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Ballade de la grosse Margot ( François VILLON )

le vendredi 08 décembre 2017, à 15:38. Posté par COLLECTIF (auteur : François Villon)







Ballade de la grosse Margot



Se j'aime et sers la belle de bon hait.
M'en devez-vous tenir ne vil ne sot ?
Elle a en soi des biens à fin souhait.
Pour son amour ceins bouclier et passot ;
Quand viennent gens, je cours et happe un pot,
Au vin m'en vois, sans démener grand bruit ;
Je leur tends eau, fromage, pain et fruit.
S'ils payent bien, je leur dis que " bien stat ;
Retournez ci, quand vous serez en ruit,
En ce bordeau où tenons notre état. "

Mais adoncques il y a grand déhait
Quand sans argent s'en vient coucher Margot ;
Voir ne la puis, mon coeur à mort la hait.
Sa robe prends, demi-ceint et surcot,
Si lui jure qu'il tendra pour l'écot.
Par les côtés se prend cet Antéchrist,
Crie et jure par la mort Jésus-Christ
Que non fera. Lors empoigne un éclat ;
Dessus son nez lui en fais un écrit,
En ce bordeau où tenons notre état.

Puis paix se fait et me fait un gros pet,
Plus enflé qu'un velimeux escarbot.
Riant, m'assied son poing sur mon sommet,
" Go ! go ! " me dit, et me fiert le jambot.
Tous deux ivres, dormons comme un sabot.
Et au réveil, quand le ventre lui bruit,
Monte sur moi que ne gâte son fruit.
Sous elle geins, plus qu'un ais me fais plat,
De paillarder tout elle me détruit,
En ce bordeau où tenons notre état.

Vente, grêle, gèle, j'ai mon pain cuit.
Le suis paillard, la paillarde me suit.
Lequel vaut mieux ? Chacun bien s'entresuit.
L'un l'autre vaut ; c'est à mau rat mau chat.
Ordure aimons, ordure nous assuit ;
Nous défuyons honneur, il nous défuit,
En ce bordeau où tenons notre état.



François VILLON (1431-?)







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commentaire ( 1 ) (Ajouter un commentaire)
rivaudais le samedi 09 décembre 2017, à 13:58
Ah Villon ! Cette ballade (art dans lequel il était passé maître (pardon maistre) il l'a puisée dans ce qu'il vivait ou avait vécu. Quel grand poète ! Et qui, ici, illustre (pour les puristes double hiatus) parfaitement cette affirmation de mon défunt ami, Claude Vaillant -lui aussi un grand poète trop méconnu. -Mais qui connaît encore les poètes de nos jours- : "Ce n'est pas avec de bons sentiments qu'on fait de la (bonne) poésie, c'est avec la réalité de sa vie".

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