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S'il est un Gascon fort célèbre
C'est bien sur monsieur D'Artagnan
S'il en est un dans les ténèbres
C'est Fallières assurément
Si l'un avait pour mousquetaires
Athos, Porthos et Aramis
L'autre avait dans ses ministères
Clémenceau, Bruant et Monis
Au fin fond du Lot-et-Garonne
En la commune de Mézin
Dans les derniers jours de l'automne
De mil huit cent quarante et un
Dans la forge de son grand-père
Accolée à la cathédrale
Naît le petit Armand Fallières
Entre un curé et un cheval
Son père arpenteur-géomètre
Veut que son fils soit avocat
Armand met vingt-cinq ans à l'être
Son père en trépasse de joie
Armand a deux charmants enfants
Nés de sa femme Brisson Jeanne
Elle-même fille de Jean
Et de Dame Durban Suzanne
Le jeune avocat à Nérac
[Le chef-lieu de canton local]
Laisse tomber son havresac
Pour le Conseil municipal
L'année suivante il est le maire
Puis le Conseiller général
Voilà d'une façon sommaire
Ce qu'est un ascenseur social
Bientôt il devient député
Puis jeune secrétaire d'Etat
Lors, ministre il est appelé
Dans l'équipe de Gambetta
À la Justice, à l'Intérieur
Aussi à l'Instruction publique
Armand est un bon serviteur
De la troisième République
Par Jules Grévy, réclamé
En mil huit cent quatre-vingt-trois
Président du Conseil il est
Vingt jours seulement, puis s'en va
Après Grévy, un intermède
De quatre présidents s'enchaîne
Et enfin Armand leur succède
Pour une ère républicaine
Nous sommes en mil neuf cent-six
Armand a soixante-cinq ans
Un nouvel avenir s'esquisse
Car moderne est le président
Il a remplacé sa calèche
Par une belle automobile
Et chaque matin à la fraîche
Il parcourt les rues de la ville
Il sillonne le continent
De l'Angleterre au Danemark
Il reçoit tous les présidents
Le tsar et bien d'autres monarques
Quand s'achève son septennat
Malgré une ferveur insigne
Il ne se représente pas
Et retourne tailler ses vignes
Après avoir vécu vingt ans
Au village de Loupillon
Il s'y éteint tranquillement
C'est dire si le vin fut bon
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