Aubépin des Ardrets

 

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Devant ces Capitules que gonflaient les Promesses

le jeudi 11 janvier 2018, à 11:43. Posté par Aubépin des Ardrets


    À l’heure où les anciens faisaient déjà la sieste,
    Quand tout l’astre solaire semblait disque de feu,
    Quand même les enfants ne faisaient plus de gestes,
    Nous avancions dans l’air où dansaient vos cheveux.

    Nous avions passé la place et sa fontaine
    D’eau claire et stridulante s’épandant dans la conque,
    Puis laissé les pavés posés à la romaine
    Pour des sentiers en pente qui bordaient les calanques.

    Sous nos pieds qui foulaient l’herbe jaune et brûlée
    Les fourmis s’activaient en colonnes filées,
    Et le long des murets, les coquilles blanchies
    D’escargots rappelaient que la vie passe vite.

    Après l’ombre des pins, ces tapis de noyaux
    D’olives sur le sol, nous les avions pris pour
    Des crottes de lapin, et puis ce vieux tuyau
    Pour un serpent à col prélassé dans le jour.

    Alors nous avions ri ; ri dans le ciel d’azur
    Piqué de martinets et strié de leurs cris ;
    Ri de notre idiotie et des éclaboussures
    De la vie qui rend niais lorsque l’on est épris.

    Mais nous n’en disions rien, et nos bras se frôlaient,
    Et nos pas s’accordaient, et nos pensées roulaient
    Sur nos ruses d’indiens qui nous mieux affolaient
    Et pourtant nous gardaient tout à fait de couler.

    Et puis nous arrivâmes près d’un très vieux figuier,
    Où des feuilles pudiques, comme de grandes mains,
    Cachaient un peu sur l’arbre aux branches embrouillées
    Certains appâts classiques, troublants et masculins.

    Devant ces capitules que gonflaient les promesses,
    Nos joues déjà rosies s’animèrent au porphyre
    Des amants incrédules qui manquent à la messe
    En préférant oser donner leur chair à jouir.

    Les branches accessibles avaient été cueillies ;
    Votre imagination me proposa alors
    Comme une courte-échelle et votre pied jaillit
    Pour prendre position et vous donner l’essor.

    Dans mes mains rassemblées, l’attache des chevilles
    Semblait si délicate et vos pieds si tendres
    Que je m’imaginais en poursuivre les lignes
    De traits aristocrates jusques en vos méandres.

    Du bout de vos doigts fins vous tâtiez les fruits frais
    Qu’au creux de vos deux mains vous tiriez en coffret
    Comme des bourses molles à la tige desquelles
    Sourdait en bout de fiole un lait blanc formant perle.

    Plus bas, dans le giron de vos plis de coton,
    Ma face se baignait de chaleur enivrante
    Près d’un certain bourgeon qu’abritaient vos jupons
    Pendant que vous tendiez vos deux jambes vibrantes.

    Sentant mes bras trembler et ma tête égarée,
    Sans même être essoufflée pourtant de votre émoi,
    Vous nous rassembliez la manne accaparée
    Dans vos poches à soufflet passementées de soie.

    Sur un signe de vous je repris mes esprits,
    Et vous laissai glisser lentement vers le sol :
    Vos mèches acajou semblaient un manuscrit
    De lettres lambrissées coulant en flammeroles.

    Vous n’avez pas manqué alors de vous moquer
    De mon regard absent en tâchant, ce faisant,
    D’un peu mieux démasquer à quel point je truquais
    Ce feint détachement qui vous bouillait les sangs.

    Mais je sus tenir bon, et malgré cette lutte
    Que tous deux nous menions pour ne point découvrir
    Avant l’autre l’élan de nos cœurs au mois d’août
    Mon visage mignon provoqua votre rire.

    Un rire retroussant deux lisérés charnus
    Sur les blanches promesses de morsures canines
    Auxquelles, frémissant de blessures émues,
    Je rêvai en hardiesse de tendre ma poitrine.

    Mais devant vos fossettes et le pli de vos yeux,
    Je repris, moi aussi, les us du badinage :
    — En voilà une fête !, m’écriai-je, factieux,
    Savez-vous, chère amie, qu’au sombre Moyen Âge,

    La figue a bien souvent concurrencé la pomme
    Pour le fruit défendu et que … — Goûtez plutôt,
    Et dîtes auparavant si les femmes et les hommes
    N’auraient jamais fondu devant un tel plateau ?

