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Mes poèmes - Livre d'or - Moi

 

les mots

le jeudi 28 décembre 2017, à 10:51. Posté par stupide


    Les mots sont des lames accrochées aux parois d’un abime, qu’on manie, qu’on agence et à laquelle les émotions se suspendent, résistent et parfois cèdent vers les profondeurs de l’humanité

    Duquel rien ne résiste sinon des impressions, quelques résidus de substance, qui permettent à la lumière de faire transparaitre leur utilité. Jusqu’à ce que l’usure et le poids du temps consument leur fondations, les tordent, les corrompent. Alors les mots tombent à leur tour et on ne sait plus dire ce qu’on a su puis on ne sait plus dire du tout.

    Reste une paroi vierge écorchée par les éclaboussures amères, faite des trous béants de l’apparente ignorance, appelant chaque son à les rejoindre, à les contenir d’un chant de sirène incomplet car la matière de l’hameçon est aussi celle de l’appât.

    Ce sont les mots qui aimantent les mots, puis qui s’agglutinent, se chevauchent au rythme d’une nouvelle mélodie qui se construit à chaque seconde et qui oriente le colimaçon de la parole, du verbe, de l’idée vers l’étage qui lui sera grès, vers l’estrade la plus accueillante, la plus crédible. Et tout tombe encore, quand la conviction sonne le glas de sa défaillance. Reste encore le vide, la reprise du mimétisme qui automatiquement colmate les premiers besoins avec ce qu’elle trouve de plus ressemblant à sa forme, laissant parfois un carré pénétrer son triangle, en forçant un peu sur le sens et en lubrifiant à la mauvaise foi.

    Alors encore l’homme laisse au hasard fluctuant la chance de se remplir de nouveau. Espérant l’harnachement plus stable, espérant la lame plus courbe et moins saillante pour ne plus jamais entendre le ploc de l’oubli qui douloureusement absorbe ce que l’on avait mis une conscience entière à bâtir

    Le renouvellement incessant

    Et cette conviction qui résonne à elle seule, la force et la lourdeur d’ancrage si faible alors quand se décolle un à un les brins de son réseau, comme une plume mouillée qui sent le vent l’entrainer à mesure de l’évaporation, dévoilant sa légèreté comme trahie de sa propre consistance, trahie de d’être pas capable de résister aux éléments, qui s’envole sèche mais ne se reposera, qu’en cas d’averse, sur une terre inconnue, dans un près bien vert ou dans une marre de boue. Quand le monde l’aura rattrapé.

    Perdre le contrôle.

    La conviction n’est qu’un filet de pêche qui ne tient sa consistance que lorsqu’elle est suffisamment remplie sinon elle reste un amas informe, qu’on tient en prétexte, qu’on usurpe pour accéder à une certaine liberté décomplexée.
    Remplie de l’expérience, faite de ce que la vie donne, plus ou moins de poissons suivant le jour, l’heure ou la saison, elle grandit s’affirme et se tient droite, entre notre conscience et notre inconscient, elle devient un passage, un conseillé d’orientation, un péage, une signature, une approbation, un témoin.
    Comment alors penser la conviction comme cas particulier de notre conscience plutôt que comme réceptacle et dommage collatéral de notre inconscient ?

    Ce sont les mots que nous lui mettons en bouche. Que la conscience pose ou à défaut interprète. Il faut les entendre parfois sans les écouter.

    Toute notre expérience n’est qu’une image, factuelle, qui cependant se transcrit sensoriellement en sentiments, émotions et autres. Seulement les mots qu’ils invoquent, sont automatiquement validés en dernière instance par notre conscience. Si le filet de pêche a des brèches alors, même vide il faudra le rafistoler, reconstituer sa toile à coup de pourquoi, de comment de parce que ou de donc.

    Nous choisissons la fibre qui permettra d’accroitre ou non sa contenance ou seulement renforcer ses brins car il vaut mieux une petite conviction bien solide qu’une grande bancale et quand bien même on attraperait autant de poisson l’un gagnerait, par son gage de stabilité, une meilleure longévité dans le rendement.
    (Parfois la conscience qui a conscience de son inconscience laissera celle-ci lui donner matière car elle sait l’inconscient conscient de la conscience de la conscience à son égard. Se crée alors un petit jeu de dupe, pour que les mots se révèlent rétroactivement comme collaboratifs de l’effort mis en place.
    Est-ce la conscience qui interroge en premier son inconscience ou l’inconscient bouscule t’il d’abord la conscience ? Qui est la belle endormie dans l’histoire ? Qui embrasse l’autre en premier ?)

