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Dans le jour qui cherche à paraître
Je vois à travers la fenêtre
Avril qui vient de commencer.
Tandis que l'ombre se débine
J'adresse au jour qui se devine
Un clin d'oeil à peine éveillé.
Il est cinq heures. Moi non plus
Comme dans la chanson n'ai plus
Sommeil et surtout pas envie
De rester au lit solitaire.
Je me lève en célibataire
Qui fait ce qu'il veut de sa vie.
Avant même de me doucher,
De préparer mon déjeuner
Je veux en parfait gestionnaire
Jeter un oeil intéressé
Sur l'îlot de tranquillité
M'acceptant comme locataire.
Une lumière juste en face
S'allume, s'éteint et puis passe
Comme une étoile qui s'enfuit.
Un simple vélo qui détale.
En écho voici que s'installe
Une lampe éclairant la nuit.
Je compte les automobiles.
Elles sont toujours immobiles.
Rien n'a bougé pendant la nuit.
Des grandes barres les façades
Me semblent pourtant moins maussades.
Quelque chose change aujourd'hui.
Je sens que s'apprête le temps,
Grand nettoyage de printemps,
A mieux colorer l'heure vive.
Les premiers rayons du levant,
Pourchassant un nuage blanc,
S'emploient à faire la lessive.
Et puisque l'ombre se renvoile,*
Et qu'un mois nouveau se dévoile,
Je me penche sur le jardin.
Jardin public où vers neuf heures,
Les bambins, quittant leurs demeures,
Vivront dans leur monde enfantin.
Il a plu cette nuit encore.
Les flaques que le soleil dore
Sont des miroirs à supprimer.
Le bel avril, tout frais, tout neuf,
Dit à mon coeur trop longtemps veuf :
"Allez, il faut te secouer !"
.
Les arbres s'ébrouent gentiment.
Du lampadaire un goéland
Surveille la gent emplumée.
Se prend-t-il pour un policier
Dans son habit gris d'officier
Ou guette-t-il sa bien-aimée ?
Il a perlé sur mon balcon.
Le ciel me donne la leçon :
Après la peine le sourire.
Ô Nuit, tu peux bien t'en aller !
Ce jour qui vient de commencer,
Je sais déjà ce qu'il va dire.
Les rêves que tu viens d'avoir
Sont à reléguer au tiroir
Des souhaits irréalisables.
Mais il t'offre plus fort encor,
Le seul, l'unique et doux trésor,
A tout jamais impérissable.
Tout passe, lasse, recommence,
Tout s'arrête. Le ciel immense
Semble, seul, n'avoir pas de fin.
Mais ce fardeau que chacun porte,
Utilise-le, fais en sorte
Qu'il puisse servir ton destin.
C'est la sympathique clarté,
Toute en douceur, sérénité,
De ce petit coin de province.
D'autres diront je ne sais quoi,
Mais depuis ce balcon, chez moi,
Je me sens heureux comme un prince.
Je sais bien que dans la journée
La trêve sera terminée :
Le silence va s'endormir.
Il y aura des cris, des rires,
Des désaccords et des délires,
Mais c'est plus vivant qu'un soupir.
Deux lueurs là-bas, tour à tour.
Tout près cet arbre à contre-jour
Accueille une nouvelle feuille.
Il sait que bientôt, rajeuni,
Il entendra chanter son nid
Aux brindilles qu'un merle cueille.
De cette douceur apaisante,
Cette sérénité touchante,
J'ignore ce que vous pensez,
Mais le vent balançant la branche
Berce aussi l'oiseau qui s'épanche,
Clame son bonheur d'exister.
Combien ces immeubles banaux
Ont-ils abrité de berceaux?
Ils sont imprégnés d'âme humaine.
Soyez rassurés braves gens,
Pas un ghetto ces bâtiments,
Tranquilles dimanche et semaine.
Le grand goéland, élégant,
Reste immobile et vigilant,
Surveille toujours la chaussée.
C'est qu'il prend son rôle au sérieux
Moi je le trouve merveilleux.
Salut à la maréchaussée !
Ne cherchez pas c'est inutile,
Un poisson d'avril qui rutile,
Même si c'est un vendredi.
Non pas de piège en ce poème,
Je vous l'assure, je vous aime,
Gens de Ploufragan, gens d'ici.
Seul désormais, pauvre, vieilli,
Je n'ai pas choisi d'être ici,
Trompé par l'amour que je donne.
C'est bien de ne pas m'écrouler,
De ne pas haïr ni pleurer.
C'est bien surtout que je pardonne.
Après la peine le bonheur.
C'est aussi le printemps du coeur.
Dame Nature est réveillée.
Je peux aimer et être aimé.
L'amour me sera redonné.
Je trouverai ma bien-aimée.
Alors si l'Amour nous rassemble,
Oui, nous serons heureux ensemble.
* Un mot que j'invente car il exprime exactement ce que je pense.
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