    Et vous aviez posé sur une pierre plate
    Tout un festin de parme aux courbes équivoques
    Qui tranchaient le grisé comme de beaux stigmates.
    Nous nous en emparâmes – l’instant était baroque :

    De voir ainsi plonger nos langues dans les figues
    Dont la peau s’effrangeait comme on goûte les filles,
    Nos pensées se troublèrent et nos rires cessèrent,
    Et je vis vos yeux clairs scruter mon regard vert.

    Imperceptiblement vos narines disaient
    Tous les égarements dont vous me séduisiez,
    Lors j’embrassai la coupe des lèvres entrouvertes
    Qu’avait rosi la pulpe sur vos dents découvertes.

    Le vent sur la colline agitait votre étole,
    Comme une mousseline doublée de parabole.
    Plus loin sous l’olivier, crissait une cigale,
    Tandis que sous mes pieds s’écartait une faille.

    En ainsi dévoilant le premier mes penchants,
    J’avais perdu au jeu mais je vous y gagnais :
    Dans nos baisers volants et nos mains se cherchant,
    Dans le brasier du feu où nos deux cœurs cognaient.

    Bientôt, déjà, nos corps s’étaient si rapprochés
    Qu’à nos pieds le ballet, qui tant nous emportait
    En de soudains débords, finit par accrocher
    Un point qui affleurait en quelque aspérité :

    Je ployai puis tombai en renverse égayée
    Par nos cris de surprise et nos rires à nouveau,
    Accueillant en ondée le bouffant évasé
    De la robe cerise dont j’étais le dévot.

    La chute avait défait le port de vos cheveux
    Qui maintenant coulaient en pampres ogivaux,
    Et votre jambe gauche découverte à mi-cuisse
    Montrait comme l’ébauche d’un accueillant calice.

    Votre regard dardait ces milles banderilles
    Qui faisaient abonder une fureur taurine ;
    Et je chargeais d’estocs la rouge muleta
    Qui sous mes petits chocs s’ouvrait sur une soie :

    Fine armure d’étoffe que les pans entrouverts
    De la robe froissée affichaient en triangle,
    Couvrant comme une cosse un brûlant univers
    Qui m’allait tracasser plus qu’une épique harangue.

    Mes caresses couraient à l’avers de vos gigues
    Jusqu’à certaine raie qui me semblait prodigue,
    Et vos beaux doigts de fée pensaient à me stripper :
    Ceinture dégrafée, braguette dézippée,

    Vous débusquiez les fruits comme on part en glandée
    Et je sentais le souffle des lèvres embrassées
    Qui glissaient un circuit sur mes fibres bandées :
    Comme un léger barouf pour mieux tendre l’archet.

    Pendant que s’écorchaient un peu vos beaux genoux
    Sur des morceaux d’écorce des arbres alentours,
    Que je griffais mes fesses sur des coques d’amandes,
    Votre langue en caresse sur le frein de mon gland

    Achevait de planter vos deux yeux dans les miens
    Et de raidir encore la verge immaculée
    Qui vous irait fouetter bientôt entre les reins
    Les élans de nos corps qui avaient basculé.

    Des gendarmes à points copulaient ça et là,
    Un gecko de rocaille feignait d’être une pierre,
    Quelques iris nains froufroutaient leur lila,
    Pendant que plusieurs cailles margottaient toutes fières.

    Du dos doux de mon pouce je lissai le fossé
    Qu’abreuvait la cyprine comme un fleuve l’Éden,
    Puis je glissai en douce vos soies sur le fessier,
    Découvrant la garrigue d’une belle mondaine :

    Toison drue et brillante, déjà perlée d’humeur,
    Fine prospérité dansant devant Jason,
    Et promesse oscillante des plus folles rumeurs,
    Anfractuosité de toute floraison.

    Jalousant le soleil qui dorait votre lune,
    Je tournai votre croupe tout contre mon visage :
    Cuisses sur les oreilles pour mieux glisser ma plume
    Au long de votre étoupe où s’ouvrait un passage.

    Une brise têtue faisait monter des pins
    L’odeur âpre et sucrée de la sève échauffée :
    Comme une ondée pointue glissant en bout de seins
    Et qui semblait cintrer nos passions émondées.

    Jamais je n’aurais cru que votre jolie figue
    Se marierait si bien avecque vos ... pignoles ! ;-)
    Si nous l’avions su, je crois bien que la digue
    Érigée par nos soins de dure eût été molle.

    Mon nez parfois frôlait certaines de vos fronces
    Et je sentais trembler vos lignes jusqu’aux pieds
    Pendant que m’affolaient vos lèvres en annonce
    Qui doucement soufflaient comme on frôle un guêpier.

    Je regrettais alors d’avoir déconcentré
    Le dévouement oblong que de vos doigts la pulpe
    Décuplait aux abords de mon fruit couronné
    En mouvements galants ignorant toute coulpe.