    Et la conviction s’établit à nouveau, bringuebalante, car n’étant pas l’œuvre d’une seule voie, a tendance à se rechercher dans le manque que l’un et l’autre a pu laisser, comme un enfant cherchant la faille dans chacun de ses parent, la conviction cherche à se perdre dans l’inconscient quand la conscience ne lui donne pas assez de poids pour tenir sa position.

    Et le poisson arrive, il stabilise le tout. Alors les mots sont en place comme bien alignés, parallèlement et perpendiculairement, c’est le moment de savoir si tout tient ou tout lâche. Sinon au paroxysme de son existence, la conviction est à son apogée de résistance et de confiance. Les mots enserrent, englobent d’une main toute puissante, sans une seule seconde l’idée qu’une main supérieure viendra remonter tout cela, laissant la forme vide, dépourvue de la foi qui brillait par sa réalisation.

    Repus puis plus rien

    Mais cette main supérieure ce sont encore les mots eux même qui la conduisent.
    La guerre des mots, les mots soldats, les mots matières, inertes par leur existence, vivant par leur absence.

    Chercher ses mots n’est elle pas la meilleure façon de les faire apparaitre en substance ? Les mots spontanés n’existent déjà plus lorsqu’on les a prononcés, reste le sens qui en découle et fais s’évaporer avec lui les sons, les syllabes, la façon que nous avons de les utiliser, la manière de plier notre bouche à leur arrivée (assurément de l’ordre de l’inconscient, qui cette fois orchestre nos muscles dans l’appréhension qu’elle a de notre propos).

    Comme une guerre n’est crédible que quand elle annonce un certains nombres de mort, les mots ne sont prédestinés à exister que dans leur inexistence, dans leur usure et leur oubli. Alors seulement ils pourront titiller à nouveau notre oreille par leur pure sonorité, leur pure forme, nous revenir en échos, et possiblement s’amarrer à nouveau, à une place inédite qu’une fissure précédente à laissé libre ou qu’un poids de conviction trop importent impose à la décharge immédiate.

    C’est le roulement d’un boomerang incessant entre deux mondes. Entre lutte et repli, existence et inexistence, vie et mort.

    Si le mot tombé au combat à su briller par sa pertinence alors tel un ancien combattant auquel les hommages se renouvellent chaque année, le mot pourra perdurer spectral au sein du filet de sa conviction, plus besoin de le chercher il reste, et on ne saurait d’ailleurs plus le chercher car on en aurait plus besoin, il aurait rejoint l’éternité. Zombiesyllabique.
    Perdre ses mots car on ne sait plus là où on a mal.

    La parole ! Le verbe ! La phrase ! L’impact des ondes grouillantes, dansantes. Qui par notre corps endolori nous réveille.
    La percussion de la discussion s’établit dans chaque discussion percutante. Des lettres en file d’attente attendant une victoire, un programme avenir. Verdict et uppercut.

    Les phrases animées par les mots, qui vadrouillent du son au sens.
    Et quand l’harmonie fait rage elle chasse les vieux débris enracinés dans les fauteuils poussiéreux de la certitude. Les vieux zombies s’articulent alors, tentent de dévorer les nouveaux venus. Mais la fougue de la jeunesse n’a pas le temps de se laisser avaler.
    Dans une gorge bien serrée, les retardataires pris en chasse s’émancipent violemment et se fracassent sur les bords. Quand rien ne peut plus passer, certains restent abandonnés, le naufrage des mots, errant sur les rivières de larmes qu’une douleur aigu laisse en pâture vers l’espoir d’un port plus paisible, quand l’esprit aura prit la décision d’écouter leur cri sans quoi les vielles habitudes ferons résonner les larcins de leur perfides ricanements, et qui pourrissant entrainent les tissus à même de les border vers leur sordide dessein. En attendant quand l’arbitre se noie les mots remplaçants arrivent sur le terrain, libérés automatiquement pour combler le vide en apparence, le vide constrictor qui étouffe les sens. Alors les mots témoins arrivent, permettant de nous laisser l’impression de visiter quelque chose à défaut d’y vivre, à défaut de déterrer les déchets devant sa propre maison, ceux qui obstruent et que l’on ne sent plus ou seulement quelques décennies après, qu’on sentira quand la matérialité aura rattrapé l’invisible. Le corps meurt de n’avoir pu passer un relai, qui de ce fait reste un corps étranger mouvant qui n’a pu retrouver son maitre.

    Nous retenons les mots des autres, les mots qui ne nous appartiennent pas et que parfois par orgueil pensons notre, ou par dédain pensons ineptes.
    La transe des mots en transit, vibrant toute leur âme pour regagner le quai, qu’un corps poisseux ivre d’un pauvre savoir, tente de presser jusqu’à la pulpe, baignant dans sa paume, le jus de leur riche ignorance.



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