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Matin du premier avril 2016 à Ploufragan

le lundi 27 novembre 2017, à 23:35. Posté par René


    Dans le jour qui cherche à paraître
    Je vois à travers la fenêtre
    Avril qui vient de commencer.
    Tandis que l'ombre se débine
    J'adresse au jour qui se devine
    Un clin d'oeil à peine éveillé.

    Il est cinq heures. Moi non plus
    Comme dans la chanson n'ai plus
    Sommeil et surtout pas envie
    De rester au lit solitaire.
    Je me lève en célibataire
    Qui fait ce qu'il veut de sa vie.

    Avant même de me doucher,
    De préparer mon déjeuner
    Je veux en parfait gestionnaire
    Jeter un oeil intéressé
    Sur l'îlot de tranquillité
    M'acceptant comme locataire.

    Une lumière juste en face
    S'allume, s'éteint et puis passe
    Comme une étoile qui s'enfuit.
    Un simple vélo qui détale.
    En écho voici que s'installe
    Une lampe éclairant la nuit.

    Je compte les automobiles.
    Elles sont toujours immobiles.
    Rien n'a bougé pendant la nuit.
    Des grandes barres les façades
    Me semblent pourtant moins maussades.
    Quelque chose change aujourd'hui.

    Je sens que s'apprête le temps,
    Grand nettoyage de printemps,
    A mieux colorer l'heure vive.
    Les premiers rayons du levant,
    Pourchassant un nuage blanc,
    S'emploient à faire la lessive.

    Et puisque l'ombre se renvoile,*
    Et qu'un mois nouveau se dévoile,
    Je me penche sur le jardin.
    Jardin public où vers neuf heures,
    Les bambins, quittant leurs demeures,
    Vivront dans leur monde enfantin.

    Il a plu cette nuit encore.
    Les flaques que le soleil dore
    Sont des miroirs à supprimer.
    Le bel avril, tout frais, tout neuf,
    Dit à mon coeur trop longtemps veuf :
    "Allez, il faut te secouer !"
    .
    Les arbres s'ébrouent gentiment.
    Du lampadaire un goéland
    Surveille la gent emplumée.
    Se prend-t-il pour un policier
    Dans son habit gris d'officier
    Ou guette-t-il sa bien-aimée ?

    Il a perlé sur mon balcon.
    Le ciel me donne la leçon :
    Après la peine le sourire.
    Ô Nuit, tu peux bien t'en aller !
    Ce jour qui vient de commencer,
    Je sais déjà ce qu'il va dire.

    Les rêves que tu viens d'avoir
    Sont à reléguer au tiroir
    Des souhaits irréalisables.
    Mais il t'offre plus fort encor,
    Le seul, l'unique et doux trésor,
    A tout jamais impérissable.

    Tout passe, lasse, recommence,
    Tout s'arrête. Le ciel immense
    Semble, seul, n'avoir pas de fin.
    Mais ce fardeau que chacun porte,
    Utilise-le, fais en sorte
    Qu'il puisse servir ton destin.

    C'est la sympathique clarté,
    Toute en douceur, sérénité,
    De ce petit coin de province.
    D'autres diront je ne sais quoi,
    Mais depuis ce balcon, chez moi,
    Je me sens heureux comme un prince.

    Je sais bien que dans la journée
    La trêve sera terminée :
    Le silence va s'endormir.
    Il y aura des cris, des rires,
    Des désaccords et des délires,
    Mais c'est plus vivant qu'un soupir.

    Deux lueurs là-bas, tour à tour.
    Tout près cet arbre à contre-jour
    Accueille une nouvelle feuille.
    Il sait que bientôt, rajeuni,
    Il entendra chanter son nid
    Aux brindilles qu'un merle cueille.

    De cette douceur apaisante,
    Cette sérénité touchante,
    J'ignore ce que vous pensez,
    Mais le vent balançant la branche
    Berce aussi l'oiseau qui s'épanche,
    Clame son bonheur d'exister.

    Combien ces immeubles banaux
    Ont-ils abrité de berceaux?
    Ils sont imprégnés d'âme humaine.
    Soyez rassurés braves gens,
    Pas un ghetto ces bâtiments,
    Tranquilles dimanche et semaine.

    Le grand goéland, élégant,
    Reste immobile et vigilant,
    Surveille toujours la chaussée.
    C'est qu'il prend son rôle au sérieux
    Moi je le trouve merveilleux.
    Salut à la maréchaussée !

    Ne cherchez pas c'est inutile,
    Un poisson d'avril qui rutile,
    Même si c'est un vendredi.
    Non pas de piège en ce poème,
    Je vous l'assure, je vous aime,
    Gens de Ploufragan, gens d'ici.

    Seul désormais, pauvre, vieilli,
    Je n'ai pas choisi d'être ici,
    Trompé par l'amour que je donne.
    C'est bien de ne pas m'écrouler,
    De ne pas haïr ni pleurer.
    C'est bien surtout que je pardonne.

    Après la peine le bonheur.
    C'est aussi le printemps du coeur.
    Dame Nature est réveillée.
    Je peux aimer et être aimé.
    L'amour me sera redonné.
    Je trouverai ma bien-aimée.

    Alors si l'Amour nous rassemble,
    Oui, nous serons heureux ensemble.

    * Un mot que j'invente car il exprime exactement ce que je pense.



















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commentaire ( 1 ) (Ajouter un commentaire)
Micheline1940 le mardi 28 novembre 2017, à 14:24
Cher René,
Je suis passée vous voir dans votre précédent texte " À l'Amour ", et vous y ai laissé un commentaire qu'il me plairait que vous survoliez, afin de me donner une seule réponse...qui me ferait tant plaisir !
Ce poème d'Avril, est bien beau lui aussi, laissant apercevoir de l'amour, la fine délicatesse du sentiment, la pure essence du don de soi, et l'émerveillement qu'engendre l'émotion d'amour qui nous prend tout entier, et pour lequel, mourir ne serait rien, sinon de partir ensemble !!!
Vous répéter que j'attends votre visite sur mes textes comme aussi sur mes commentaires, serait pure folie ! Mais j'insiste !
Bonne journée à vous, cher ami, et veuillez trouver ici, malgré mon improbable et inconcevable exigence, toute mon infinie amitié !
Micheline.

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