    On entendait, perdu dans l’arbre protecteur,
    Bourdonner un frelon ivre de sucre chaud ;
    Et mes lèvres tendues dans votre réacteur
    Tétaient votre ardillon en délicat lasso.

    Haletant tous les deux aux visions capricieuses
    Que certaines liqueurs avivaient en pensées
    D’élans impétueux sous nos bouches suceuses,
    Nos mains tournaient nos corps pour les mieux voir danser.

    Et les intumescences firent place à nos regards
    De lion et de lionne prêts pour la caracole :
    Majesté de Byzance à la peau de brocart
    Chevauchant ma colonne happée dans la corolle,

    Vous attiriez au long fourreau pour aiguiser
    La lame qui du fond vous allait diviser.
    De l’épée mes pommeaux roulaient dans la vallée
    De vos furieux rouleaux pour mieux vous empaler.

    Vos cuisses étaient puissantes et votre chair robuste,
    Mais au creux de la fente où je faisais flibuste
    Vos premiers coups de hanches y firent s’enfoncer
    Mon gland dessus sa hampe en si longues lancées

    Pour le pousser ainsi si profond dans l’écrin
    Qu’il se trouva saisi à la butée des reins
    Et tant bercé de soins que je priai les dieux
    Qu’on me l’amputât bien pour vivre un peu plus vieux.

    Votre menue poitrine dont les pointes effleuraient
    Mes tétons érectiles comme on joue au fleuret
    Achevait de couper la peau dessus mon cœur
    Comme on peut tendre un corps avant l’arrache-cuir.

    Vous piquiez mes oreilles de perles écarlates
    Que plantaient vos essouffles où se vrillaient mes sens ;
    Comme on prend sur la treille de petites tomates
    Je suçais à l’esbroufe vos mamelons en danse.

    Véritable taureau accablé du marteau
    Écrasé de l’idole sur son front étoilé,
    J’encornais allégro tous vos plis dans l’étau
    Qui serrait en affole ce qui vous étiolait.

    Comme écume la houle qui blanchit le ressac
    Je sentis mes ampoules se vider comme un sac,
    Et tout mon corps se fendre sur ma ligne spinale ;
    Et je vous vis vous tendre dans le flux séminal.

    Vous vous coupiez en deux et m’onduliez en flots
    Électriques et odieux de rires et de sanglots.
    Vos pupilles félines qui m’avaient transpercé
    Palpitaient mescalines en miroirs effacés :

    Noyade féminine aux contours irradiés,
    Comme une pantomime des âmes congédiées
    Où je m’écarquillais aux astres intranquilles
    Qui nous éparpillaient en spasmes inutiles.

    Après l’aveuglement des lumières solaires
    Et les dérèglements brouillons de nos éclairs,
    La lèche des rayons sur nos corps apaisés
    Vint ôter les baillons sur nos lèvres posés :

    — Savez-vous Aubépin, que je ne suis pas dupe ?!
    Vous jouiez au plus fin en ignorant mes jupes,
    Pour mieux me convoyer des regards en dérobe.
    Aujourd’hui vous voyez : vous êtes dans mes robes !

    — Ainsi, donc, chère E., vous saviez de mon cœur
    Qu’il fallut qu’il aimât bien fort certains transports
    Qui vous voyaient rougir lorsque je découvrais
    Les œillades saphir dont vos yeux me couvraient !

    Après avoir ainsi révélé les émois
    Qui nous avaient transis pendant de nombreux mois,
    Nous avions de nouveau éclaté de ce rire
    Qui fait tout l’écheveau des amours à fleurir.

    Et nous avions repris, enlacés dans les sentes,
    Le long des éboulis qui dévalaient en pente,
    Le chemin du retour, en laissant les fourmis,
    Les ruines d’un vieux four qu’avait le temps soumis,

    Et puis l’ombre des pins, ces tapis de noyaux
    D’olives sur le sol, que nous avions pris pour
    Des crottes de lapin, et puis ce vieux tuyau
    Pour un serpent à col prélassé dans le jour.

    Sur le pavé des rues résonnaient les talons ;
    Dans l’eau de la fontaine s’ébrouaient des pigeons ;
    Aux cieux détendus faiblissaient les rayons
    Du soleil hors d’haleine baissant à l’horizon.

    Les anciens, levés, égayaient les enfants
    De ces quatre-cent coups ourdis dans leur jeunesse,
    Mais taisaient les étés et le temps des amants,
    Quand les fruits étaient doux, autant que des promesses.

    Aubépin des Ardrets

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