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Vincent Auriol revisité (1884-1966)

le samedi 16 décembre 2017, à 13:44. Posté par Michel Ernest


    Monsieur Vincent n'est pas ce "prestre"
    Qui sauva les petits enfants
    Ni n'aura vu d'extraterrestres
    Par une nuit en s'égarant

    Ce Vincent-là, du nom d'Auriol
    En mil neuf cent quarante et un
    A décroché son auréole
    Pour avoir dit "non" à Pétain

    Quand Vincent à la vie s'éveille
    Il fait très chaud partout en France
    Les raisins gorgés de soleil
    Guettent aussi leur délivrance

    Le bambin est le fils unique
    De Jacques Auriol, un boulanger
    Et de son épouse Angélique
    Deux socialistes engagés

    Encore enfant Vincent s'éborgne
    Avec un pistolet factice
    Depuis ce jour d'un œil il lorgne
    Ses livres et son institutrice

    Cela n'empêche pas le môme
    D'obtenir son certificat
    Son brevet et tous les diplômes
    Qui font de lui un avocat

    Lors c'est au barreau de Toulouse
    Qu'il exerce son beau métier
    Et au printemps mil neuf cent-douze
    Près d'Albi il va se marier

    Son beau-père est souffleur de verre
    C'est un intime de Jaurès
    Tous sont hostiles à la guerre
    À contre-courant de la presse

    Réformé pour son œil de verre
    À la politique il s'adonne
    Là, il est élu par ses pairs
    Député du Lot-et-Garonne

    Puis lesdits pairs l'élisent maire
    Maire de sa ville natale
    Et pour mieux gérer leurs affaires
    L'envoient au Conseil général

    Quand Lebrun arrive au pouvoir
    Monsieur Vincent croit en ses chances
    D'avoir un fauteuil pour s'assoir
    À la Justice ou aux Finances

    Hélas il doit attendre encore
    Que Blum et le Front Populaire
    Chassent les Centristes d'alors
    Pour lui offrir un ministère

    Et de mil neuf cent trente-six
    À trente-huit enfin il vaque
    Des Finances à la Justice
    Jusqu'à ce que Lebrun le sacque

    Car c'est le Parti radical
    Qui a gagné les élections
    Et Daladier a bien du mal
    À calmer le cousin Teuton

    Mil neuf cent quarante, Pétain
    Veut les pleins pouvoirs pour régner
    Mais ils sont quelque quatre-vingt
    Dont Vincent à lui refuser

    Ce qui lui vaut le mois suivant
    La résidence surveillée
    Puis après un procès navrant
    De vivre en clandestinité

    C'est là, caché dans les montagnes
    Qu'il écrit un livre historique
    Livre par lequel il témoigne
    Des failles de la République

    Puis il rejoint la résistance
    À Londres va, cours à Alger
    Et quand De Gaulle rentre en France
    Il est bien sûr à ses côtés

    Lors du changement de Régime
    Avant que Gouin soit au pouvoir
    Il est le chef par intérim
    Du gouvernement provisoire

    Président en quarante-sept
    Il est élu au premier tour
    Le Lot-et-Garonne est en fête
    [Et moi soudain je vois le jour]

    Pendant son septennat tranquille
    La France est en reconstruction
    Partout la Bombe A et les villes
    Poussent comme des champignons

    À bientôt soixante-dix ans
    Le président laisse sa place
    À René Coty, un Normand
    Elu d'un tour... de passe-passe

    Retraité, l'ancien président
    Inaugure, voyage ou écrit
    Rencontre des gens importants
    Veille tard et paresse au lit

    Dix années plus tard il grommelle
    "Comme le temps passe bien vite"
    Et son âme montant au ciel
    Croise sa fille en son cockpit

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