherche et qui doit me trouver.
    Et nous allons nous rencontrer.
    Et nous serons invulnérables.
    Comme la musique.

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